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Selon le Dr Frédéric Beaulac, des Services vétérinaires ambulatoires Triple-V à Acton Vale, les premières journées chaudes de fin mai et juin sont moins tolérables pour les animaux. Le changement est comme draconien et ils n’y sont pas habitués. Photo : Shutterstock

Selon le Dr Frédéric Beaulac, des Services vétérinaires ambulatoires Triple-V à Acton Vale, les premières journées chaudes de fin mai et juin sont moins tolérables pour les animaux. Le changement est comme draconien et ils n’y sont pas habitués. Photo : Shutterstock

Danger sous le soleil

Si le degré de tolérance à la chaleur varie beaucoup d’une espèce à l’autre, il ne faut jamais prendre à la légère les effets du stress thermique chez les animaux d’élevage. Deux vétérinaires nous prodiguent leurs conseils en la matière.

Le Dr Frédéric Beaulac

Le Dr Frédéric Beaulac

Un stress thermique de courte durée a généralement des impacts minimes sur la santé des animaux et va se traduire par une baisse de l’appétit, un ralentissement de l’activité et un halètement léger. Toutefois, un stress prolongé peut entraîner plusieurs complications. Chez les vaches laitières, on parle entre autres d’une diminution de la production du lait, d’une baisse du système immunitaire et d’une diminution du taux de gestation. Chez les porcs et les volailles, un stress thermique qui perdure peut mener jusqu’à l’arrêt cardiaque, puis la mort de l’animal.

« Selon mon expérience, quand la canicule persiste jour ET nuit durant plus de trois à quatre jours consécutifs, la situation devient généralement critique et la mortalité grimpe en flèche, constate le Dr Frédéric Beaulac, des Services vétérinaires ambulatoires Triple-V à Acton Vale. On remarque aussi que les premières journées chaudes de fin mai et juin sont moins tolérables pour les animaux. Le changement est comme draconien et ils n’y sont pas habitués. » Les porcs, les poulets et les veaux proches du poids d’abattage, de même que les truies juste avant la mise bas, sont les animaux les plus susceptibles de souffrir les premiers des effets d’une canicule, ajoute-t-il.

Le Dr Antoine Bourgeois

Le Dr Antoine Bourgeois

La ventilation des bovins laitiers

Le système de ventilation est le moyen principal de prévenir le stress thermique chez les bovins laitiers, qui expriment leur plein potentiel lorsque les températures sont plus fraîches comme au printemps et à l’automne, rappelle le Dr Antoine Bourgeois, de l’Hôpital vétérinaire de Sherbrooke. « La combinaison avec des brumisateurs qui fonctionnent de manière intermittente optimise l’efficacité de la ventilation, suggère-t-il. Lorsque les vaches ont les poils du dos mouillés par les brumisateurs, les mouvements d’air créés par le système de ventilation permettent une évaporation rafraîchissante sur les poils et la peau des vaches. » Une telle combinaison est bénéfique dans la mesure où les systèmes de ventilation et de brumisation sont bien ajustés pour éviter certains inconvénients comme des logettes mouillées et des cas de mammite.

La ventilation des porcs

Dans les bâtiments porcins, l’éleveur doit s’assurer de respecter les normes minimales de ventilation d’été. Les calculs des besoins de ventilation se baseront sur les différentes catégories de poids et pour l’été, il faut calculer pour des porcs lourds avant la sortie de l’abattoir, et non juste un poids moyen, insiste le Dr Beaulac. « En maternité, on peut considérer l’utilisation de systèmes goutte à goutte ou de gicleurs en engraissement dans les cas extrêmes, mais en temps normal, mieux vaut augmenter la circulation de l’air sur les animaux avec des ajouts de ventilateurs pour les rafraîchir que de les arroser, ce qui entraîne une augmentation d’humidité relative dans l’air et augmente l’effet de chaleur », dit-il. 

La ventilation des volailles

Les animaux en fin de croissance sont les plus vulnérables à la chaleur, spécialement les poulets à griller qui ont franchi le 30e jour d’élevage, précise le Dr Beaulac. « La meilleure stratégie dans le poulet à griller est l’usage de ventilateurs de recirculation de type panier. Chez la poule pondeuse et les reproducteurs, l’utilisation de brumisateurs dans les entrées d’air permet de contrecarrer les baisses de ponte occasionnées par la chaleur », mentionne le vétérinaire.

Reconnaître les signes de détresse

Chez la vache laitière, le stress thermique se manifeste notamment par une augmentation de la température corporelle et une accélération importante de la fréquence respiratoire. « On notera aussi un changement dans la manière de respirer : gueule ouverte, halètement, langue sortie, salivation excessive et cou allongé », énumère le Dr Bourgeois, qui recommande d’évaluer régulièrement les animaux dans l’étable lorsque l’indice thermique atteint 68. D’autres indices comme une baisse de la production de lait, de la consommation de nourriture et une augmentation de la consommation d’eau, de même qu’une position debout prolongée peuvent mettre la puce à l’oreille.

La posture et le comportement sont d’autres éléments à surveiller chez les animaux, ajoute le Dr Beaulac. « Par exemple, on peut voir les porcs se coucher très près des sources d’eau pour profiter de la fraîcheur de ce qui tombe au sol. La sévérité de la dyspnée — respiration rapide, gueule ouverte — et la léthargie sont des signes cliniques très importants à surveiller. »

Lorsque les vaches ont les poils du dos mouillés par les brumisateurs, les mouvements d’air créés par le système de ventilation permettent une évaporation rafraîchissante sur les poils et la peau des vaches. Photo : Shutterstock

Lorsque les vaches ont les poils du dos mouillés par les brumisateurs, les mouvements d’air créés par le système de ventilation permettent une évaporation rafraîchissante sur les poils et la peau des vaches. Photo : Shutterstock

Des gestes à poser

À défaut de pouvoir contrôler la météo, les éleveurs peuvent se préparer en prévision d’une canicule ou d’un changement abrupt de température en commençant par s’assurer du bon fonctionnement de tous les ventilateurs, des entrées d’air et de la génératrice d’urgence et en vérifiant la capacité des réserves d’eau et la propreté du système d’abreuvement.

Le producteur devrait aussi ajuster sa régie d’élevage en conséquence, plaide le Dr Bourgeois. « Si les animaux vont à l’extérieur, on les envoie seulement la nuit. On les garde à l’intérieur durant le jour. Aussi, il faut éviter de surcharger la salle d’attente de salons de traite pour diminuer la température ambiante et travailler avec les animaux plus lentement. »

Parmi les gestes qui peuvent être posés en élevage porcin, mentionnons la réduction de la densité animale, lorsque la chose est possible, pour permettre à tous les porcs de s’étendre sur le côté afin de transférer leur chaleur au plancher de béton ou encore arrêter les lampes chauffantes et les tapis chauffants pour protéger les porcelets dans la mise bas, mentionne le Dr Beaulac. 

D’autres actions

Pour atténuer les effets du stress thermique, on s’assurera également d’avoir un apport suffisant en eau fraîche. On peut prévoir un bol d’eau supplémentaire pour les porcs ou un deuxième abreuvoir dans les étables en stabulation libre pour éviter la compétition. « Équiper la ferme d’un compteur d’eau est une manière simple et peu coûteuse de monitorer l’apport en eau », suggère le vétérinaire Frédéric Beaulac.

Un éleveur peut aussi adapter sa gestion de l’alimentation en réduisant la quantité totale servie et en la divisant en plus petits repas, et en nourrissant les animaux tôt le matin ou en fin de soirée lorsqu’il fait plus frais. La diète peut aussi être modifiée en conséquence. « Chez les volailles, l’usage de suppléments électrolytes et antioxydants dans l’eau est une pratique fréquente », ajoute le Dr Beaulac.

Avec les bovins laitiers, on veille à fournir autant d’ombre que possible pour prévenir un entassement des animaux aux sites ombragés, et donc une augmentation de la température ambiante. « Enfin, on suggère de déplacer les animaux et de travailler avec eux tôt le matin ou tard le soir afin d’éviter les périodes de chaleur importante, indique le Dr Bourgeois. La température de l’animal va atteindre son pic environ 2 heures après le pic de la température ambiante et mettra de 4 à 6 heures à diminuer à la suite du retour à la normale de la température ambiante. » 


Cet article a été publié dans l’édition de juin 2021 du magazine L’UtiliTerre