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Photos : Archives/TCN

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Médicaments à la ferme : la prudence est de mise

Grâce à la relation de confiance qui s’établit entre un éleveur et un médecin vétérinaire, celui-ci est en mesure de prescrire et de vendre des médicaments que l’éleveur peut conserver à la ferme.

Le médecin vétérinaire, du fait de son code de déontologie, est responsable du contrôle des médicaments. Il doit s’assurer de respecter les normes professionnelles, bien entendu, mais il doit aussi s’assurer qu’il :

• détient une connaissance suffisante des faits pour justifier chacune de ses ordonnances;

• prescrit les médicaments pour des raisons médicales suffisantes;

• informe adéquatement le producteur sur la nature des médicaments qu’il prescrit (les doses, le mode d’administration et de conservation, la date de péremption, le temps de retrait, les effets secondaires possibles et la façon d’en disposer de façon sécuritaire).

Toutefois, malgré ces précautions, des problèmes surviennent à l’occasion. Pourquoi? Une de ces raisons est que le médecin vétérinaire ne peut pas exercer un contrôle sur les médicaments une fois qu’il les a prescrits et vendus, à moins d’avoir la collaboration du producteur.

Voici donc quelques exemples de situations fictives, mais basées sur des faits réels, où un médecin vétérinaire aurait pu prévenir les problèmes, si seulement il avait su…

Par ces mises en situation, l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec souhaite sensibiliser les producteurs à l’importance de respecter les recommandations du médecin vétérinaire et surtout, à l’importance de communiquer avec lui avant de décider d’administrer un traitement pour un usage qui n’a pas été prévu.


Situation 1

Mme C a un troupeau de bovins de boucherie depuis de nombreuses années. Elle remarque que plusieurs de ses animaux ont la diarrhée. Elle se souvient qu’il y a quelques années, un médecin vétérinaire avait prescrit un médicament pour des symptômes similaires. Or, elle en retrouve dans sa réserve. Même si le médicament est expiré, elle décide de l’utiliser. Ce qu’elle ignore, c’est que, depuis ce temps, l’utilisation de ce produit est maintenant interdite. À l’abattoir, des résidus sont détectés et les carcasses condamnées.


Situation 2

M. D possède un troupeau de vaches laitières. Son médecin vétérinaire a prescrit un traitement à administrer oralement, mais pour des raisons de régie, cette administration est compliquée. M. D a entendu d’autres éleveurs dire que ce médicament pouvait être utilisé directement dans le trayon. Il décide donc de l’essayer à son tour dans le trayon affecté. À la fin de la période de retrait indiquée par son vétérinaire (pour l’administration orale dudit médicament), il recommence à traire la vache et à mettre son lait avec les autres. Malheureusement, des résidus sont détectés et tout le camion de lait est perdu.

Situation 3

M. X possède un élevage de veaux de boucherie. Son médecin vétérinaire lui a prescrit, il y a quelques mois, un antibiotique pour certains de ses veaux qui souffraient de problèmes respiratoires. L’antibiotique a très bien fonctionné, les veaux se sont bien remis et M. X a conservé
le reste du produit, puisqu’on ne sait jamais, ça pourrait être utile. Et effectivement, Biquette, la chèvre de compagnie de sa petite fille, développe une toux et a de la difficulté à respirer.
M. X. décide alors de tenter un traitement avec cet antibiotique qui lui a semblé tellement efficace pour ses veaux. Malheureusement, l’état de Biquette continue de se détériorer et, après plusieurs jours, M. X appelle son médecin vétérinaire. Celui-ci diagnostique une pleurésie avec des abcès pulmonaires et explique à M. X que le traitement qu’il a utilisé est inefficace pour traiter la condition de sa chèvre. Le pronostic est maintenant très sombre puisque plusieurs jours ont été perdus à tenter un traitement qui n’avait aucune chance de fonctionner. Biquette doit être euthanasiée.


Situation 4

Mme Y possède un troupeau de vaches laitières. Une de ses vaches se blesse et présente une plaie sur une patte. Le médecin vétérinaire prescrit une crème antibiotique et anti-inflammatoire à appliquer sur la plaie et la vache guérit bien. Mais il reste beaucoup de crème. Or, Mme Y souffre d’urticaire sur une grande partie de son corps. Elle décide donc d’essayer la crème sur elle-même. Après quelques jours, Mme Y se sent vraiment très mal et se présente à l’urgence. Le médecin lui explique que la crème contient un produit qui, utilisé en grande quantité, cause des dommages graves aux organes internes des humains. Mme Y reste hospitalisée pendant plusieurs jours.


Dans le doute, appelez un expert

Un médecin vétérinaire détient la formation et les connaissances nécessaires pour vous informer sur l’efficacité, les contre-indications et les dangers des médicaments ainsi que de la façon d’en disposer. Il s’agit d’une ressource essentielle pour vous aider à faire des choix judicieux et à éviter des pertes économiques importantes. La santé animale est un travail d’équipe; une bonne communication entre le producteur et le médecin vétérinaire est primordiale pour assurer une utilisation efficace et prudente des médicaments à la ferme. 

Dre Danielle Beaulieu, médecin vétérinaire, Ordre des médecins vétérinaires du Québec