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  • Éric Dion et Marie-Pierre Dufresne de Biopterre
Éric Dion et Marie-Pierre Dufresne, de Biopterre, posent devant le nouveau laboratoire de l’organisme où a été mis au point, en partie, cet engrais à base de laine de mouton.

    Éric Dion et Marie-Pierre Dufresne de Biopterre Éric Dion et Marie-Pierre Dufresne, de Biopterre, posent devant le nouveau laboratoire de l’organisme où a été mis au point, en partie, cet engrais à base de laine de mouton.

  • Laine de mouton à l’état brut
De la laine à l’état brut, non lavée, est employée pour la transformation.

    Laine de mouton à l’état brut De la laine à l’état brut, non lavée, est employée pour la transformation.

  • Appareil servant à déchiqueter
Outre le déchiquetage, cet appareil, vendu par Granulart, peut également traiter différents types de biomasse, des plastiques, du carton, etc.

    Appareil servant à déchiqueter Outre le déchiquetage, cet appareil, vendu par Granulart, peut également traiter différents types de biomasse, des plastiques, du carton, etc.

  • Laine pressée
La laine est pressée et mise en granules.

    Laine pressée La laine est pressée et mise en granules.

Un nouvel engrais… à base de laine de mouton!

 Au Bas-Saint-Laurent, bastion de l’élevage ovin, un projet fort intéressant vise à offrir un revenu supérieur aux éleveurs, et ce, en transformant la laine de mouton… en engrais!

« Tondre les moutons occasionne des coûts non négligeables. Et lors des dernières années, la laine se vendait généralement à un prix ridicule, loin de rentabiliser cette opération, souligne Yves Langlois, président du Syndicat des producteurs ovins du Bas-Saint-Laurent. Sans compter qu’il faut accumuler la laine à la ferme avant d’en avoir assez pour remplir un camion. Ça représente des volumes assez importants à entreposer… »

Cet éleveur mentionne également qu’au Bas-Saint-Laurent, plusieurs de ses confrères possèdent des cheptels de race Romanov, dont la laine est refusée par le seul acheteur.

Les scientifiques en renfort

Début 2009, Yves Langlois et son syndicat cherchent activement une solution. Une lueur d’espoir jaillit finalement à La Pocatière, plus précisément chez Biopterre-Centre de développement des bioproduits. L’équipe de recherche dirigée par Éric Dion met au point des formulations d’engrais dont l’ingrédient principal est la laine de mouton. « La laine fournit une source d’azote tout en ayant l’avantage de se dégrader lentement. Il en résulte un fertilisant à libération graduelle qui peut nourrir les plantes durant une année ou deux après l’application », explique fièrement le chercheur.

L’engrais développé à La Pocatière comprend d’autres ingrédients qui lui assurent une efficacité similaire à celle de certains fertilisants commerciaux. Fait particulier, ils sont tous d’origine biologique et proviennent du Bas-du-Fleuve.

« La Conférence régionale des élus du Bas-Saint-Laurent figure parmi les partenaires du projet. Leur investissement était conditionnel à ce que l’engrais soit produit localement et que tous les ingrédients autres que la laine (produits compostés, résidus quelconques, etc.) émanent des entreprises environnantes. Il s’agit donc d’un très beau projet qui bénéficierait aux producteurs ovins tout en profitant à l’économie locale », analyse pour sa part Marie-Pierre Dufresne, chargée de projets chez Biopterre.

Des tests encourageants

L’engrais à base de laine de mouton se destinerait premièrement à la fertilisation des pelouses, des plates-bandes et des petites productions maraîchères. Ses caractéristiques biologiques, sa faible odeur à l’application et son action longue durée représentent des atouts qui pourraient en faire un succès commercial. Après deux ans d’essais en parcelles, le produit est scientifiquement prêt et affiche des résultats pour le moins impressionnants.

« Nous avons constamment comparé notre produit aux engrais commerciaux, et son action fertilisante durait toujours plus longtemps. Voilà un avantage marqué, car le citoyen économisera du temps en amendant le sol moins souvent. Pour les municipalités, ce produit diminuera le nombre d’applications et, donc, les coûts de main-d’œuvre. À ce sujet, nous pouvons ajuster la formulation afin de libérer les agents fertilisants plus rapidement ou plus progressivement », affirme Éric Dion.

De surcroît, l’engrais possède une minime teneur en phosphore. Ainsi, il ne porte pas atteinte à la santé des cours d’eau, notamment ceux qui sont touchés par des problèmes d’algues bleu-vert.

Des chandails de laine pour les voisins
Enthousiasmés par ce projet, plusieurs éleveurs doivent pratiquement compter les moutons s’ils veulent réussir à s’endormir! Il leur faudra toutefois attendre avant de vendre leurs premiers sacs de laine pour la fabrication d’engrais.

« La technologie est prête, et l’évaluation des coûts de production montre que l’engrais à base de laine de mouton s’avérera concurrentiel. Il reste à déterminer le modèle d’affaires, soutient Marie-Pierre Dufresne. Idéalement, nous aimerions trouver une entreprise privée qui se chargerait de produire et de distribuer l’engrais. Deux compagnies semblent intéressées. Advenant qu’elles se désistent, est-ce que les producteurs ovins désireront produire et commercialiser eux-mêmes l’engrais? Chose certaine, 2013 apparaît comme l’année charnière de ce projet. »

Ce concept original confirme que les solutions existent; il s’agit de les développer. La tonte des montons permettait autrefois aux gens de la campagne de tricoter des chandails de laine pour tout le voisinage. Elle pourrait maintenant permettre aux citadins d’obtenir enfin une pelouse… plus verte que celle du voisin!