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Les ventilateurs de recirculation permettent de projeter le vent directement où se trouvent les vaches. Photos : Gracieuseté de Steve Adam

Les ventilateurs de recirculation permettent de projeter le vent directement où se trouvent les vaches. Photos : Gracieuseté de Steve Adam

Amener le vent au plancher des vaches

Capacité ne rime pas toujours avec efficacité. La présence de plusieurs obstacles dans l’étable, à commencer par les vaches elles-mêmes, limite souvent l’effet de refroidissement tant recherché des systèmes de ventilation. Cette lacune pourrait être toutefois facilement corrigée pour contrer l’effet de stress thermique, déjà bien présent chez nous.

Dans nos conditions climatiques, un vent de 7 km/h (ou 400 pi/minute) est nécessaire pour que la peau d’une vache soit refroidie durant l’été. Bien qu’une étable soit équipée d’un bon système de ventilation, le défi est de s’assurer que l’animal ressente le vent.

« Au Québec, plusieurs étables comportent des lacunes à ce niveau. On retrouve par exemple des bâtiments avec une ventilation de type tunnel qui laisse entrer beaucoup de vent, sans nécessairement être efficace, car les premières vaches ou les équipements comme un robot de traite créent un obstacle. Un pourcentage limité d’animaux bénéficie de l’effet de refroidissement », soutient Steve Adam, agronome et expert en production laitière – confort et bien-être chez Lactanet.

Un autre problème constaté dans les étables avec un système en tunnel est une mauvaise position ou un nombre insuffisant d’entrées d’air créant des zones mortes dans le bâtiment. Les étables en ventilation naturelle ne sont pas en reste avec l’absence d’effet de cheminée pour extraire la chaleur en période de canicule.

Un système de ventilation par pression positive à l’aide d’une gaine de polyéthylène.

Un système de ventilation par pression positive à l’aide d’une gaine de polyéthylène.

Le stress thermique : un phénomène courant

Si, pour le commun des mortels, une température de 22 °C et une humidité relative de 45 % (ITH 68) constituent des conditions très agréables, une vache laitière qui produit selon les standards actuels ressent déjà les effets de la chaleur. Des impacts négatifs sont aussi observés dès que l’ITH ne descend pas sous la barre du 65 durant la nuit.

Selon une étude menée par l’Université Laval, on a enregistré qu’entre 2010 et 2015, l’ITH était de 65 et plus en moyenne de 119 à 160 jours par année au Québec. Autrement dit, les vaches sont soumises à des températures excessives plusieurs mois par année et la tendance ne fera que s’accentuer avec les changements climatiques.

Mesurer au bon endroit

De l’avis de Steve Adam, le producteur doit se défaire de la perception que s’il ressent du vent au moment de la traite, la vache se sent bien. « Il faut garder à l’esprit que la température corporelle de la vache augmente lorsqu’elle se couche. Il faut que le vent atterrisse sur la litière. » Pour évaluer l’efficacité d’un système de ventilation été comme hiver, l’agronome suggère de prendre les mesures à l’aide d’un anémomètre à fil chaud au niveau de la litière. « Est-ce que j’atteins de 300 à 400 pi/minute? Si la ventilation envoie l’air au plafond, je ne suis pas très avancé. Il faut donc apporter les correctifs en conséquence. »

L’installation d’un système d’aspersion, combiné à la ventilation, est une avenue à explorer pour refroidir les animaux à la mangeoire. Photo : Gracieuseté de Clément Blais

L’installation d’un système d’aspersion, combiné à la ventilation, est une avenue à explorer pour refroidir les animaux à la mangeoire. Photo : Gracieuseté de Clément Blais

Faire circuler le vent

L’ajout de ventilateurs de recirculation peut s’avérer nécessaire pour dévier l’air qui entre dans l’étable vers les bêtes. Dans une étable entravée avec un plafond bas par exemple, on installera selon ­l’espace disponible des ventilateurs de recirculation au-dessus des rangées d’animaux ou derrière eux. Si on se sert de petits ventilateurs en raison d’un manque d’espace, il en faudra plus pour obtenir le même effet, puisque le rayon d’action d’un équipement est de 8 à 10 fois l’équivalent de son diamètre. 

Chez la vache en lactation, les effets varient selon la sévérité et la durée du stress :

  • Baisse de consommation de 30 à 40 %;
  • Perte de lait de 20 à 35 %;
  • Réduction du taux de protéine (0,03 à 0,07 kg/j) et du taux de gras dans le lait (0,01 à 0,07 kg/L);
  • Baisse du taux de conception jusqu’à 10 %.

Chez la vache tarie :

  • Amaigrissement en période ­pré-partum;
  • Perte de poids excessive après le vêlage;
  • Diminution de la durée de gestation.

Chez la génisse à naître :

  • Si la mère a subi un stress thermique en fin de gestation, le taux de mortalité augmente chez les veaux.

Dans une étable à ventilation naturelle, on pourra pallier ce problème avec l’installation de ventilateurs d’appoint de type à grand débit et faible vélocité, ou d’un ventilateur de recirculation à haute capacité ou panier. Le choix de l’équipement variera selon la configuration du bâtiment et les objectifs du producteur. Certains producteurs installent même des tubes perforés pour apporter de l’air frais dans certaines zones problématiques comme la salle d’attente, tandis que d’autres aménagent dans des étables à ventilation transversale des ventilateurs à l’une des extrémités pour créer un effet de tunnel, selon la saison.

« Au final, il n’y a pas de bon ou de mauvais type de ventilation, résume Sébastien Fournel, professeur en ­ingénierie des infrastructures et équipements agroalimentaires et titulaire de la Chaire de leadership en enseignement des bâtiments agricoles durables de l’Université Laval. Un système sera efficace du moment où il a été bien conçu et géré pour éviter les points morts et avoir une bonne vitesse d’air, au bon endroit et durant la saison voulue. »

D’autres options pour refroidir

Si le refroidissement de l’étable demeure toujours problématique malgré les ventilateurs de recirculation, on pourra considérer l’utilisation de gicleurs. « C’est une alternative qui n’est pas applicable en stabulation entravée parce que la stalle se retrouverait mouillée, indique Steve Adam. En stabulation libre, on installera les gicleurs aux mangeoires pour que le jet atteigne la cage thoracique et on ­s’assurera que les gouttelettes soient assez grosses pour traverser le poil. » N’empêche, pour que la mesure soit efficace, il faut absolument une bonne ventilation qui fera évaporer l’eau sur la peau de la vache, sinon on risque d’obtenir l’effet contraire.

Très utilisé dans les pays au climat chaud et sec, le système de brumisation peut également procurer un certain confort aux vaches, mais son effet est limité en raison des étés humides du Québec. Une autre étude de l’Université Laval a voulu comparer l’efficacité de ventilateurs de recirculation et celle des brumisateurs pour combattre le stress thermique chez les vaches laitières en fonction de leur impact sur la qualité du lait et le retour sur investissement de chaque équipement.

On estimait que l’utilisation des ventilateurs de recirculation permettait l’amélioration du taux de gras et du taux de protéine dans le lait des vaches en Montérégie et dans le Bas-Saint-Laurent et que l’installation de ce type d’équipement était à l’heure actuelle rentable pour les producteurs des deux régions. En revanche, si l’utilisation de la brumisation obtenait des effets similaires sur la qualité du lait, cette technologie ne deviendrait rentable qu’en… 2050, uniquement en Montérégie.

« Oui, la brumisation peut amener un certain confort aux vaches et aux ­travailleurs, mais n’apportera pas pour l’instant un avantage économique sur la ventilation mécanique, observe Sébastien Fournel. Ce type d’équipement sera possiblement plus pertinent dans le futur, mais pour l’instant, une fois qu’on s’assure que la ventilation est bien réglée, l’ajout de ventilateurs de ­recirculation s’impose. » 


Cet article a été publié dans l’édition de mai 2021 du magazine L’UtiliTerre.