Volailles 23 mai 2025

Vente d’Exceldor : aux membres de se prononcer

Le sort de la convention de vente des actifs conclue entre Exceldor et la société ontarienne Aliments Sofina est désormais entre les mains des quelque 330 éleveurs de volailles membres de la coopérative, qui devront approuver ou non la transaction lors d’un vote prévu le 5 juin. 

Alexandra Langelier

Alexandra Langelier, vice-présidente exécutive à l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, explique que dans un modèle coopératif comme celui d’Exceldor, ce sont effectivement les membres qui ont le dernier mot par rapport à une telle transaction. « C’est aussi l’occasion pour eux de poser l’ensemble des questions. Ils vont peut-être vouloir s’assurer qu’il y aura une continuité de service, que les emplois seront préservés et dans quelle mesure, pour combien de temps, afin de s’assurer qu’il y aura toujours un marché potentiel et qu’ils pourront continuer à opérer. Ils peuvent poser ces questions-là avant de voter, et ils peuvent même, s’ils ne sont pas en accord avec cette proposition-là, retourner travailler dans l’accord, essayer de trouver ou d’obtenir, par exemple, plus de garanties avant de revenir en assemblée pour voter à nouveau », explique-t-elle. 

Les différents termes que contiendra cette entente permettront ainsi de mieux mesurer les effets de cette transaction sur les activités de transformation de volailles au Québec.

Bien entendu, si la transaction se concrétise, les membres de la coopérative Exceldor perdront leur pouvoir décisionnel dans les activités de transformation, « à moins que la nouvelle entente prévoie qu’ils deviennent actionnaires [de la société Sofina] », spécifie Mme Langelier.

Craintes d’une perte de pouvoir

Benoît Fontaine

Cette perte de pouvoir des éleveurs est l’une des doléances exprimées par Benoît Fontaine, président des Éleveurs de volailles du Québec (EVQ). « Nos ancêtres ont mis en place une structure [coopérative] pour nous protéger contre des acheteurs et les aléas du marché, mais force est d’admettre que quatre-vingts ans plus tard, ce n’est pas une victoire, c’est plutôt une défaite pour le Québec, puisqu’un autre siège social va disparaître. Ce sont plus de 300 propriétaires, la majorité francophones évidemment, qui auront maintenant un patron anglophone si ça se concrétise », déplore-t-il. 

Il se réjouit par ailleurs que l’acheteur soit une société canadienne et non « un Américain, comme Tyson Foods dans les années 90, qui arrive avec ses grands sabots en voulant déstructurer la gestion de l’offre », rappelle-t-il. 

Aussi, les prix reçus par les éleveurs pour leurs oiseaux et les allocations de production ne devraient pas subir les effets d’une telle transaction, puisque ces éléments sont déterminés par le système de gestion de l’offre à l’échelle nationale.

Un levier pour la filière

En revanche, d’un point de vue purement économique, M. Fontaine mentionne que cette vente pourrait avoir un effet de levier pour la filière, puisqu’elle pourrait stimuler positivement les investissements et le développement de produits, du côté tant du poulet que du dindon, et dans le secteur des produits tant frais que transformés ou surtransformés, deux volets où Sofina est déjà actif, contrairement à Exceldor. « Ce sont des gens [Sofina] qui ont de l’appétit pour la croissance, alors qu’Exceldor, avec ses difficultés financières, se montrait parfois plus rébarbatif que d’autres à des hausses de production, car leur assiette était pleine pour la commercialisation du poulet », confie le président des EVQ.

Il anticipe d’ailleurs de possibles belles retombées pour le secteur du dindon, puisque Sofina est un joueur « très performant, qui aime transformer du dindon, et qui a des marques fortes et pour qui l’ajout de produits comme la dinde Butterball est un atout stratégique », croit-il.