Volailles 21 avril 2025

Une fermeture de frontière qui pèse encore lourd sur la production de canards

Les producteurs de canards continuent de fonctionner au ralenti, malgré la réouverture récente des frontières avec la France pour l’importation de leur génétique. 

« On est soulagés, mais un an et demi sans pouvoir importer de reproducteurs, c’est trop de temps. On a recommencé à faire entrer des canetons, mais ça prend de huit à neuf mois avant qu’ils grandissent et qu’ils soient prêts à commencer à pondre pour remplir nos élevages. Donc, on est encore un peu au ralenti », rapporte Robert Caswell, président de l’Association des éleveurs de canards et d’oies du Québec. 

Robert Caswell

Avant que les nouveaux canetons puissent prendre la relève dans les pondoirs, les anciens reproducteurs, dont le travail a été prolongé faute d’autres solutions, ont vieilli et sont moins productifs. La production de canards dans la province se situe d’ailleurs autour de 50 à 70 % de ce qu’elle était avant l’arrivée de la grippe aviaire, il y a un peu plus de deux ans, estime M. Caswell, qui est également président des Fermes Hudson Valley, à Saint-Louis-de-Gonzague, en Montérégie. 

L’importation d’oiseaux vivants et de plusieurs produits de volailles, dont les canards, en provenance de la France avait été suspendue simultanément par le Canada et les États-Unis en octobre 2023, à la suite de l’imposition de la vaccination obligatoire des canards contre la grippe aviaire dans ce pays.

Depuis, la pression des producteurs de canards était forte pour rouvrir ce marché, puisque la génétique provient essentiellement de deux grands couvoirs en France, lesquels alimentent également une grande partie des élevages de canards de l’Europe, souligne M. Caswell. Après un audit conjoint de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) et du département de l’Agriculture des États-Unis, en France, en septembre 2024, l’importation des canetons non vaccinés issus de reproducteurs non vaccinés a été rouverte à la mi-janvier 2025. L’interdit a toutefois été maintenu pour les oiseaux vaccinés ou les produits de canards issus de ces oiseaux. 

D’autres défis

Nikola Smatrakalev

Cette dernière situation crée un autre défi de compétitivité pour l’industrie canadienne du canard, estime Nikola Smatrakalev, vice-président et directeur général chez Rougié Canada, à Marieville, en Montérégie. 

Parce qu’ici, les règles sont très sévères. On n’accepte pas les oiseaux élevés et transformés en France qui sont issus de parents vaccinés [contre la grippe aviaire], mais on laisse entrer des produits de canard de Hongrie, d’Espagne et de Pologne, alors que dans ces pays, ils élèvent des canards issus de lignées vaccinées en France. On se retrouve avec des produits européens sur notre marché qui ne suivent pas les mêmes règles que nous.

Nikola Smatrakalev

 

Selon lui, il y a plusieurs autres incohérences qui nuisent au développement des entreprises canadiennes de canards, dont l’impossibilité pour celles-ci d’exporter leurs produits en Europe, alors que l’inverse est possible, ­mentionne-t-il.  

Les canards vaccinés toujours à risque, selon l’ACIA

La Dre Manon Racicot, vétérinaire à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), faisait partie de l’équipe d’auditeurs qui a visité la France, en septembre 2024, pour évaluer les risques entourant l’importation de volailles vaccinées contre la grippe aviaire. « On a pu rouvrir l’importation pour les oiseaux non vaccinés, mais on n’a pas encore l’assurance que le virus ne circule pas parmi les oiseaux vaccinés. Il y a encore des enjeux au niveau des méthodes d’échantillonnage, et par le fait que le virus est plus difficile à détecter chez des oiseaux vaccinés en France », a-t-elle résumé dans le cadre de l’assemblée générale annuelle de l’Équipe québécoise de contrôle de maladies avicoles, en février.


Réouverture des exportations vers Taïwan

Les cas de grippe aviaire dans les troupeaux de canards du Québec bloquent instantanément l’accès à des marchés comme le Japon et Taïwan, qui représentent à eux seuls environ 10 % des exportations des plus grands producteurs de canards de la province, rappelle Robert Caswell, président des Fermes Hudson Valley. « Là, on est contents, car le marché de Taïwan vient tout juste de rouvrir, mais il pourrait se refermer si un nouveau site au Québec est touché par la grippe aviaire, même si c’est un tout petit élevage dans une région éloignée », souligne-t-il.  L’Association des producteurs de canards et d’oies du Québec, avec l’aide du Conseil québécois de la transformation de la volaille, milite d’ailleurs pour que le gouvernement canadien s’entende avec ces pays pour que le Québec puisse être divisé en zones, ce qui éviterait de fermer les exportations de toute la province si un site d’élevage est touché dans une seule région. Ce genre d’entente a déjà été conclu avec les États-Unis, précise M. Caswell.