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L’objectif du système de monitorage est notamment d’offrir, grâce à un rapport comparatif individuel, un retour d’information aux producteurs par rapport à la nourriture médicamenteuse qu’ils achètent. Photo : Archives TCN / Normand Blouin

L’objectif du système de monitorage est notamment d’offrir, grâce à un rapport comparatif individuel, un retour d’information aux producteurs par rapport à la nourriture médicamenteuse qu’ils achètent. Photo : Archives TCN / Normand Blouin

Antibiosurveillance : des données collectées dès 2024

Dès janvier 2024, les meuneries devront déclarer leurs ventes d’aliments médicamenteux. Cela marquera les débuts de l’implantation d’un système de monitorage des antibiotiques utilisés en santé animale au Québec, ainsi que le début de la lutte contre l’antibiorésistance.

L’antibiorésistance, soit la résistance bactérienne aux antibiotiques, est un phénomène croissant qui pourrait causer 10 millions de décès à travers le monde d’ici 2050. Elle menace tant la santé humaine et animale que l’environnement. Pour suivre l’utilisation des antibiotiques au Québec, la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal (FMV) a eu le mandat en 2018 d’effectuer l’étude de faisabilité d’un système de monitorage des antibiotiques utilisés en santé animale. La vétérinaire responsable du dossier au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), Lauriane Duplaix, mentionne que le système de monitorage, unique au pays, s’implantera graduellement dès 2024.  

En août dernier, le règlement sur les prémélanges médicamenteux et les aliments médicamenteux destinés aux animaux a été modifié, entre autres, pour que les meuneries déclarent leurs ventes d’aliments médicamenteux. La modification réglementaire entre en vigueur le 1er janvier 2023 et les meuneries auront jusqu’en 2024 pour déclarer les données de 2023. 

Parallèlement à cela, le MAPAQ a mandaté une firme pour développer une plateforme informatique afin de recevoir et d’héberger les données du système de monitorage. « On vise que la plateforme puisse collecter et héberger les données pour ­janvier 2024, qui est la première année de déclaration des meuneries », indique la Dre Duplaix. 

Injectables et hydrosolubles

Pour l’instant, la déclaration de données sur les antibiotiques injectables ou hydrosolubles (dissous dans l’eau d’abreuvement) se fera sur une base volontaire par les cliniques et pharmacies vétérinaires. Le gouvernement n’exclut toutefois pas de la rendre obligatoire dans le futur.
« La réglementation est un processus qui est long à mettre en place. On avait une ouverture pour la modification de la réglementation pour les meuneries et on continue d’explorer pour voir si une réglementation pour obtenir les données [sur les antibiotiques injectables ou hydrosolubles] est nécessaire aussi. On veut quand même voir si, de façon volontaire, on est capable de récolter ces données. Mais on ne ferme pas la porte à une possible réglementation », explique la Dre Duplaix. 

En ce qui a trait à l’accès aux données, la sécurité de l’information et le consentement des propriétaires des données, le MAPAQ commencera prochainement des rencontres afin d’établir des ententes ­sectorielles de partage de données. Les rencontres débuteront par le secteur porcin et celui des bovins laitiers, puis la volaille, les petits ruminants, les animaux de compagnie et les chevaux. « On ne fera pas tous les secteurs d’un coup. Il faut y aller progressivement, donc quand on s’entendra avec un secteur sur la façon de collecter les données [d’antibiotiques] injectables et hydrosolubles, on pourra les intégrer graduellement au système de monitorage. On n’a pas de date précise pour le moment, puisque ça dépendra des rencontres ­précises avec les secteurs », dit-elle. 

Retour d’information

L’objectif du système de monitorage est ­d’offrir, grâce à un rapport comparatif individuel, un retour d’information aux producteurs par rapport à la nourriture médicamenteuse qu’ils achètent et un retour d’information aux vétérinaires par rapport aux prescriptions d’antibiotiques qu’ils ordonnent. « Le producteur et le vétérinaire pourraient situer leur utilisation ou leurs prescriptions par rapport à celles d’autres producteurs ou vétérinaires qui œuvrent dans le même secteur. On a vu dans d’autres pays que c’est un motivateur de changement de pratiques pour améliorer l’usage des antibiotiques, ­lutter contre l’antibiorésistance et protéger la santé animale », explique ­Lauriane Duplaix. Une fois qu’elle obtiendra des données, la FMV mettra sur pied des procédures pour les nettoyer, mettre en place une méthodologie d’analyse et relever des indicateurs qui permettront de développer des rapports comparatifs individuels propres à chaque secteur de production.


Cet article a été publié dans notre cahier spécial La prévention au coeur de la santé animale paru le 16 novembre 2022.