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Nouvelles chaudières à la biomasse de 7,7 M$

 

Les Serres Lefort, de Sainte-Clotilde-de-Châteauguay, viennent d’installer un nouveau système à la biomasse de 7,7 M$ qui permettra de chauffer leur complexe de serres de 6,5 hectares. Il s’agit probablement du plus imposant système du genre dans le secteur agricole au Québec. Le propriétaire, Sylvain Lefort, estime que, grâce au chauffage aux copeaux de bois, son entreprise réalisera des économies de 50 % par an comparativement au propane.

 

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Le producteur de transplants pour les maraîchers et de laitues et transplants pour les serres compte rentabiliser son investissement à court terme et entrevoit même que cette source d’énergie économique favorisera l’agrandissement projeté de l’entreprise.
Les Serres Lefort ont bénéficié d’une subvention de près de 5 M$ du Bureau de l’efficacité et de l’innovation énergétiques par le biais de son programme de réduction de la consommation de mazout lourd.

 

Concrètement, il s’agit de deux immenses chaudières qui chauffent de l’eau circulant ensuite dans les serres par un circuit de tuyaux. Selon les besoins des cultures, la chaleur contenue dans 1,3 million de litres d’eau peut servir à réchauffer de l’air pulsé ou simplement être distribuée par radiation dans l’ensemble de la serre par des tuyaux.

 

Les chaudières produisent 6 MW d’énergie chacune à l’aide de copeaux qui proviennent de trois sources. Avec du bois à 30 % d’humidité, l’efficacité énergétique garantie par le manufacturier est de 86 %. Il est toutefois possible d’utiliser des copeaux qui contiennent de 25 à 40 % d’humidité. Le bois plus humide est bien sûr moins efficace, et il faut considérer le coût de séchage dans l’équation. Les copeaux sont stockés dans un grand bâtiment qui abrite également les chaudières.

 

Des chaudières à la biomasse de France
Les chaudières utilisées ont été fabriquées au Québec sur la base d’une technologie française provenant de l’entreprise Groupe Compte-R, de la ville d’Arlanc. Ce groupe a réalisé quelque 1700 installations de chauffage à la biomasse en Europe.

 

C’est l’entreprise Compte Fournier, de Thetford Mines, qui a pris en charge l’installation du nouveau système de chauffage. Il s’agit d’une coentreprise créée en 2010 par Les Industries Fournier et le groupe français. Le président de la nouvelle société, Harold Roy, offre une « garantie de performance énergétique » de façon à rassurer les clients moins habitués à la biomasse. Il estime la durée de vie de l’équipement à au moins 25 ans puisque les composantes sont « assez robustes ».

 

La qualité de l’entretien et du combustible utilisé va aussi influer sur la durée de vie. Le sable contenu dans les écorces, par exemple, use plus rapidement les pièces mobiles des convoyeurs. Les coûts d’entretien annuels sont évalués par Compte-Fournier de 1 à 1,5 % de l’investissement initial. Une grande automatisation permet de faire fonctionner la petite centrale thermique avec une personne seulement. Un chargeur déplace les copeaux.

 

Compte-Fournier est en soumission et en pourparlers avec d’autres entreprises et espère ériger de nouvelles installations en 2012. « Nous sommes au début de la biomasse, ça va se développer avec le temps », estime M. Roy. L’appui de l’État par des subventions est jugé important par le promoteur, qui y voit un moyen de favoriser les conversions énergétiques.

 

Selon le manufacturier, les émissions atmosphériques de particules de la nouvelle chaudière ne devraient pas dépasser 150 mg par mètre cube de biomasse, mais avec une méthode adéquate, on peut viser des émissions de 50 à 70 mg. On pourrait même envisager d’installer un tel système dans une ville comme Montréal.

 

Intérêt de la biomasse pour le Québec
À terme, la biomasse pourrait contribuer à une plus grande indépendance énergétique du Québec face aux énergies fossiles importées. Il est même envisageable de produire de l’électricité et de la chaleur avec la même biomasse. Cette approche rentabiliserait les systèmes plus rapidement, tout en permettant à Hydro-Québec de récupérer des mégawatts d’électricité qui sont actuellement consacrés au chauffage. L’énergie ainsi récupérée pourrait alors être dirigée vers des utilisations industrielles plus profitables pour l’économie du Québec.TL_serres

 

 

 

L’autre avantage de la biomasse est la réduction des gaz à effet de serre lorsque cette énergie remplace le mazout ou le gaz. Selon les calculs de l`entreprise, en collaboration avec le manufacturier Compte-Fournier, les installations aux Serres Lefort entraîneront une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 12 757 tonnes par an comparativement au chauffage au propane.

 

Une étude récente du groupe de défense de l’environnement Greenpeace mettait toutefois les entreprises en garde contre l’utilisation du bois des forêts naturelles, en particulier au nord, qui ne permettrait pas de réduire les GES comparativement aux technologies actuelles. Greenpeace soutient néanmoins que les projets à petite échelle de combustion de résidus industriels, comme les sciures ou les écorces, constituent la façon la plus efficace d’utiliser la biomasse.

Chaque année, il faudra trouver environ 17 000 tonnes de copeaux à 30 % d’humidité, en moyenne, dans le cas d’un hiver normal. Avant de lancer un projet de chauffage à la biomasse, c’est donc important de faire l’inventaire des sources possibles d’approvisionnement qui sont les moins coûteuses et les plus proches. De belles surprises attendent parfois ceux qui veulent récupérer de la biomasse locale.
Dans le cas des Serres Lefort, on s’approvisionne de trois sources : les résidus de coupes forestières dans les boisés de la région; les résidus de bois de construction broyé; et les copeaux urbains qui proviennent de l’élagage des arbres de municipalités à proximité. Mentionnons que plusieurs villes n’utilisent que 50 % des copeaux produits sur place comme paillis et que le reste est enfoui.
L’Écocentre Val-Bio, de Sherbrooke, récupère de la biomasse forestière, des résidus de bois de construction, de rénovation et de démolition. Il est à noter que toutes ces matières passent par un processus de sélection. De plus, on y récupère du bois d’usines de deuxième et troisième transformations. Il faut toutefois négocier avec ce type de fournisseur. Jean Gobeil, ingénieur forestier qui a travaillé au projet des Serres Lefort, explique qu’il faut notamment s’assurer d’exclure des matériaux comme le panneau de fibres du broyat de bois qui sera utilisé dans la chaudière.
M. Gobeil organise aussi l’approvisionnement en biomasse à partir du centre de tri de Châteauguay et des copeaux d’une scierie de pruche de Saint-Ignace-de-Loyola. On vise ici des ententes à moyen terme pour stabiliser l’approvisionnement, mais une partie de la biomasse sera négociée au fur et à mesure.
Le broyat et les copeaux seront livrés à la serre pour un prix oscillant entre 60 et 90 $ la tonne en fonction du type de bois (qualité, humidité). Les copeaux arboricoles urbains peuvent même se vendre de 40 à 50 $ la tonne livrée, mais le taux d’humidité est alors plus élevé que 30 %.
Il est possible de faire pousser sa biomasse à proximité des serres sous forme de saule à croissance rapide. M. Lefort envisage d’ailleurs cette option. Jean Gobeil évalue par contre le coût de production à 90 $ la tonne pour des copeaux verts. Il peut toutefois s’agir d’une sécurité à long terme, d’autant que la multiplication possible des utilisateurs de biomasse pourrait épuiser les sources locales peu dispendieuses.
L’entreposage des copeaux du complexe serricole nécessite un bâtiment de 80 pi sur 310 pi avec un plancher où circule de l’eau chaude. Au sol, des parties mobiles permettent de faciliter le mélange des tas de différentes provenances. On peut ainsi uniformiser le taux d’humidité du combustible.