Volailles 24 octobre 2025

Un projet de diversification fécond


Une productrice de la relève a réussi à démarrer un nouveau projet d’œufs d’incubation à Saint-Ambroise-de-Kildare, dans Lanaudière, grâce au Programme pour l’établissement de nouveaux producteurs des Producteurs d’œufs d’incubation du Québec (POIQ).

Caroline Wolfe était copropriétaire avec son conjoint Marco Perreault de la ferme porcine Élevage du Canton, à Rawdon, et de l’Érablière des Continuations, à Saint-Esprit, mais elle avait toujours rêvé d’avoir un poulailler.

Après avoir participé sans succès une première fois en 2019 au concours du Programme pour l’établissement de nouveaux producteurs des POIQ, Caroline Wolfe a peaufiné son projet et l’a représenté en 2021. Bingo! Cette fois classée finaliste, elle a obtenu un contingent d’un million d’œufs à la suite du tirage au sort. On peut dire de la mère de quatre enfants, propriétaire unique des Poules du rang, que l’ouvrage ne lui fait pas peur.

« Pour monter mon projet, j’ai visité plusieurs fermes, avec l’objectif de me faire une idée sur ce que je voulais, observer ce qui fonctionne, ce qui marche moins, expliquait Caroline Wolfe. Une des idées qu’on a retenues, c’est d’installer des grattes pour le fumier en dessous des lattes. On était habitués avec ça dans le porc et on a vu un producteur qui en avait. Au début, je doutais, en me disant : Voyons, si les autres producteurs d’œufs n’en ont pas, ça ne doit pas marcher! Mais en réfléchissant, je me suis rendu compte que la plupart des producteurs d’œufs d’incubation opèrent depuis longtemps dans de vieux bâtiments. J’avais la chance de tout construire en neuf, et l’autre producteur qui avait des grattes est aussi un ancien gagnant du concours des POIQ, dont les installations sont récentes. Maintenant, on est deux producteurs d’œufs d’incubation sur 40 à avoir des grattes et ça marche super bien! »

On peut dire de la mère de quatre enfants, propriétaire unique des Poules du rang, que l’ouvrage ne lui fait pas peur.
On peut dire de la mère de quatre enfants, propriétaire unique des Poules du rang, que l’ouvrage ne lui fait pas peur.

Caroline Wolfe a reçu son quota en juillet 2021. Pendant l’hiver, elle a fait ses plans pour construire le poulailler l’été d’après, sur un bout de terre cédé par son père, à Saint-Ambroise-de-Kildare. 

« J’ai engagé un entrepreneur, des ouvriers, commandé tous les équipements moi-même. En pleine pandémie, le bois coûtait cher, alors on a décidé de construire en PVC béton, relate Caroline Wolfe. Il faut envoyer son plan à la compagnie de PVC et eux font les blocs de la bonne hauteur. Il faut ensuite les assembler, comme des Lego qui s’imbriquent les uns dans les autres, en suivant les numéros du plan. Ça arrivait en container tout mêlé; il fallait les trier. L’entrepreneur n’avait jamais construit des murs comme ça! Un ami est venu nous montrer comment ça fonctionnait, alors on s’est débrouillés. Ensuite, il ne restait qu’à couvrir avec le béton. »

Caroline Wolfe a étudié en gestion et exploitation d’entreprises agricoles au Collège Macdonald, à Sainte-Anne-de-Bellevue, entre 1999 et 2002. Si elle a réussi à se classer parmi les finalistes du concours, elle pense que c’est surtout grâce aux bons conseils de son réseau et de sa famille et de celle de son conjoint, tous des producteurs agricoles, qui lui ont permis de bâtir un projet crédible. Son alliance avec le Couvoir Ramsay, de Saint-Félix-de-Valois, situé tout près de sa ferme, aurait aussi ­compté dans la balance, selon elle.

Une façon de contrer l’insécurité

Les premières poules sont arrivées en octobre 2023. Pour Caroline Wolfe, qui avait toujours gardé une quinzaine de poules pour sa consommation, et dont le père avait eu des poulets de chair jusque dans les années 2000, c’était un rêve qui se réalisait.

C’était aussi une façon de se diversifier. De contrer l’insécurité qu’on vivait avec le porc, dont le prix est instable depuis plusieurs années. Quand t’as une production sous contingent, ça t’assure un revenu; c’est rassurant.

Caroline Wolfe

La productrice se lève à 4 h 45 tous les matins pour aller voir ses 7 000 poules et quelques coqs manger, s’assurer que l’alimentation se fait correctement, qu’il y a de l’eau. Elle y retourne après avoir conduit ses enfants à l’école.

Pendant la journée, quelqu’un est là en tout temps afin de s’assurer que les œufs soient sortis du poulailler, triés et, trois fois par jour, stockés au frais. Deux fois par semaine, un camion les transporte au Couvoir Ramsay, de Saint-Félix-de-Valois, village voisin.

« On n’est pas payés à l’œuf, mais bien au poussin vivant. C’est pour ça que les œufs d’incubation, c’est plus délicat comme production que les œufs de consommation. Par exemple, on produit nous-même notre moulée pour les porcs, mais pour les œufs, je n’oserais pas. Je m’en tiens à la moulée recommandée et je m’assure que la bonne quantité est consommée. Si les poules mangent un peu moins ou une heure plus tard, ça va avoir un impact direct sur la ponte. C’est pour ça que je surveille tout », dit Caroline Wolfe.

Les petites poulettes arrivent au poulailler à l’âge de 20 semaines, et commencent à pondre quatre semaines plus tard. Vers l’âge de 63 semaines, elles sont envoyées à l’abattoir, puis le poulailler est vidé et nettoyé. Le cycle, qui s’étale sur 11 mois, recommence ensuite.

Caroline Wolfe s’occupe seule de son poulailler, mais ses journées sont remplies de bien d’autres choses. Avec son conjoint Marco Perreault, elle s’occupe de la ferme porcine de 2 600 places en engraissement, dont les porcelets viennent principalement de la ferme de sa sœur, située à Saint-Alexis.

Aidés du père de Caroline, ils cultivent 600 acres en grandes cultures. Ils récoltent et vendent des haricots secs et du blé, et produisent maïs et soya pour alimenter leurs porcs, à qui ils donnent aussi de la drêche. Au printemps, leur érablière de 8 000 entailles leur permet de produire du sirop vendu en vrac.

« Nous diversifier comme ça nous permet de faire face à l’insécurité qu’on vit avec le prix du porc, mais ça a aussi l’avantage d’intéresser nos enfants à différents types de production. Ils s’impliquent déjà à leur façon dans la ferme et manifestent l’intérêt de prendre la relève, pour l’une ou l’autre des productions de la ferme. On est bien heureux de ça », conclut Caroline Wolfe.