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Entrées d’air modulaires en porcherie. Photo : Gracieuseté de Sébastien Turcotte

Entrées d’air modulaires en porcherie. Photo : Gracieuseté de Sébastien Turcotte

Élever ses porcs au frais, une stratégie payante

Le porc n’ayant pas de glandes sudoripares, c’est une espèce particulièrement vulnérable au stress thermique, d’où l’importance de respecter les normes minimales de ventilation d’été. Mais lorsqu’une vague de chaleur frappe, des systèmes de rechange doivent être envisagés pour éviter le pire.

Dans un contexte de changements climatiques, il est plus nécessaire que jamais d’avoir une ventilation adéquate pour rafraîchir son troupeau. C’est sans compter qu’en raison de l’amélioration de la nutrition, de la génétique et de la performance, les porcs élevés aujourd’hui produisent en moyenne 30 % plus de chaleur qu’ils n’en produisaient en 1980, rappelle Sébastien Fournel, professeur en ingénierie des infrastructures et des équipements agroalimentaires à l’Université Laval. « Si on ventile avec le même système qu’il y a 40 ans et que les épisodes de canicule deviennent plus fréquents, on va avoir de la difficulté à faire le changement d’air nécessaire pour être capable de maintenir les conditions ambiantes à l’intérieur. »

Avec la ventilation souterraine, l’effet de géothermie réchauffe l’air en hiver et le refroidit en été. Photo : Gracieuseté de Sébastien Turcotte

Avec la ventilation souterraine, l’effet de géothermie réchauffe l’air en hiver et le refroidit en été. Photo : Gracieuseté de Sébastien Turcotte

De l’avis de Sébastien Turcotte, agronome au Centre de développement du porc du Québec (CDPQ), plusieurs porcheries possèdent des systèmes de ventilation mal adaptés. « La majorité des porcheries ont plus de 20 ans et des améliorations seraient à apporter. Souvent, le contrôle du système est changé, mais ça demeure une ventilation par palier qui se régule en fonction de la température à l’intérieur de l’aire d’élevage. »

Dans les bâtiments plus anciens dotés d’un système conçu pour obtenir un débit de 80-85 CFM par porc, alors que la norme de dimensionnement est aujourd’hui de 90 à 100 CFM, ­l’utilisation de ventilateurs de recirculation pour brasser l’air peut être envisageable pour rafraîchir le troupeau sans effectuer d’investissements trop élevés.

Des ventilateurs de recirculation au-dessus des cages de gestation aident à rafraîchir les truies.

Des ventilateurs de recirculation au-dessus des cages de gestation aident à rafraîchir les truies.

Toutefois, la capacité de rafraîchissement de la ventilation atteint une limite lorsque l’air envoyé dans le bâtiment est plus chaud que la ­température corporelle du porc, soit autour de 32 °C. « À partir de ce moment-là, on commence à réchauffer le cochon plutôt que le rafraîchir, peu importe la vitesse du vent, poursuit Sébastien Turcotte. C’est pourquoi les grosses canicules peuvent occasionner de la mortalité, principalement chez les truies juste avant ou après la mise bas et les porcs d’engraissement sur le point d’être expédiés. »

Atténuer la chaleur

Idéalement, un éleveur devrait prévoir un système alternatif pour prévenir ce genre de situation. Un brumisateur peut pulvériser de l’eau froide à très grande pression dans une tubulure à proximité des entrées d’air, de façon à faire descendre la température de la pièce de 3 ou 4 degrés. L’inconvénient : ce type d’équipement ne fonctionne pas très bien si la météo extérieure est humide. De plus, ces buses demandent un entretien minutieux et plusieurs doivent être changées à cause des concentrations de poussière et d’ammoniaque élevées que l’on retrouve durant la saison froide.

Il est possible de brancher le système de gicleurs au contrôleur avec une valve électrique pour asperger par temps chaud.

Il est possible de brancher le système de gicleurs au contrôleur avec une valve électrique pour asperger par temps chaud.

Un système par aspersion comme on en voit dans certains bâtiments d’engraissement ou de gestation constitue une autre solution, suggère Sébastien Turcotte. « Il s’agit de brancher le système de gicleurs au contrôle automatique et d’installer une valve électrique. On règle la consigne de départ du système à partir de 28 °C. Une fois que les porcs sont mouillés, l’effet du vent va les refroidir par évaporation. À raison d’une minute d’aspersion aux 10 ou 15 minutes, on s’assure de rafraîchir les porcs, qu’il n’y aura pas de ­mortalité et que le porc va continuer de manger presque au même rythme. » À noter que les gicleurs doivent être positionnés de façon à mouiller la plus grande superficie du parc, sans toutefois arroser la réserve d’aliments des mangeoires. Un projet de recherche du CDPQ a d’ailleurs pu valider l’efficacité des systèmes d’aspersion en parvenant à augmenter le gain moyen quotidien de presque 100 g par jour.

D’autres ajustements peuvent être apportés pour atténuer les effets du stress thermique chez les porcs, comme ­l’installation d’isolant de sous-toit sous le revêtement métallique. Cette mesure limite le surchauffage de l’air dans le comble et permet d’abaisser de 4 à 5 °C l’air qui entre dans le bâtiment.

Enfin, l’utilisation d’un contrôle intelligent s’avère pertinente, signale Vincent Nadeau-Morissette, ingénieur et propriétaire de Global Concept. « Le contrôle intelligent va gérer la ventilation de façon complète en fonction de plusieurs consignes et non seulement selon la température du bâtiment. Ça demeure toutefois un automate qui dépend de la qualité des données qui lui sont fournies. D’où l’importance d’un bon positionnement des sondes pour une analyse précise de ce que ressentent les animaux. »

Refaire son système : quelles sont les options?

Les systèmes de ventilation pour les bâtiments porcins ont beaucoup évolué ces dernières années. Voici quelques-unes des options qui se présentent aux éleveurs voulant construire à neuf ou refaire leur ventilation.

Ventilation avec entrées d’air modulaires au plafond : Ces modules préfabriqués installés entre deux chevrons assurent une plus grande vitesse et un meilleur contrôle de la direction de l’air que les entrées d’air linéaires.

Ventilation naturelle : Silencieux et économe en été, ce système est cependant vulnérable au froid l’hiver et aux changements brusques de température. L’ajout de panneaux rigides est possible, mais le contrôle de la direction du vent est difficile.

Ventilation hybride : L’été, ce système utilise la ventilation naturelle, puis met en fonction des ventilateurs d’extraction d’air dans la cheminée avec quelques entrées d’air modulaires pendant la saison froide. « On voit ça dans certains bâtiments d’engraissement et dans des unités de truies gestantes, mais les résultats sont mitigés en hiver », commente Sébastien Turcotte.

Ventilation en tunnel : « Pour les truies en groupe, la ventilation en tunnel s’impose, estime Vincent Nadeau-­Morissette, de Global Concept. Ce système va chercher de bons courants d’air. » La présence d’obstacles peut ­toutefois en limiter l’efficacité.

Cooling pads : À l’instar des brumisateurs, ces panneaux viennent humidifier l’air juste avant son entrée dans l’aire d’élevage. « Ça fonctionne jusqu’à un certain point, mais c’est un investissement élevé pour une courte période d’utilisation », prévient Vincent Nadeau-Morissette.

Ventilation souterraine : Cette technologie, développée par la société française I-TEK, fait passer l’air de l’extérieur par une canalisation souterraine de béton avant d’entrer dans le bâtiment. L’effet de géothermie réchauffe l’air en hiver et le refroidit en été. Le système permet d’économiser autant sur le chauffage que sur la ventilation. Il en coûte cependant de 10 à 20 % plus cher qu’un système conventionnel. Il est distribué chez nous par Monitrol. 


Cet article a été publié dans l’édition de mai 2021 du magazine L’UtiliTerre.