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Conduite de longue durée : prudence au volant

Réal St-Denis effectue du battage à forfait depuis 41 ans. Pendant la période des récoltes, ses moissonneuses sillonnent les champs jour et nuit. Si la sécurité est aujourd’hui au coeur de son entreprise, le producteur a eu maille à partir avec la conduite de longue durée au début de sa carrière. Guidée par dame Nature, son équipe travaillait parfois deux jours sans dormir. Résultat? Un de ses employés s’est endormi au volant après une longue nuit de travail.

Puisque la conduite de longue durée comporte son lot de risques pour les producteurs agricoles, la prudence est de mise. Il n’existe aucune statistique sur le nombre d’incidents causés par la conduite de longue durée au volant d’une machine agricole. Réal St-Denis est toutefois loin d’être le seul à devoir composer avec les risques de la fatigue.

Le directeur général de l’Association canadienne de sécurité agricole, Marcel Hacault, indique que ces incidents sont fréquents. « Ça arrive très souvent que des tracteurs soient pris dans un étang ou aient accroché un piquet d’Hydro-Québec. » Des accidents causés par un manque de vigilance lié à la fatigue, croit-il. Pour lui, le manque de sommeil a le même effet que l’alcool. Il cite une étude selon laquelle 24 heures sans sommeil équivalent à un taux d’alcool dans le sang de 0,1%. « La vitesse de réponse diminue alors de moitié », précise-t-il.

Même son de cloche du côté de la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST), selon laquelle « un opérateur épuisé est plus susceptible de faire une erreur ». La porte-parole de l’organisme, Geneviève Trudel, souligne que d’autres types d’accidents peuvent être causés par la fatigue. « Un agriculteur peut par exemple oublier de couper le moteur au cours d’un entretien, ce qui peut entraîner un accident grave », illustre-t-elle.

 

 

Éviter de cogner des clous

Réal St-Denis a vite appris de ses erreurs. « Toutes les huit heures, peu importe la température, une nouvelle équipe de chauffeurs prend le relais », assure-t-il. Cette façon d’organiser le travail permet de diminuer les bris d’équipement, soutient le producteur d’Henryville, en
Montérégie.

Selon la CSST, il est d’ailleurs de la responsabilité de l’employeur, comme M. St-Denis, de bien préparer les horaires « pour permettre aux opérateurs de bénéficier de nuits de sommeil ininterrompues ».

Bien que rien ne remplace une bonne nuit de sommeil, Geneviève Trudel mentionne que les chauffeurs doivent faire de courtes pauses au moins toutes les deux heures pour se dégourdir et se reposer. Marcel Hacault propose quant à lui aux employeurs de prévoir une rotation des tâches.

Réal St-Denis connaît bien ces trucs. « Je demande à mes conducteurs de faire une marche toutes les heures pour ne pas s’ankyloser, conseille-t-il. Je leur demande aussi de sortir de la moissonneuse après 8 ou 10 heures, quitte à faire une autre tâche pour changer le mal
de place. »

 

 

Le producteur encourage aussi ses employés à converser au moyen des radios pour s’assurer que tout va bien et qu’aucun chauffeur ne présente de symptômes de fatigue. « C’est sûr que, quand la saison de hockey est commencée, ça aide! Les gars écoutent le match en travaillant. Ça alimente les discussions et ça garde réveillé », raconte-t-il en rigolant.

Avec autant d’années d’expérience derrière le volant, Réal St-Denis a compris qu’il devait mettre sa sécurité et celle de ses employés au premier plan. « On a été très chanceux au cours de nos 41 ans. Il aurait pu nous arriver des grosses bad luck.On n’est pas des surhumains. Quand on a arrêté de faire les fous, on a eu la preuve que ça valait la peine d’être prudent. »