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Miser sur les pâturages

 À la Ferme Rêveuse, les vaches laitières se nourrissent aux pâturages 180 jours par année et vivent à l’extérieur en tout temps.

De retour d’une formation Ranging for Profit en Saskatchewan de juillet dernier, Kornel et Olga Schneider étaient plus convaincus que jamais d’avoir fait le bon choix en misant sur la gestion de pâturages intensifs. « Nous sommes moins dépendants d’intrants et de sources d’énergie externes. Ce type de gestion nous rapproche aussi de la nature et permet d’améliorer les conditions des sols », lance Kornel Schneider.

Transformer l’énergie solaire en lait

« Grâce à la photosynthèse, les plantes accumulent de l’énergie. L’objectif est de produire du lait et de la viande à partir de ces plantes, riches en énergie », souligne Kornel Schneider. Ce dernier explique qu’il y a différentes façons de produire du lait avec des fourrages : « Certains vont faucher, racler, puis récolter les plantes fourragères pour les entreposer. À chacune de ces étapes, il y a des pertes. » En misant sur le pâturage, le producteur évalue qu’il a accumulé plus d’énergie pour produire de la matière sèche qu’avec un système à trois ou cinq coupes de foin, et ce, à un coût moindre.

Tirer avantage du pâturage

Il y a une dizaine d’années, un groupe de producteurs intéressés par les pâturages avaient été rassemblés par le conseiller du MAPAQ Robert McClelland, maintenant à la retraite. « De nombreux projets avaient été initiés à la ferme. À la lecture d’un rapport d’essai au champ, on mentionnait qu’un acre de pâturage pouvait produire de six à huit fois plus de profit net que le maïs en grains », relate le producteur. Cette phrase a frappé Kornel Schneider : « Je me suis dit que je pouvais le faire; je devais simplement apprendre comment. »

Établi à Curran en Ontario depuis 1993, le couple exploite une ferme de 80 vaches laitières et 75 sujets de remplacement. La superficie totale en pâturage est de 55 ha, dont 34 ha destinés aux vaches laitières. Le producteur cultive également 16 ha en soya pour l’alimentation humaine et 60 ha en luzerne. La gestion intensive des pâturages demande une excellente planification. La superficie en pâturage est divisée en plusieurs parcelles : 23 pour les vaches laitières et 6 pour les veaux et les génisses. Les vaches sont déplacées deux fois par jour à l’intérieur de la parcelle, et jusqu’à quatre fois, lors de grandes chaleurs estivales. Elles ne passeront jamais plus de 1,5 jour dans la même parcelle. « En déplaçant les vaches fréquemment, on favorise une meilleure repousse. On prévient ainsi le surpâturage tout en évitant que les plantes puisent dans leurs réserves racinaires », explique le producteur. La densité du pâturage et le nombre de vaches au mètre carré sont aussi des facteurs d’importance. « Maintenir une bonne densité de plantes permet d’augmenter le pourcentage de matière organique et de conserver l’humidité au sol. Les plantes fourragères résistent mieux à la sécheresse ou à un excès d’eau », souligne Kornel Schneider. La vache doit trouver rapidement le pâturage. L’herbe doit être dense, à la bonne maturité et mesurer 20 cm de haut. « L’épaisse couche de végétaux séparant les sabots du sol est bénéfique pour la santé des pieds et des membres. Et le piétinement de plantes matures contribue à les réensemencer », précise M. Schneider.

Le producteur observe attentivement ses pâturages pour choisir la parcelle dans laquelle les vaches seront déplacées. Depuis un an, il utilise un herbomètre pour mesurer la densité du pâturage. L’été dernier, il a décidé de ne plus faucher ses pâturages : « Le volume de la récolte ne valait pas le coup. » Le contrôle des mauvaises herbes se fait à la pièce. Depuis quatre ou cinq ans, on traite localement les herbes indésirables, comme le chardon.

« L’efficacité d’un système de pâturage intensif repose également sur un réseau de clôtures électriques, facile et simple à manipuler », mentionne Kornel Schneider. Des piquets en forme de T recouverts d’un tuyau d’ABS délimitent les coins de parcelles. Des anneaux en acier fabriqués à la main sont ensuite attachés au tuyau d’ABS. Le choix de l’emplacement de la ligne d’eau est aussi important. « Les vaches ont accès à de l’eau et à des minéraux en tout temps. L’abreuvoir doit être à moins de 200 m de l’endroit où pâturent les animaux », indique M. Schneider. Le producteur utilise pour le système d’eau des attaches et autres composantes fabriquées en Israël; elles sont solides et faciles à manipuler.

Nourrir au champ en tout temps

Une des clés de la réussite de ce système de production est d’habituer les vaches à se nourrir au champ. Les veaux seront initiés dès leur naissance au même environnement que les vaches laitières. « En trois ans, je n’ai perdu aucun veau », soutient ce dernier. En hiver, les vaches ont libre accès au bâtiment, mais elles ont de l’ensilage de foin uniquement à l’extérieur. « Habituellement, elles ne restent pas dans le bâtiment », précise M. Schneider. La gestion du fumier se fait sur de la litière accumulée. « L’été, les vaches vont passer dix minutes dans le bâtiment. On leur donne une ration de 2 kg de concentré, 1 kg de maïs humide et 1 kg de mélasse, tandis qu’en hiver, on augmente à 8 kg le maïs humide. Elles sont ensuite dirigées vers l’aire d’attente pour la traite », explique Kornel Schneider.

L’aire d’attente est située à l’extérieur. Le système de traite est hautement efficace. Olga Schneider effectue la traite de 80 vaches en 50 minutes. La salle comprend deux quais parallèles et 14 unités de traite. Un système Swing Over permet de faire pivoter le bras des unités de traite d’un côté à l’autre. « Une fois la traite des vaches terminée d’un côté, on fait pivoter le bras des unités, puis on commence la traite des vaches de l’autre côté. Pendant ce temps, les vaches traites sortent et 14 autres prennent leur place. Notre objectif s’applique à ce que les vaches ne passent pas plus d’une heure près des bâtiments; on veut qu’elles retournent rapidement manger au champ », explique Kornel Schneider. L’hiver, un plancher chauffant rend la traite plus agréable pour Olga. Pour conserver la chaleur à l’intérieur, des rideaux d’air ont été installés aux portes d’entrée et de sortie des animaux. Le courant d’air propulsé à 80 km/h permet de conserver la chaleur à l’intérieur de la salle de traite.

Le système de gestion à la Ferme Rêveuse a permis de réduire les frais vétérinaires aux simples visites de vérification des gestations. Les vaches n’ont aucun problème de boiterie, ni de maladie métabolique. La production laitière est constante : 27 litres/jour à 4,2 % de gras l’hiver et 24 litres/jour à 4 % de gras l’été.

Kornel Schneider applique la règle du 20 x 80 : « 20 % de notre travail produit 80 % des résultats; cela aide à prioriser nos objectifs. » Il effectue toujours ses choix en fonction des profits nets, et non selon l’augmentation du revenu brut. Les Schneider s’interrogent toujours avant de prendre une décision : « Il faut simplifier le travail et le rendre moins stressant. Observer les champs, déplacer des animaux et des clôtures l’est beaucoup moins que d’être pris à réparer un bris de machinerie dans le feu de l’action. »

Herbometre

Herbomètre

Il est difficile d’évaluer à l’œil la quantité de matière sèche que peut contenir une parcelle de fourrage. Kornel Schneider a fait l’achat d’un outil de mesure de densité : un herbomètre (Plate Meter). Dans une parcelle, le producteur prend une trentaine de lectures de densité du fourrage, seulement en déposant l’appareil au sol. Chaque donnée est enregistrée et géoréférencée, puis transférée dans l’ordinateur du producteur. Les résultats sont ensuite présentés sous forme de carte. « Je dois entrer certaines informations dans le logiciel, notamment la pluviométrie. Je précise le nombre de vaches que je veux faire pâturer dans la parcelle, ainsi que le niveau de productivité visé (pourcentage de gras et de protéines). Et j’obtiens une estimation assez juste du nombre de jours où il sera possible de faire pâturer les animaux. Cet outil aide à effectuer une meilleure gestion », indique Kornel Schneider. Le logiciel surévalue la matière sèche, car il a été développé en Nouvelle‑Zélande. Par ailleurs, la relation entre chaque champ est constante. « Le Collège d’Alfred développe actuellement une équation représentative pour l’Est de l’Ontario », mentionne M. Schneider. Pour plus d’information : www.farmworkspfs.co.nz