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À court terme, la vache laitière qui souffre d’acidose ruminale, très souvent, n’extériorisera pas de symptômes cliniques spécifiques et clairs et passera ainsi inaperçue.

À court terme, la vache laitière qui souffre d’acidose ruminale, très souvent, n’extériorisera pas de symptômes cliniques spécifiques et clairs et passera ainsi inaperçue.

Les indicateurs métaboliques de l’acidose ruminale chez la vache laitière

L’acidose ruminale est un trouble de la fermentation ruminale ou de la digestion chez les ruminants. C’est un syndrome qui s’observe fréquemment dans les troupeaux laitiers et particulièrement chez les hautes productrices.

Souvent, les signes cliniques les plus communs sont une diminution de l’appétit ou une consommation irrégulière, mais la production laitière et le taux de matière grasse du lait peuvent aussi être affectés. À plus long terme, ce trouble peut également causer des problèmes de santé comme la perte de poids, un mauvais état de chair, de la boiterie (fourbure), etc. C’est également la troisième cause de réforme prématurée des vaches. À court terme, la vache laitière qui souffre d’acidose ruminale, très souvent, n’extériorisera pas de symptômes cliniques spécifiques et clairs et passera ainsi ­inaperçue.

Après le vêlage, le passage d’une ration grossière à base de fibres à une autre enrichie de concentrés (amidon) constitue l’une des causes les plus fréquentes d’acidose chez la vache. L’acidose ruminale s’installe lorsque la production des acides gras volatils (AGV), qui sont des produits de la fermentation microbienne, excède la capacité du rumen à les absorber et celle du milieu à tamponner l’acidité produite.

Mesurer le pH

La réduction de la teneur en fibres efficaces de la ration est aussi en lien avec l’apparition de l’acidose ruminale, puisque les vaches diminuent conséquemment leur activité de mastication et de rumination et produisent moins de salive, une substance tampon essentielle pour maintenir le pH à des niveaux facilitant la digestion dans le rumen. Ce trouble de la digestion est présent lorsque le pH dans le rumen est sous la barre du 5,6 pendant plus de trois heures consécutives. La mesure du pH est donc un moyen efficace pour vérifier si les vaches souffrent d’acidose ruminale ou non. Afin d’obtenir une réponse valide et précise, il faut toutefois avoir accès au rumen et mesurer le pH en continu avec un équipement spécialisé (bolus télémétrique). À partir de ces données, nous constatons que la chute du pH est rapide, qu’il existe une variation élevée entre les vaches et que la fluctuation journalière est importante, d’où la nécessité de mesurer le pH en continu comme moyen de diagnostic de l’acidose ruminale chez la vache laitière (figure 1).

Taux de gras

La chute du taux de gras dans le lait est aussi associée au désordre causé par l’acidose ruminale. D’ailleurs, cette baisse apparaît rapidement dans le lait. Selon une étude réalisée au Centre de recherche en sciences animales de Deschambault (CRSAD), il a été démontré, en situation d’acidose ruminale chez la vache en début de lactation, que la chute de la matière grasse du lait est associée à une cascade de mécanismes interreliés impliquant les AGV produits dans le rumen (particulièrement le propionate), l’insuline (une hormone) et les graisses ­corporelles (acides gras libres).

Chez la vache en acidose ruminale, la hausse des concentrations d’insuline dans le sang serait provoquée par la production élevée de propionate dans le rumen lorsque les vaches consomment de grandes quantités de concentrés. Cela aurait pour effet de réduire la disponibilité des graisses ­corporelles pour la mise en circulation d’acides gras qui ne peuvent finalement se rendre à la glande mammaire, ce qui a des répercussions à la baisse sur le contenu en matière grasse du lait.

Ce constat est appuyé par le fait que moins d’acides gras, en provenance des lipides corporels, se retrouvent dans le lait des vaches aux prises avec ce trouble métabolique. Enfin, l’effet à la baisse du taux de matière grasse laitier peut aussi être amplifié par des rations qui sont à la fois riches en concentrés et pauvres en fibres efficaces, mais aussi enrichies avec du gras insaturé d’origine végétale. La perturbation au niveau des bactéries du rumen, causée par ce type de rations, enclenche un autre mécanisme qui amplifie la chute du gras du lait et qui modifie le profil en acides gras du lait des vaches. En mesurant les acides gras présents dans le lait de vache en laboratoire, on peut diagnostiquer l’acidose ruminale, puisque le profil des acides gras du lait de vaches affectées par ce syndrome est différent de celui de vaches saines. Par l’acquisition de données scientifiques pertinentes, il sera possible, éventuellement, de connaître le profil en acides gras du lait produit par chacune des vaches d’un même troupeau; un outil de diagnostic important pour les producteurs. D’autres paramètres présentement à l’étude pourraient aussi devenir des indicateurs futurs de l’acidose ruminale, tels que les paramètres sanguins impliqués dans les processus inflammatoires et les groupes bactériens (microbiote) retrouvés dans les fèces des vaches. 

Janie Lévesque, M. Sc., agronome, chargée de projets, CRSAD