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Selon les experts, d’ici quelques années, il sera également possible d’utiliser la reconnaissance faciale pour les porcs. Photo : Archives/TCN

Selon les experts, d’ici quelques années, il sera également possible d’utiliser la reconnaissance faciale pour les porcs. Photo : Archives/TCN

IA dans le porc : le meilleur reste à venir

L’intelligence artificielle (IA) suscite un fort engouement en agriculture et le secteur du porc ne fait pas exception. Plusieurs solutions sont déjà commercialisées, mais les plus grands progrès restent à venir.

L’IA est déjà utilisée dans le domaine de la génétique. « On utilise actuellement des algorithmes pour observer et analyser les interactions complexes entre les gènes », souligne le président des Éleveurs de porcs de la Beauce, René Roy. Par exemple, les gènes impliqués dans la musculature ou les taux de gras sont très complexes et l’IA permet de gérer ces données plus efficacement que la méthode génétique traditionnelle.

« Il existe également plusieurs entreprises et chercheurs qui utilisent l’IA pour prédire la qualité de la viande de porc, mentionne le formateur-chercheur à la Cellule d’expertise en robotique et intelligence artificielle (Service aux entreprises) du Cégep de Trois-Rivières, Jean-Sébastien Dessureault. Certains utilisent par exemple l’imagerie pour prédire le gras intermusculaire ou analyser les carcasses. »

En Chine, le géant chinois de la vente en ligne, Alibaba, s’est tourné récemment vers les services d’informatique en nuage. La société offre aujourd’hui aux grands producteurs de porcs chinois une solution pour surveiller et analyser le comportement des porcs en temps réel en utilisant l’IA. 

Plus près de chez nous, les plus gros progrès appartiennent à l’entreprise québécoise Conception Ro-Main avec ses produits Smart. Les deux solutions d’IA utilisent des images vidéo et des algorithmes pour compter les porcs (Smart Counting) et prédire le moment optimal d’insémination des truies (Smart Breeding).

Tourné vers l’avenir

Déjà, plusieurs fermes d’élevage du Québec utilisent des objets connectés et des capteurs en tous genres pour optimiser leur production. 

« Ce qu’on va voir de plus en plus, ce sont des objets connectés qui se déplacent. On va avoir par exemple des robots équipés de capteurs qui seront de plus en plus autonomes grâce à l’IA », prédit le chercheur Jean-Sébastien Dessureault.

Selon lui, la gestion des entreprises porcines ne pourra plus se faire sur un fichier Excel. L’analyse de millions de données captées à la ferme se fera avec l’aide de l’IA. 

Même son de cloche du côté du directeur recherche et développement pour Conception ­Ro-Main, Jacquelin Labrecque. « Tout deviendra plus intelligent. Les décisions vont être de plus en plus basées sur des données plutôt que sur un feeling. »

Par exemple, la gestion du climat dans un bâtiment d’élevage évoluera beaucoup dans le futur, explique le spécialiste. « L’IA va permettre d’optimiser le climat en fonction des coûts d’électricité, des coûts de propane et des températures projetées dans les prochains jours. Ultimement, tous les systèmes vont se parler entre eux et on va pouvoir optimiser le bien-être des animaux plutôt qu’optimiser la température du bâtiment. »

D’ici quelques années, il sera également possible d’utiliser la reconnaissance faciale pour les porcs. Exit les puces; ce sera bientôt des caméras qui vont reconnaître et analyser le comportement et les besoins de chaque animal, estime pour sa part René Roy, des Éleveurs de porcs du Québec.

Swine Innovation Porc, en collaboration avec le Conseil canadien du porc, cherche de son côté des solutions d’IA pour améliorer la traçabilité. « On veut être capables de prédire les mouvements des porcs à travers le Canada pour mieux zoner et prévoir les coûts en cas de problèmes sanitaires importants », indique M. Roy.

Tout ça, dit-il, devrait arriver dans les fermes du ­Québec à court ou moyen terme. « Grâce à l’intelligence artificielle, les producteurs porcins de demain pourront mieux comprendre le comportement des animaux et s’ajuster en conséquence. » 


Le fleuron québécois de l’IA dans le porc

Conception Ro-Main s’est lancé dans l’intelligence artificielle il y a quelques années. L’entreprise située dans Chaudière-Appalaches a développé Smart Counting, une solution qui permet d’automatiser le comptage des cochons grâce à l’imagerie vidéo.

« Smart Counting rend la tâche de comptage beaucoup plus facile. On limite les risques de blessures et de stress chez l’animal et on a fait beaucoup moins d’erreurs », explique le directeur recherche et développement de l’entreprise familiale, Jacquelin Labrecque. Selon lui, le comptage manuel est imprécis : environ cinq animaux d’erreur sur 1000. Smart Counting permet d’arriver à moins d’un cochon d’erreur sur 1000.

Le plus gros défi de l’équipe de recherche et développement de Conception Ro-Main a été de s’assurer que les algorithmes fonctionnent dans toutes les fermes.

Le plus gros défi de l’équipe de recherche et développement de Conception Ro-Main a été de s’assurer que les algorithmes fonctionnent dans toutes les fermes.

Conception Ro-Main a également commercialisé Smart Breeding, une solution qui utilise elle aussi l’imagerie vidéo pour analyser le comportement des truies et prédire le meilleur moment pour inséminer.

« Avant, on avait un produit qui s’appelait PigWatch et qui utilisait des capteurs de mouvements. Maintenant, avec la vidéo, Smart Breeding est plus précis et moins coûteux », mentionne M. Labrecque.

La solution permet de passer de 2,3 inséminations par truie en moyenne à moins de 1,3 insémination par truie. Dans certains élevages, le taux de fertilité des truies a également grimpé.

« Avec ça, on peut accélérer le développement génétique en utilisant plus efficacement nos meilleurs verrats », conclut le spécialiste en IA.


Everypig : pour des porcs en santé

La startup américaine Everypig a conçu une solution qui reconnaît les problèmes de santé des porcs en temps réel. Everypig utilise l’intelligence artificielle pour diagnostiquer des maladies sur des images post-mortem, prévoir les mortalités et recommander des traitements. Les vétérinaires utilisent l’application pour fournir des services à distance et accéder aux données de santé des porcs en temps réel. Les éleveurs, quant à eux, ont accès à des soins et des conseils de santé plus rapidement. « Notre application permet aux producteurs de porcs et aux vétérinaires de mieux collaborer, encore plus dans la situation actuelle où il est préférable de limiter les contacts », explique le fondateur de l’entreprise, Chris Bomgaars, dans un communiqué de presse. Depuis le début de la pandémie, Everypig a été implanté dans des entreprises qui élèvent au total 6 millions de porcs par an.


Aleop : l’IA au service de la gestion comptable

Le Centre d’expertise en gestion agricole a lancé il y a quelques années l’outil de gestion comptable Aleop. Ce logiciel utilise entre autres la reconnaissance optique des caractères (ROC), une technologie reconnue dans le monde de l’intelligence artificielle.

Grâce à la ROC, Aleop peut extraire les données contenues dans un document (une facture au format PDF, par exemple) et les envoyer automatiquement au poste déterminé dans le système comptable SigaFinance. Tous les documents de l’entreprise sont déposés, classés et analysés automatiquement sur un portail web.