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Entre le premier cas déclaré le 12 avril dernier et le 27 octobre, le Québec a connu 19 cas d’influenza aviaire, dont 14 dans des troupeaux commerciaux et 5 dans de petits élevages. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Entre le premier cas déclaré le 12 avril dernier et le 27 octobre, le Québec a connu 19 cas d’influenza aviaire, dont 14 dans des troupeaux commerciaux et 5 dans de petits élevages. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Influenza aviaire : le rôle de l’EQCMA

L’Équipe québécoise de contrôle des maladies avicoles (EQCMA)1 doit son existence à l’influenza aviaire! En effet, c’est à la suite de l’éclosion d’influenza aviaire de 2004 en Colombie-Britannique, qui a affecté 410 fermes et mené à la perte d’environ 17 millions d’oiseaux, que les partenaires du secteur avicole québécois ont uni leurs efforts pour doter l’industrie d’un plan de mesures d’urgence. Cette éclosion avait causé une onde de choc dans le secteur avicole canadien puisque 80-90 % du cheptel avicole britanno-colombien avait dû être éliminé pour en venir à bout, entraînant des pertes économiques estimées à plus de 380 M$.

Plan de mesures d’urgence

Dès lors, les partenaires du secteur se sont investis dans le développement d’un plan de mesures d’urgence, tout d’abord dans une structure de comité puis, à partir de 2009, sous l’égide de l’EQCMA enregistré comme organisme à but non lucratif. En quoi consiste ce plan de mesures d’urgence? Un tel plan comprend une structure d’intervention définie, des canaux de communication claire, le développement d’outils de gestion et d’intervention en situation de crise sanitaire, sans oublier un volet important de prévention. En effet, le mandat premier de l’EQCMA est de travailler à prévenir toute éclosion de maladie infectieuse, dont l’influenza aviaire, dans le cheptel avicole québécois, de même que les conséquences économiques et humaines pour les producteurs et les partenaires de l’industrie avicole québécoise liées à ces situations. 

L’influenza aviaire au Québec

L’éclosion actuelle d’influenza aviaire H5N1 frappe le secteur avicole à travers le ­Canada. Tous les types de volailles peuvent être affectés par cette souche virulente de la maladie. Depuis le premier cas déclaré à Terre-Neuve chez des oiseaux sauvages en décembre 2021 jusqu’au 26 octobre 2022, le pays a connu 197 éclosions. Au total, 114 élevages commerciaux et 83 petits élevages ont été atteints avec des pertes de plus de 3,2 millions d’oiseaux. C’est la première fois que le secteur avicole québécois fait face à des éclosions de cette maladie. Entre le premier cas déclaré le 12 avril dernier et le 27 octobre, le Québec a connu 19 cas, dont 14 dans des troupeaux commerciaux et 5 dans de petits élevages. 

L’EQCMA versus l’ACIA

Au Canada, c’est l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) qui a le ­mandat légal d’intervenir lors de l’éclosion de maladies à déclaration obligatoire. Parmi ces ­dernières, on compte quatre maladies avicoles, soit l’influenza aviaire hautement pathogène ou faiblement pathogène de souche H5 ou H7, la souche virulente de la maladie de Newcastle, la pullorose et la typhose. 

Cependant, l’une des grandes leçons de l’éclosion de 2004 en Colombie-Britannique est que les instances gouvernementales et les partenaires de l’industrie ont intérêt à travailler de concert pour une intervention efficace, puisque chacun a des expertises et des ressources limitées, mais complémentaires. C’est dans cette optique que le travail de préparation continu de l’EQCMA prend tout son sens. Il est d’ailleurs mis à profit depuis le printemps dernier face à la première éclosion d’influenza aviaire vécue au Québec.

Tous les types de volailles peuvent être affectés par l'influenza aviaire H5N1. Photo : Archives/TCN

Tous les types de volailles peuvent être affectés par l’influenza aviaire H5N1. Photo : Archives/TCN

Que se passe-t-il dans le feu de l’action?

Dès la suspicion d’un cas d’influenza aviaire dans un troupeau, l’ACIA demande à l’EQCMA une liste des producteurs dans une zone géographique à risque. L’EQCMA a la capacité de réaliser cette dernière en quelques minutes grâce à son outil géomatique. L’ACIA prend alors connaissance du nombre de fermes dans la zone ciblée et planifie ses interventions dès que le diagnostic est confirmé. 

Durant cette phase d’attente des résultats d’analyses en laboratoire, l’EQCMA fournit aux associations de producteurs et aux partenaires du secteur une zone à risque préliminaire d’un minimum de 3 km de diamètre. Les associations de producteurs contactent individuellement les producteurs situés dans la zone à risque de l’EQCMA pour s’assurer qu’ils soient vigilants et déclarent la présence de tout signe clinique de l’influenza aviaire. Elles s’assurent aussi qu’ils appliquent adéquatement les mesures de biosécurité rehaussée qu’on trouve dans les protocoles en situation d’urgence de l’EQCMA.

Lorsque le cas est confirmé, l’ACIA émet une zone de contrôle officielle et l’EQCMA retire sa zone préliminaire. Se met alors en branle un processus de collaboration entre l’ACIA, l’EQCMA et ses partenaires pour l’émission des permis nécessaires à la poursuite des activités du secteur sur les sites non infectés inclus dans la zone de contrôle de l’ACIA.

En parallèle, l’ACIA intervient sur le site infecté pour minimiser les risques de propagation, avec la mise en quarantaine des lieux et l’arrêt de toutes les activités du site avec l’extérieur. Toutes les volailles du site sont ensuite dépeuplées, souvent avec les équipements de l’EQCMA. Ceux-ci sont utilisés par un fournisseur de service externe avec lequel l’EQCMA a une entente depuis 2018. Les carcasses seront éliminées de façon sécuritaire, principalement par compostage sur le site ou par élimination dans un lieu d’enfouissement technique. L’EQCMA est parfois appelée à contribution pour l’identification de fournisseurs de service potentiels. Après l’élimination des carcasses, le producteur est responsable de procéder au nettoyage et à la désinfection des poulaillers et des équipements de son site sous supervision et approbation de l’ACIA. À travers cette épreuve, le producteur reçoit un accompagnement de son office et de l’EQCMA selon les défis rencontrés. Il est admissible à une indemnisation par l’ACIA et le régime ­d’indemnisation de l’industrie selon des paramètres prédéfinis.

La menace de l’influenza aviaire risque de ne pas disparaître de sitôt puisque de nombreuses espèces ­d’oiseaux sauvages, principalement les palmipèdes migrateurs, en sont porteurs, ce qui représente le principal risque de propagation sur le territoire. À ce jour, le Québec s’en tire assez bien et l’EQCMA continue de collaborer avec tous ses partenaires pour prévenir d’autres cas grâce à ses outils et à ses activités de sensibilisation à l’application de bonnes mesures de biosécurité.

1. Les membres réguliers actuels sont l’Association québécoise des industries de nutrition animale et ­céréalière (AQINAC), le Conseil québécois de la transformation de la volaille (CQTV), Les Couvoiriers du Québec (LCQ), Les Éleveurs de volailles du Québec (EVQ), la Fédération des producteurs d’œufs du Québec (FPOQ) et Les Producteurs d’œufs d’incubation du Québec (POIQ).


Les outils de l’EQCMA pour le contrôle de l’influenza aviaire

Au cours des années, l’EQCMA a développé de nombreux outils pour soutenir ses stratégies de prévention et de lutte contre des maladies avicoles ciblées. Voici un sommaire de ces outils utilisés, entre autres, pour le contrôle de l’influenza aviaire :

  • Ligne d’urgence 1-88volaille (1 888 652-4553) disponible 24 h/24 et 7 jours/7;
  • Protocoles de biosécurité en situation courante et en situation d’intervention pour le contrôle de maladies;
  • Trousses de matériel d’urgence;
  • Outil géomatique de localisation des sites de production et autres intervenants du secteur;
  • Site Internet (eqcma.ca);
  • Réseau de distribution de communiqués par courriel aux partenaires du secteur pour les informer de la situation et les mobiliser;
  • Équipements pour l’euthanasie de volailles à la ferme;
  • Règlement sur déclaration obligatoire par les producteurs de cas de certaines maladies à leur office de commercialisation et, par conséquent, à l’EQCMA; 
  • Régime d’indemnisation (assurance) pour compenser certains coûts et pertes encourues par les producteurs et fournisseurs de produits et services;
  • Fiche d’information sur la reconnaissance des signes cliniques de l’influenza aviaire;
  • Répertoire des désinfectants efficaces contre le virus de l’influenza aviaire.

Tous ces outils font partie d’une stratégie intégrée pour une intervention rapide et efficace en situation de maladie infectieuse afin d’en limiter la propagation à d’autres sites de production.


Martin C. Pelletier, agr., MBA, coordonnateur, Équipe québécoise de contrôle des maladies avicoles


Cet article a été publié dans notre cahier spécial La prévention au coeur de la santé animale paru le 16 novembre 2022.