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L’ajustement complet d’une charrue

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Les dompteurs de chevaux, de taureaux, et même de tigres, ont toujours attiré les foules. Aujourd’hui, nous nous attroupons autour de Pierre Bournival, un dompteur de charrues. De fait, labourer se révèle un art où il importe tout d’abord de maîtriser la bête. Une charrue comporte de nombreux points à ajuster qui influencent directement la qualité des labours. Enseignant au Département de gestion agricole du Cégep régional de Lanaudière, à Joliette, M. Bournival a parcouru le Québec, notamment par l’intermédiaire des clubs-conseils en agroenvironnement, pour enseigner aux producteurs comment effectuer correctement les ajustements sur une charrue. Voici ses conseils.

La base

« Les ajustements ne s’effectuent pas au hasard, souligne Pierre Bournival. À la base, nous déterminons plutôt le type de labour désiré pour ensuite choisir les ajustements permettant de l’obtenir. Ici, nous préconisons le labour dressé. Il enfouit efficacement les résidus et comprend une cavité d’air qui accélère leur décomposition, tout en facilitant le drainage. Pour arriver à produire ce type de labour, il importe de suivre une règle toute simple : la profondeur est égale aux deux tiers de la largeur. » Une largeur de 40 cm signifie donc une profondeur de 25 cm environ. Idéalement, le labour ne doit pas être trop profond. Sauf que cela influe sur un autre facteur : le tracteur. En effet, M. Bournival stipule que la largeur des pneus doit être similaire à celle de la bande de labour. À vrai dire, le pneu peut excéder en largeur, mais d’un maximum de cinq centimètres. Autrement la roue écrase une partie de la surface labourée, compactant ou anéantissant la cavité d’air. « Plus les pneus sont étroits, plus le labour peut lui-même être étroit et moins profond. Par exemple, un labour d’une profondeur de 18 ou 20 cm serait idéal pour un labour de 36 cm de largeur et des pneus de 41 cm », de conclure l’enseignant. Maintenant, direction charrue.

Ajustements de la charrue

Premier point au menu : le parallélisme des corps. « On ne réinventera pas la roue. La charrue étant un instrument utilisé depuis des millénaires, plusieurs articles de magazine ont déjà expliqué les ajustements requis. Mais encore aujourd’hui, je remarque de nombreux problèmes. À commencer par des composantes inégales, voire un châssis croche. À l’aide d’un ruban à mesurer, assurons-nous que la pointe du soc, l’extrémité droite et l’extrémité gauche du versoir se trouvent toutes à une distance identique, et même par rapport aux versoirs suivants. » Dans le même ordre d’idées, M. Bournival recommande de poser une planche de bois ou une barre métallique sur le dessus des versoirs afin de s’assurer qu’ils ont tous le même angle. « Le non-parallélisme des versoirs provoque des labours inégaux, plus hauts, plus bas, plus épais, plus minces, etc. Un manque d’uniformité entraîne des répercussions négatives sur les travaux de préparation de sol printaniers et sur la qualité du lit de semences, précise-t-il. »

Les coutres équipant certaines charrues doivent être évalués. Pierre Bournival souligne qu’une fois positionné dans l’axe des versoirs, chaque coutre devrait, règle générale, se trouver à une distance de 1 à 2 cm au-dessus de la pointe du soc et de 1 à 2 cm à l’extérieur du versoir. Des coutres positionnés trop en hauteur ou usés ne trancheront pas le sol jusqu’aux versoirs, qui ne feront alors que déchirer le sol, augmentant la consommation de carburant et affectant la qualité du labour.

Une fois la mécanique de base bien ajustée, il importe d’effectuer quelques mètres de labour et d’observer le résultat. Pierre Bournival porte une attention particulière au niveau de la charrue, qui ne doit ni pencher latéralement (de gauche à droite), ni longitudinalement (de l’avant à l’arrière). « Le niveau latéral doit être parallèle au sol et se corrige en vissant les bras de relevage. Longitudinalement, il suffit de mesurer la profondeur du labour effectué par le premier versoir et de la comparer avec celle du dernier versoir. Si nécessaire, la correction s’effectue par le système de relevage hydraulique, de même que par la roue de jauge (dans le cas d’une charrue semi-portée). »

Cajoler sa charrue

Le système de protection automatique ne doit pas faire défaut dans le feu de l’action. À l’aube de la nouvelle saison, une inspection des mécanismes de déclenchement s’impose, soit en vérifiant les pressions ou en inspectant l’état des ressorts. « Attention de ne pas ajuster les mécanismes selon un niveau de sensibilité trop élevé dans les sols durs, puisque les versoirs se déclencheront sans raison », conseille M. Bournival. Comme pour toutes les machines, aucun point de graissage ne doit être oublié. Et si les versoirs s’avèrent rouillés, une séance de ponçage à l’aide d’une brosse métallique lissera les pièces, réduisant du coup la consommation de carburant. À cet effet, une fois les travaux terminés, on dorlote sa charrue en l’enduisant d’huile usagée ou de graisse. « Je vois des charrues remisées à l’extérieur sans traitement, s’indigne Pierre Bournival. Les pièces rouillées, dans l’argile, ça colle! De plus, la rouille consiste en une perte de métal conduisant à l’usure prématurée de l’équipement. »

Et le tracteur!

« Gardons-nous de penser uniquement à la charrue; les paramètres du tracteur influencent énormément la qualité des labours. Premièrement, vérifions la distance entre les pneus. Plusieurs producteurs emploient un tracteur dont l’écartement des roues se révèle tout simplement inapproprié à leur charrue. À ce moment, le centre de traction du tracteur ne se trouve pas dans l’axe de traction de l’instrument aratoire. Par conséquent, le conducteur doit contrebraquer les roues afin de compenser le mauvais alignement de la charrue. Il s’ensuit une hausse de la consommation de carburant, sans compter la fatigue accrue de l’opérateur », témoigne-t-il. De fait, un tracteur bien adapté à la charrue devrait se conduire sans toucher au volant!

Un autre élément influant également sur les résultats concerne le type de pneu employé. Non seulement un modèle plus étroit s’adapte mieux à la largeur des labours, mais Pierre Bournival pointe également ses effets positifs en regard de la compaction générale du champ. « Une charrue équipée de trois versoirs de 41 cm chacun couvre au total 122 cm. Si chaque pneu du tracteur mesure 46 cm de largeur, c’est dire qu’ils couvriront 92 cm à chaque passage. En d’autres mots, 75 % de la superficie labourée aura été piétinée par le tracteur. À l’inverse, des pneus plus étroits mais plus hauts présentent la même surface de contact, sauf qu’au final, ils compactent une superficie moindre de terrain. » Enfin, M Bournival mentionne que la répartition du poids doit respecter, pour un tracteur à quatre roues motrices, un ratio de 60 % à l’arrière et de 40 % à l’avant.

La saison morte

Remplacer les pièces usées et ajuster les différentes composantes augmentent la qualité des labours tout en facilitant les travaux. La consommation de carburant et les problèmes mécaniques au champ en sont également minimisés. Somme toute, il n’y a que des avantages à bien préparer sa bête, surtout quand la corvée est faite sous le chant des cigales…