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Recouvrir sa fosse : une solution économique et écologique

Producteur de porcs, Sébastien Gélinas devait augmenter la taille de son cheptel pour rentabiliser son entreprise. Malheureusement, la réglementation municipale l’empêchait d’aller de l’avant pour des raisons d’odeurs. Face à ce cul-de-sac, l’éleveur a finalement trouvé la solution parfaite : installer une toile sur ses trois lagunes qui servent à entreposer le fumier.

Il y a trois ans, Sébastien Gélinas prend la relève de l’entreprise familiale, Géliporc, active en production porcine depuis 1978. Il ne tarde pas à constater que, pour assurer la rentabilité de sa ferme, il doit faire passer son troupeau reproducteur de 400 à 650 truies. Toutefois, la réglementation municipale interdit tout agrandissement ou construction de porcherie sans contrôle des odeurs. Un obstacle de taille pour le jeune éleveur dont la ferme se trouve à l’orée du village et à deux pas de l’école secondaire. L’agrandissement projeté passe donc obligatoirement par la réduction des odeurs émanant des lagunes.

Au traditionnel Congrès du porc, Sébastien Gélinas côtoie depuis quelques années Paul Larouche, propriétaire de GCPL. Ce dernier distribue, entre autres, une toile qu’a conçue la compagnie AGF-Brome et qui sert à recouvrir les fosses et les lagunes. Fabriquée par Firestone, la géomembrane fPP-R qui a servi à la confection de la toile se compose de polypropylène et de caoutchouc thermo-soudé. La membrane est également renforcée par tissage afin d’en diminuer l’élasticité et d’en augmenter la force.

« La toile est très résistante. Je la manipule deux ou trois fois par année, au printemps, à l’automne et parfois l’été. Elle se travaille très bien, peu importe la température », explique M. Gélinas.

Étanche, la toile résiste au lisier, aux gaz émis par ce dernier, aux rayons ultraviolets et à la rudesse du climat québécois. De plus, elle s’adapte à toutes les dimensions de fosse. Elle s’attache sur un mât de suspension à l’aide de sangles. Pour relever la partie avant de la toile et ainsi permettre le pompage du lisier, le producteur enroule les sangles. L’opération ne prend que quelques minutes.

Avantages
À la ferme Géliporc, l’utilisation de membranes pour couvrir chacune des trois lagunes a permis de réduire significativement les odeurs. Jusqu’à 80 %, voire 90 %, selon M. Gélinas. Du même coup, il a trouvé une meilleure qualité de vie. « Faire des barbecues à l’extérieur chez moi, avec des amis, ce n’était pas possible avant », confie-t-il.

Dans sa municipalité de Saint-Tite, les toiles se sont avérées utiles pour l’acceptabilité sociale de la production porcine.
De l’avis de M. Gélinas, la chaleur générée dans la lagune grâce à la toile permet aussi une meilleure « digestion » du fumier, qui devient ainsi plus homogène. Par ailleurs, la toile offre la possibilité de capter JM_lagune2500les gaz pour les réduire ou les valoriser.Outre la réduction des odeurs et des désagréments pour les voisins, la membrane permet d’augmenter la capacité de stockage du réservoir en évitant que l’eau des précipitations ne s’y accumule (voir tableau 1). « Depuis quelques années, mes receveurs me disaient qu’ils voulaient du lisier avec moins d’eau », précise d’ailleurs Sébastien Gélinas. Cette meilleure concentration du lisier optimise les opérations d’épandage, ce qui se traduit par une réduction des frais de transport. Ces va-et-vient en moins dans les champs réduisent la compaction des sols.

« Actuellement, au niveau de la production porcine, ce qui est intéressant, ce n’est pas la capacité à générer de l’énergie, mais plutôt l’obtention de crédits de carbone pour la diminution des émissions de gaz à effet de serre », nuance toutefois Paul Larouche.

En emprisonnant le méthane sous sa surface, la toile permet de le brûler à l’aide d’une torchère, le transformant ainsi en gaz carbonique, qui est 23 fois moins polluant en termes de GES, souligne M. Larouche. Son entreprise travaille actuellement sur un projet qui combine la toile et un composteur pour animaux morts. Ce dernier sert de biofiltre afin de digérer le méthane emprisonné dans la fosse grâce à la toile. De plus en plus, GCPL commercialise davantage des solutions intégrées que des produits, note Paul Larouche.

Désavantage
Seul désagrément mineur : le couvert retarde légèrement l’accès à la lagune lorsque vient le temps de l’épandage, selon Sébastien Gélinas. « Ce délai discipline mes receveurs de lisier, car il faut que je me prépare, que je vide l’eau qui s’est accumulée sur la toile », affirme le producteur, qui s’est vite habitué à cette « routine de préparation ». L’opération se fait à l’aide d’une pompe submersible (sump pump).
« L’eau est une bonne façon de protéger contre le vent », fait remarquer pour sa part Paul Larouche. Ainsi, un pouce d’eau sur la centaine de pieds de diamètre d’une fosse à lisier représente un poids de 50 000 livres.

Autres débouchés
La toile se détaille entre 30 000 et 50 000 $, en fonction de sa dimension, soit la moitié des coûts d’une couverture rigide, calcule M. Larouche. Pour l’homme d’affaires, le retour sur l’investissement se fait grâce à la réduction de 20 à 30 % des volumes d’eau de précipitation qui s’accumulent habituellement dans la fosse.

Par ailleurs, le programme d’aide Prime-Vert, du ministère de l’Agriculture du Québec, prévoit une aide couvrant 70 % de la valeur d’une toile, jusqu’à concurrence de 25 000 $. Depuis 2006, une cinquantaine de membranes ont été installées sur des fermes porcines de la province.

 


TABLEAU 1
Exemple de réduction du volume d’eau pour un réservoir de 30,5 m (100 pi) de diamètre en considérant 71 cm (28 po) de précipitations annuelles.

Diamètre de la fosse : 30,5 mètres 100 pieds

Précipitations annuelles : 71 centimètres 28 pouces

Volume des précipitations : 519 333 litres 114 391 gallons

 


Ouverture de la couverture flottante AGF Brome (GCPL)