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La main d’œuvre se fait rare chez les entreprises de déneigement. Le travail n’est pas toujours très attirant puisqu’il implique de travailler souvent la nuit et les fins de semaine. Photo : Archives/TCN

La main d’œuvre se fait rare chez les entreprises de déneigement. Le travail n’est pas toujours très attirant puisqu’il implique de travailler souvent la nuit et les fins de semaine. Photo : Archives/TCN

Des hausses de tarifs inévitables

Les choses ont bien changé depuis que Vincent Auclair, enfant, dégageait les entrées de cours avec sa pelle à neige et sa petite souffleuse. Il est aujourd’hui à la tête du Groupe F.V.P. de Québec et gère une trentaine de véhicules.

Photo : Vincent Auclair / Groupe F.V.P., Québec

Photo : Vincent Auclair / Groupe F.V.P., Québec

Depuis 2018, M. Auclair a abandonné le résidentiel et ne fait que du commercial, notamment dans les parcs industriels. S’il veut que son entreprise soit rentable, il devra, comme la plupart de ses collègues déneigeurs, augmenter ses tarifs cet hiver.

Vincent Auclair est lui aussi touché par la pénurie de main-d’œuvre et doit recruter entre trois et six nouveaux employés chaque année. Il peut à l’occasion puiser dans une banque d’anciens employés prêts à venir lui donner un coup de main au besoin.

« J’emploie entre 15 et 25 personnes en hiver et si je veux les garder, je n’aurai pas le choix d’augmenter les salaires de 3 $ à 4 $ de l’heure cette année », dit-il. M. Auclair garantit en outre un nombre d’heures à ses employés, qu’elles soient travaillées ou non. Les salaires varient en fonction de l’expérience et de l’ancienneté, mais ils graviteront cette année autour de 24 $ à 25 $ de l’heure, en moyenne, avec des heures garanties. Vincent Auclair veut aussi éviter le plus de stress possible à ses employés en leur donnant des horaires intéressants et des équipements en bon état.

Les difficultés à avoir des employés se répercutent également dans les activités estivales de l’entreprise. M. Auclair fait la tonte de pelouses commerciales, mais il a décidé de laisser tomber cette activité l’an prochain à cause d’un manque de main-d’œuvre. Il conservera uniquement le balayage de stationnements commerciaux et la location de camions pour les chantiers de construction.

Même situation

Jean-Roch Cardinal est propriétaire des Entreprises Jeroca inc. de Saint-Jérôme. Son entreprise fondée en 2008 œuvre à parts égales dans les secteurs commercial et résidentiel.

Il fait face lui aussi à la pénurie de main-d’œuvre. À la suite du départ d’un travailleur, c’est quatre employés qu’il doit trouver cette année. « Le plus difficile, c’est de trouver de bons opérateurs qui seront présents tout le temps et qui vont faire attention à la machinerie. Ça, c’est pas facile », souligne M. Cardinal.

Son entreprise emploie une vingtaine de personnes chaque hiver. Cette année, le taux horaire va frôler les 30 $ de l’heure, comparé à 20 $ ou 22 $ l’heure au cours des dernières années, sans compter les bonis de fin de saison. Même si la hausse peut sembler importante, « il faut penser que ces employés sont disponibles autant que possible 24 heures sur 24, sept jours par semaine », rappelle l’employeur. « Ils ne font pas 40 heures semaine. Ils font une moyenne de 15 à 25 heures semaine, donc le salaire hebdomadaire n’est pas si élevé, même si c’est considérable à l’heure », souligne-t-il.

Jean-Roch Cardinal n’offre pas de salaires garantis, mais quelques-uns de ses employés font aussi des heures en été pour le balayage de rue, de stationnements et de chantiers de construction. « Le chômage compense les semaines où il n’y a pas d’ouvrage », dit-il. Cette situation lui permet de garder des employés réguliers.

En prévision d’une hausse de prix du carburant

L’an dernier, Vincent Auclair n’a pas trop souffert de la hausse du prix du carburant parce qu’elle est survenue davantage à la fin de l’hiver. Cette année, il inclura une nouvelle clause de protection en prévision de fluctuations possibles du prix du diesel. Le cas échéant, une majoration de tarif pourrait s’appliquer en fonction de la hausse moyenne du prix du carburant. « C’est une façon de me protéger si on a de grosses pertes », dit-il.

« Je consomme annuellement entre 200 000 et 220 000 litres de diesel. Je pouvais payer de 200 000 $ à 220 000 $ par année et là, je vais payer entre 400 000 $ et 450 000 $ par année. C’est quand même majeur comme augmentation », constate-t-il. Or, souligne le déneigeur, on ne peut pas amortir cette hausse sur plusieurs années comme pour l’achat d’un tracteur.

Machinerie et salaires

Jean-Roch Cardinal doit lui aussi composer avec la hausse du prix du carburant, mais les plus gros secteurs de dépenses dans l’entreprise sont la machinerie et les salaires. « Le prix des machineries a beaucoup augmenté. Un tracteur que je payais 160 000 $ il y a cinq ou six ans se vend maintenant entre 230 000 $ et 240 000 $. Ça fait une différence sur le budget pour la machinerie », dit-il.

Ces deux postes sont importants, mais ils sont prévisibles. Les deux choses que l’on ne peut contrôler et qui peuvent jouer beaucoup, ajoute le déneigeur, ce sont la quantité de neige qu’on va recevoir et le prix du carburant.

Pour le moment, M. Cardinal n’a pas trop de difficultés à se procurer des pièces de remplacement, mais « ça ne veut pas dire que ce sera toujours pareil », ajoute celui qui a toujours deux véhicules en ­back-up pour maintenir le service. La flotte hivernale des Entreprises Jeroca se compose d’une dizaine de véhicules (tracteurs avec grattes et souffleurs et deux chargeurs).

Un bon inventaire

Vincent Auclair doit lui aussi renouveler et entretenir certaines machineries. Pour compenser la pénurie dans les pièces, il garde un inventaire de celles qui se brisent le plus souvent. L’homme d’affaires se dit tout de même chanceux de pouvoir compter sur les services d’un bon mécanicien au sein de son entreprise. Il évite ainsi les délais de réparation reliés à un manque de main-d’œuvre dans ce secteur.

S’ajoutent aussi des frais fixes comme les taxes municipales et l’électricité. Même s’il préfère payer un accident ou un accrochage « de ses poches » plutôt que de faire une réclamation aux assurances, il constate que celles-ci ont augmenté de 10 % à 20 %.

Des hausses variables

Tout cela mis ensemble fait en sorte que Vincent Auclair devra appuyer un peu plus fort sur le crayon cette année quand viendra le temps de fixer les prix pour le déneigement de ses clients. Cette augmentation pourrait aller jusqu’à 30 % pour ceux qui n’avaient subi aucune hausse dans les dernières années. Pour les autres, elle devrait être moins considérable. « Heureusement, ils comprennent nos réalités et la situation », conclut le ­président-directeur général du Groupe F.V.P.

Jean-Roch Cardinal souhaite lui aussi que ses clients comprennent la situation et continuent de faire affaire avec lui malgré les augmentations, notamment ceux qui n’en avaient pas connu, ou peu, au cours des dernières années. « On ne peut pas se permettre de faire des contrats de déneigement à perte », ajoute-t-il. La relation de confiance qui s’établit entre un déneigeur et le client est très importante, selon lui.

Pour le propriétaire des Entreprises Jeroca, se monter un réseau de connaissances dans le domaine permet de trouver des solutions à certains problèmes que peuvent rencontrer les déneigeurs, tandis que le fait d’être membre d’un organisme comme l’Association des déneigeurs résidentiels et commerciaux du Québec (ADRCQ) est une bonne façon d’obtenir de l’information claire et juste. 

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Ce texte est issu du dossier Déneigement : un hiver qui coûtera plus cher, de L’UtiliTerre, le cahier spécial de l’édition du 21 septembre de La Terre de chez nous.