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L’imagerie par drone : le meilleur reste à venir

Les technologies d’imagerie par drone ont connu une évolution exponentielle au cours des cinq dernières années, mais sont encore peu utilisées dans les champs. C’est qu’il reste encore plusieurs défis à surmonter avant que les images captées remplacent le bon vieux travail de terrain.

Ce drone, muni de caméras multispectrale, thermique et RGB, survole une parcelle expérimentale de choux et de brocolis.

Ce drone, muni de caméras multispectrale, thermique et RGB, survole une parcelle expérimentale de choux et de brocolis.

« Actuellement, la prise de décisions agronomiques à l’aide de la dronautique, c’est difficile à faire accepter, parce qu’on ne réussit pas encore à établir des liens très fins entre les images qu’on capte et ce qu’on observe sur le terrain », soutient le professionnel de recherche et coordonnateur GST Géomatique au Centre de recherche Saint-Jean-sur-Richelieu d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, Philippe Vigneault.

Pour expliquer la complexité de l’imagerie par drone en agriculture, il utilise une analogie culinaire. « C’est comme si je vous donnais un bol de velouté de légumes et que je vous demandais d’extraire les carottes. »

La technologie permet actuellement de capter des images d’une précision inégalée, au centimètre ou au millimètre près. Encore faut-il, cependant, traiter et analyser ces données et prendre les bonnes décisions.

Depuis plusieurs années, les drones peuvent être équipés de caméras RGB standards. « Ces caméras servent à faire des cartes aériennes d’un champ et des relevés topographiques, mais on ne récolte pas de données. Il y a moins d’avantages technologiques », mentionne le président et fondateur de l’entreprise Drone Action 360, Stéphane Laurin.

Là où l’imagerie par drone devient une avenue prometteuse, c’est lorsque l’engin est équipé d’une caméra multispectrale. Cette caméra est dotée de cinq bandes électromagnétiques qui sont capables, au moyen du spectre lumineux, de détecter si la plante a fermé ses stomates – et, donc, si elle vit un stress.

Une fois que le drone a fait son travail en survolant le champ, l’utilisateur se retrouve avec d’innombrables images. Traiter et analyser ces données nécessite donc des outils spécialisés et des connaissances pointues. « Actuellement, on ne peut pas regarder une image et dire : ‘‘Ah, tiens, il y a du doryphore à tel endroit dans mon champ de pommes de terre’’, illustre M. Vigneault. Pour l’instant, tout ce qu’on peut faire, c’est envoyer un dépisteur sur le terrain, à un endroit précis, pour qu’il constate le problème. »

Quand l’intelligence artificielle se met de la partie

Bien que l’imagerie par drone ne remplace pas l’œil avisé du dépisteur, elle peut être un outil de plus dans le coffre des agronomes, selon Mathieu André Falardeau, de DroneXperts. « L’avantage qu’ont les entreprises de produits et services ou les firmes de génie agricole, par rapport aux producteurs, c’est que leur investissement est amorti sur plusieurs fermes au lieu d’une seule. Ces professionnels peuvent ainsi rentabiliser leur temps tout en passant moins de temps sur chaque champ. »

Même son de cloche du côté du professeur adjoint en agronomie numérique à l’Université Cornell, Louis Longchamps. « La machine est plus précise et plus constante que l’humain. Alors, dans ce contexte-là, la technologie est intéressante. »

De son côté, Philippe Vigneault travaille actuellement sur « l’aspect temporel » de la dronautique. « On cumule des photos à travers le temps pour mieux mesurer le profil de croissance d’une plante et détecter, par exemple, les retards de croissance », indique-t-il.

Selon les experts, les possibilités du couple imagerie par drone et intelligence artificielle sont quasi-infinies. Pour le moment, cependant, les avancées se passent davantage du côté de la recherche scientifique. Reste à attendre, donc, qu’elles quittent les bancs d’école et arrivent dans les champs. 


Louis Longchamps s’intéresse, dans ses travaux, à l’agriculture de précision et à la gestion des données agricoles.

Louis Longchamps s’intéresse, dans ses travaux, à l’agriculture de précision et à la gestion des données agricoles.

Les drones au service de l’irrigation

Sur les terres semi-arides du Colorado, les drones permettent une meilleure gestion de l’eau. « Si la plante manque d’eau, elle ferme ses stomates et l’évapotranspiration n’est plus possible. La température du feuillage monte alors, un peu comme nous quand on fait de la fièvre », explique Louis Longchamps, de l’Université Cornell, qui a travaillé dans cet État montagneux auparavant.

Les capteurs sur le drone décèlent cette augmentation de température. Il est donc possible de détecter hâtivement les endroits dans le champ où il manque d’eau et faire de l’irrigation de précision.


Les drones et la sélection génétique

Les entreprises qui font de la sélection génétique, notamment dans le soya, utilisent les drones régulièrement, aux dires de Louis Longchamps. L’équipement leur permet de mieux comprendre les cultures. 

« Ils prennent des images et récoltent des données comme la couleur de la plante, la quantité de fleurs, etc. Ça leur permet d’observer en profondeur les caractéristiques de la plante et de faire des liens avec les rendements. » 

Comparativement à la télédétection, qui utilise des images satellitaires, les drones ne sont pas limités par le couvert nuageux. Photo : Gracieuseté du Centre d’excellence sur les drones

Comparativement à la télédétection, qui utilise des images satellitaires, les drones ne sont pas limités par le couvert nuageux. Photo : Gracieuseté du Centre d’excellence sur les drones


Ce texte a été publié dans notre cahier L’UtiliTerre du mois de février 2022.