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Ensilage d’un jour : organiser son chantier

Faire de l’ensilage d’un jour c’est possible, les producteurs laitiers de la Ferme Micheret et de la Ferme Maroch et Fils en témoignent. Cependant, il faut bien évaluer la capacité de chaque outil de fenaison et bien planifier son chantier. Voici comment ils s’y prennent.

L’ensilage d’un jour fait des adeptes. Parmi les avantages, une qualité d’ensilage au taux de matière sèche constant. Sans compter que la fenêtre de beau temps nécessaire à la réalisation d’un tel chantier est réduite au minimum, comparativement aux deux ou trois jours d’ensoleillement habituellement requis. « L’objectif est d’arriver à tout faucher avant midi », indique Mario Gauthier, conseiller stratégique Centre-du-Québec chez Valacta. La main-d’œuvre est parfois un facteur limitant pour certaines entreprises laitières, car la fauche doit commencer tôt le matin, souvent en même temps que la traite. « Cependant, le facteur le plus limitant est généralement la faucheuse », mentionne M. Gauthier. Pour un chantier de 40 ha et une faucheuse dont la capacité est de 4 ha/h, il faut compter 10 heures de fauche. Afin de terminer avant midi, la fauche doit commencer en pleine nuit, à 2 heures le matin. « Dans ces conditions, le producteur devrait avoir recours au forfait, à un voisin, ou il devra acheter une deuxième faucheuse usagée », souligne le conseiller Valacta. Le chantier peut aussi être divisé en deux, 20 ha par jour, bien que cela nécessite deux jours de beau temps. Comme le fourrage ne doit pas être conditionné, les rouleaux conditionneurs ou les fléaux seront écartés au maximum.

Faire le plein de sucre

De nombreuses études le démontrent, le contenu en sucre des plantes est supérieur lorsqu’elles sont fauchées en fin d’après-midi. « On peut adapter la technique d’ensilage d’un jour et profiter de la haute teneur en sucre en fauchant en soirée, après 17 h », précise Mario Gauthier. Dans ce cas, on maintient la largeur maximale de l’andain. Le lendemain, il faut valider au champ la teneur en matière sèche avant de commencer à ensiler. « Il s’agit d’un compromis avec la technique d’ensilage d’un jour; les résultats sont intéressants », ajoute ce dernier. Cette approche pourrait également pallier le manque de capacité de la faucheuse. « Le producteur peut faucher le contour de ses champs après 17 h, en andains larges, et prendre ainsi de l’avance sur le chantier du lendemain », mentionne-t-il. La technique d’ensilage d’un jour nécessite de râteler. Mais avec une hauteur de coupe de 10 cm (4 pouces), l’ajustement de la hauteur du râteau est simple et moins de particules de terre sont soulevées. L’ensilage d’un jour vous intéresse? Trois détails ne doivent pas être négligés, indique Mario Gauthier : « La largeur de l’andain doit correspondre à 75 % de la largeur de coupe. Pour une faucheuse dont la largeur de coupe est de 4 m, l’andain doit être au minimum de 3 m de large. L’ensilage d’un jour doit être fait lors d’une journée ensoleillée, et la hauteur de la coupe doit être de 10 cm. »

Ferme Maroch et Fils – Saint-Éphrem-de-Beauce

En 2009, tôt le matin – à 6 heures, René Marois commençait à faucher sa deuxième coupe : « L’eau revolait sur la faucheuse; je me demandais “mais qu’est-ce que je fais là?” » C’est qu’à l’été 2008, le producteur avait réussi à faire sa deuxième coupe avec un mois de retard. Cet hiver-là, les vaches ont consommé moins d’ensilage et, pour compenser, il a fallu ajouter plus de concentrés à la ration; les coûts d’alimentation ont grimpé en flèche. « Il fallait revoir notre façon de faire, et la coupe d’un jour nous est apparue comme une bonne solution », lance le producteur.

Chantier organisé

Comment ensiler 60 ha en une seule journée? « D’abord, indique René Marois, il faut évaluer tous les points faibles de son chantier et les limites de chaque outil. » En 2008, le producteur utilisait une faucheuse dont la capacité maximale était de 6 ha/h. Pour augmenter l’efficacité du chantier, il a plutôt opté pour deux faucheuses dont la capacité totale était de 10 ha/h. « En 2010, j’ai changé un de mes tracteurs. J’en ai choisi un avec une prise de force avant sur laquelle je pouvais installer une faucheuse frontale et une deuxième à l’arrière », précise-t-il. Du coup, le producteur a pu libérer un tracteur et un opérateur de machinerie tout en conservant une capacité de fauche de 10 ha/h, pour une largeur de fauche de 7,5 m. Éventuellement, le producteur souhaite augmenter la largeur de la fauche à 9 m : « On pourrait suivre avec un râteau de 9 m et gagner 10 % d’efficacité. Tout gain d’efficacité est important, car j’évalue le coût de mon chantier à 700 $/h. » La fauche doit être droite et à une hauteur de 10 cm : « Assez haut pour se glisser la main en dessous sans problème. »

Le chantier doit rouler rondement sans toutefois être au maximum. « En poussant tous les équipements à leur limite, le niveau de stress des opérateurs augmente tout autant que les risques de bris ou d’accidents », mentionne ce dernier. Une fois la fauche terminée, René Marois et son équipe s’arrêtent pour prendre un bon dîner, car le restant de la journée sera long. « Pendant que je fauche, les autres s’assurent que tous les équipements sont prêts », relate-t-il. Vers midi, Suzanne Plante, la conjointe de M. Marois, commence à râteler. Elle est suivie de près par le forfaitaire, qui ensile la récolte. À l’heure du souper, tout le chantier est arrêté pour une vingtaine de minutes. Le producteur souligne l’importance de cette courte pause pour maintenir la vigilance de tous les opérateurs.

Les premiers champs ensilés sont ceux situés le plus loin de la ferme, soit à 4 km : « En partant, les boîtes d’ensilage sont vides. Cela permet également de roder le chantier. » En tout, trois boîtes d’ensilage se relaient et suivent à côté de l’ensileuse automotrice. L’ensilage est déchargé directement dans le haut du bunker; il est donc étendu horizontalement. « L’ensilage est tassé à l’aide d’une pelle hydraulique. Ce n’est pas l’outil idéal, mais c’est ce que nous avons trouvé de mieux pour l’instant. C’est notre maillon faible », indique René Marois. Le débit du chantier est en moyenne de 50 t/h. L’opérateur de la pelle a tout au plus 10 min pour tasser chaque boîte d’ensilage (8 t). Pour faciliter le tassement, l’ensilage est haché plus court à 10-12 mm (3/8 pouces). « Dans un bunker, le pourcentage de matière sèche peut varier de 30-32 à 40-45 %. Lors de la reprise, puisque l’on forme des couches horizontales, on obtient un mélange d’ensilages. Le pourcentage de matière sèche en 2009 et 2010 était respectivement de 37 % et 34 %.

Le besoin de main-d’œuvre pour un chantier type à la ferme Maroch est de sept opérateurs : un à la fauche, un au râtelage, un forfaitaire à l’ensilage, trois pour le transport de l’ensilage et un forfaitaire au tassement. En 2011, René Marois souhaite faire quatre coupes. « J’évalue mes besoins d’ensilage à 3000 t annuellement», estime-t-il en ajoutant que faire de l’ensilage d’un jour est beaucoup moins stressant. Dans un tel chantier, conclut ce dernier, chaque petite minute d’efficacité est importante.

Ferme Maroch et Fils – portrait en bref

250 têtes : 95 vaches en lactation
120 kg de quota
195 ha en culture :
25 ha d’avoine
15 ha de pâturage pour les taures
155 ha de fourrages
Trois bunkers de 600, 800 et 1000 t

Ferme Micheret inc. – Saint-Zéphirin

« Le pourcentage d’humidité est plus stable avec l’ensilage d’un jour, comparativement à un ensilage fauché en andains étroits », indiquent les frères Martial et Mathieu Lemire. Le changement vers l’ensilage d’un jour, les producteurs l’ont pris en 2005. « Nous avons raccourci le temps entre les coupes à 28-30 jours. Les avantages sont nombreux, parmi lesquels on compte une meilleure qualité d’ensilage, une consommation supérieure et une meilleure digestibilité », mentionne Martial Lemire. « De plus, la durée du chantier est passée de deux-trois jours à une seule grosse journée », ajoute-t-il.

Comment organiser un chantier d’ensilage d’un jour? « Il faut d’abord identifier l’équipement limitant, par exemple la fourragère, le nombre de boîtes ou de tracteurs. Puis, s’assurer d’avoir le personnel nécessaire », précise Mathieu Lemire. À la ferme Micheret, la superficie du chantier est de 48 ha. Ici, seule la luzerne pure est ensilée. La première coupe est destinée à faire du foin sec et les trois suivantes à l’ensilage. « La fauche commence dès 5 h le matin pour se terminer vers 11 h avec une faucheuse de 4,5 m », souligne Mathieu Lemire. La hauteur de la coupe est de 10 cm et la largeur de la coupe de 3 m. La faucheuse est équipée de rouleaux conditionneurs. Pour l’ensilage d’un jour, les rouleaux sont desserrés au maximum afin d’éviter le briser la tige de la plante. « Il faut un minimum de quatre heures d’ensoleillement à partir de 9 h le matin pour sécher l’ensilage », évalue Martial Lemire. En septembre, les producteurs vont faucher les tours de champs la veille, pour commencer à faucher le lendemain matin vers 6 h. « Il est difficile de croire que l’ensilage sèche en quatre heures. Il suffit pourtant d’avoir un ciel ensoleillé! » assure ce dernier.

Selon les producteurs, il faut calculer le même nombre d’heures pour ensiler et faucher. En début d’après-midi, Martial Lemire commence à râteler avec un râteau-double de 7,3 m (24 pi) pour rassembler deux largeurs de fauche en un andain. Auparavant, le producteur utilisait un râteau de 3,6 m (12 pi). « Nous avons conservé ce râteau, en cas de bris, il pourrait nous dépanner », précise Martial Lemire. Une demi-heure après le début du râtelage, un forfaitaire ensile le matériel. Quatre boîtes sont nécessaires au chantier : une attachée derrière la fourragère et trois en déplacement. L’ensilage est entreposé dans un silo. Une personne est donc attitrée au souffleur. Le goulot d’étranglement du chantier des Lemire se situe au déchargement : un maximum de 6 à 7 boîtes à l’heure. En tout, 40 boîtes de 5 t seront déchargées. « L’ensilage est vert et le taux d’humidité est plus constant avec la fauche d’un jour », commente Mathieu Lemire. À 20 h, le chantier est terminé. Il ne reste plus aux producteurs qu’à remettre en place le videur et à s’assurer qu’il fonctionne pour le lendemain matin.

Ferme Micheret inc. – portrait en bref

74 vaches en lactation pour un quota de 97 kg
12 000 kg en moyenne
275 ha dont 67 en location :
38 ha graminées
55 ha luzerne
64 ha maïs
57 ha soya
36 ha avoine
20 ha ensilage de maïs
5 ha pâturage