fbpx

Tournant dans le logement des truies gestantes

Les méthodes d’élevage dans les maternités porcines sont appelées à changer. Le Code de pratiques recommandées pour la manipulation et les soins des animaux de ferme en production porcine a même déjà avancé des dates butoir pour adopter le logement en groupe des truies en gestation. Sa version préliminaire précise que dès le 1er juillet 2014, les nouvelles installations, les bâtiments rénovés ou utilisés pour la première fois devraient se convertir au logement en groupe. Pour les autres cas, les éleveurs auraient jusqu’au 1er juillet 2024 pour se conformer aux exigences. Les cages individuelles pourront continuer d’être utilisées 28 jours après la date de la dernière saillie; 7 jours additionnels seront permis afin de faciliter le regroupement des truies. La version finale du Code devrait être publiée en mars.

En Europe, les cages individuelles de gestation sont interdites depuis janvier 2013. Au Canada, les grandes chaînes d’alimentation comme Sobeys et Loblaws, regroupées au sein du Conseil canadien du commerce de détail, ne s’approvisionneront plus à partir de 2022 de porcs issus de cages individuelles de gestation. Au Québec, les transformateurs Olymel et Asta ont également annoncé qu’ils feraient de même en 2022. Ainsi, la loi du marché force les éleveurs de porcs à prendre le tournant et à adhérer aux logements collectifs.

Transition réussie vers le logement en groupe
À la Ferme Pic Rouge, de Lyster, Vincent Fournier a adopté le logement collectif pour les truies gestantes dès 2010. « À ce moment, la ferme exploitait deux sites. On venait de passer des années difficiles avec le circovirus notamment. Il a fallu faire des choix et on a éliminé un site d’élevage », relate l’éleveur. Les objectifs consistaient à améliorer l’état sanitaire du troupeau et à spécialiser la main-d’œuvre. Puisque la tendance était déjà au logement collectif, le producteur a décidé de modifier le bâtiment d’élevage : des parcs d’engraissement sont devenus des logements en groupes pour les truies gestantes.

« Les truies passent près de 25 jours dans les cages de mises bas, 40 jours dans les cages de gestation et 76 jours dans les enclos de groupe », décrit-il. L’élevage s’effectue en bande aux quatre semaines. Vincent Fournier a opté pour « la façon économique de passer au collectif. » Des murets de béton divisent les parcs. Au plafond, une ligne de soigneurs déverse la moulée directement sur le sol bétonné. « C’est le point faible de mon aménagement; je n’ai aucun contrôle sur l’alimentation. Je donne deux repas très rapprochés afin de minimiser la compétition », dit-il.

En cours de gestation, l’éleveur doit isoler quelques truies dont le poids n’est pas optimal. Par ailleurs, le logement en groupe permet de détecter plus facilement les animaux malades. Lorsque l’éleveur entre dans le bâtiment, les bêtes se lèvent pour venir le voir. « Ça exige plus de manipulation. Il faut prévoir des enclos pour retirer les truies qui ne prennent pas suffisamment de poids. Puisqu’on augmente les déplacements, il faut prévoir des allées plus larges », indique-t-il. Quand on introduit les truies dans les enclos, elles bataillent quelques heures. « Il n’y a pas plus de blessures qu’avec des cages individuelles. Je n’ai jamais eu de cas de morsures. En fait, les truies se portent mieux. »

Puisque les enclos ont été aménagés dans un bâtiment existant, la dimension des parcs varie. « Selon l’enclos, le nombre de pieds carrés par animal varie de 18 à 21 », spécifie le producteur.

Lors de chaudes journées d’été, ce dernier ne perd quasiment plus d’animaux. « Les truies se déplacent dans l’enclos où il y a de l’air en mouvement. » Depuis le passage au logement en groupe, les résultats techniques s’améliorent. « Le nombre de mort-nés a baissé, il est de 0,3 par truie. En fait, les femelles bougent plus en fin de gestation et elles ont une meilleure condition physique », explique-t-il. Les performances sont de 2,42 mises bas/année et de 26 porcelets sevrés/an/truie.

fournier_texte

Dur, dur pour les bâtiments
Le lourd poids des truies se laissant tomber sur les murets fragilise les installations. « Je pensais que mes rénovations dureraient une dizaine d’années; mais non, je vais devoir retransformer plus tôt que prévu », constate Vincent Fournier. Le producteur a déjà des plans d’aménagement en tête. « Les parcs seront plus grands et je vise un système d’alimentation individuelle de type DAC [distributeur automatique de concentrés]. » L’éleveur utilise le système Gestal pour les truies en lactation. Ce système informatisé permet d’effectuer un suivi rigoureux de la quantité de moulée consommée par truie, de fractionner les repas, etc. « J’aimerais bien avoir une technologie similaire pour les truies gestantes en logement collectif », dit-il.

Avant de commencer à casser du béton pour réaménager un bâtiment, M. Fournier conseille de bien s’entourer. « Il ne faut pas hésiter à organiser une rencontre multidisciplinaire, à rassembler autour d’une table son vétérinaire, son conseiller financier, etc. Je crois qu’il est important de parler à des éleveurs qui ont réalisé des projets de logements de groupe. »

truies_gestantes_texte