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La formation sur l’euthanasie à la ferme visait à fournir aux participants les outils pour pratiquer cette procédure dans le respect du bien-être animal, mais aussi des émotions de la personne qui procède à ce geste. Photo : Gracieuseté du CEPOQ

La formation sur l’euthanasie à la ferme visait à fournir aux participants les outils pour pratiquer cette procédure dans le respect du bien-être animal, mais aussi des émotions de la personne qui procède à ce geste. Photo : Gracieuseté du CEPOQ

L’euthanasie des petits ruminants à la ferme : un acte incontournable à planifier

L’euthanasie est une procédure qui permet de mettre fin à la vie d’un animal rapidement et en douceur. Une formation pour les éleveurs et intervenants des filières des petits ruminants, préparée dans le cadre d’un projet du Centre d’expertise en production ovine du Québec (CEPOQ) avec l’étroite collaboration de Martine Denicourt, DMV, M. Sc., de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, a été présentée à quatre reprises en septembre 2022.

Elle visait à fournir à la soixantaine de participants de différentes régions les outils pour pratiquer cette procédure dans le respect du bien-être animal, mais aussi des émotions de la personne qui procède à ce geste. Cette formation a bénéficié du soutien financier du Programme Innov’Action Agroalimentaire, en vertu du Partenariat canadien pour l’agriculture, entente conclue entre les gouvernements du Canada et du Québec. En voici les grandes lignes.

Avant de prendre la difficile décision d’euthanasier un animal blessé ou malade, une réflexion s’impose. Si l’animal est inapte pour l’abattage à la ferme ou à l’abattoir en raison de résidus médicamenteux, de non-réponse à un traitement ou d’incapacité à vivre un transport, l’euthanasie est le choix à envisager. Il est important de réviser la réglementation liée au transport d’animaux fragilisés. L’animal souffrant ou incapable de se déplacer doit être euthanasié sur place et non déplacé, à moins qu’on dispose d’un équipement pour le faire sans créer de douleur ou de stress supplémentaire. Aucun animal inapte au transport ne doit être transporté, sauf aux fins d’un traitement vétérinaire ou de diagnostic après conseil d’un médecin vétérinaire.

Aucun animal inapte au transport ne doit être transporté, sauf aux fins d’un traitement vétérinaire ou de diagnostic après conseil d’un médecin vétérinaire. Photo : Archives/TCN

Aucun animal inapte au transport ne doit être transporté, sauf aux fins d’un traitement vétérinaire ou de diagnostic après conseil d’un médecin vétérinaire. Photo : Archives/TCN

Le choix de la méthode

La méthode à employer pour l’euthanasie ne doit pas être cruelle et doit minimiser la douleur et l’anxiété vécues par l’animal. Elle doit produire une perte de sensibilité rapide suivie d’une mort prompte : le retour à la sensibilité avant la mort ne doit pas être possible. Le choix de la méthode est influencé par la difficulté d’exécution (au niveau manuel et émotionnel), la sécurité pour l’exécutant et le coût. L’âge et le poids de l’animal doivent être pris en compte, de même que la contention choisie, afin d’assurer la sécurité de l’animal et de l’opérateur. La personne qui prend la décision de faire l’euthanasie n’est pas obligatoirement celle qui effectue l’euthanasie; cela est important à considérer dans l’optique de respect de limites de chacun.

Les pistolets percuteurs (cognants ou à tige pénétrante) sont des options de plus en plus envisagées par les éleveurs de petits ruminants, principalement pour leur faible coût une fois le prix initial de l’instrument absorbé. Contrairement à l’arme à feu, le pistolet percuteur ne nécessite pas de permis d’usage, mais une mesure complémentaire doit être appliquée. La mesure complémentaire, qui doit être appliquée après avoir constaté ­l’inconscience de ­l’animal, permet de garantir la mort. La saignée au cœur, sous la patte avant ou au cou, et le jonchage (destruction des tissus nerveux du cerveau par l’introduction d’une tige flexible dans l’ouverture faite par le pistolet percuteur à tige pénétrante) sont deux mesures possibles chez l’ovin et le caprin. L’injection d’une solution de chlorure de potassium (KCl) est possible chez le caprin. Autrefois fréquemment utilisé pour l’euthanasie à la ferme, le traumatisme conton­dant au crâne est actuellement accepté chez l’ovin, mais ne l’est pas chez le caprin. Si la carcasse n’est pas destinée à l’équarrissage, la surdose de barbituriques administrée par le médecin vétérinaire est toujours possible. 

Un plan daction

Avant l’euthanasie, il faut avoir un plan d’action, lequel doit comprendre la ou les méthodes utilisées, la mesure complémentaire si nécessaire et les coordonnées des personnes pouvant la pratiquer. La disposition des carcasses doit avoir été pensée avant le choix de la méthode d’euthanasie. L’enfouissement à la ferme est possible lorsque les carcasses (en petites quantités) ne peuvent être récupérées par les entreprises détenant un permis à cet effet; l’enfouissement dans des lieux autorisés (dépotoirs) est aussi disponible selon la MRC. Le compostage est possible avec permis, mais une ­technique précise doit être respectée pour obtenir un résultat satisfaisant. L’incinération, ­rarement utilisée directement à la ferme, car très réglementée et nécessitant une installation coûteuse, est aussi possible par l’entremise d’entreprises accréditées. Il en est de même pour le système de composteur.

Bref, l’euthanasie en bergerie et chèvrerie est un acte incontournable à planifier et un passage nécessaire pour les animaux souffrants ou blessés (gravement, incurable). Assurons-nous de le faire en toute dignité. Visitez le site Web du CEPOQ pour consulter les fiches techniques ainsi que les capsules vidéo développées dans le cadre de ce projet et ainsi mieux comprendre toutes les implications de l’euthanasie et tous les outils disponibles pour les ­éleveurs et vétérinaires dans le cadre de cette pratique à la ferme.  

Annie Daignault, m.v., Centre d’expertise en production ovine du Québec


Cet article a été publié dans notre cahier spécial La prévention au coeur de la santé animale paru le 16 novembre 2022.