Volailles 10 octobre 2025

Olymel abandonne la commercialisation des gros poulets

Une trentaine d’éleveurs de volailles, spécialisés dans la production de poulet de gros calibre (4 kg), ont récemment reçu un appel de leur transformateur Olymel leur annonçant qu’ils devraient se convertir à la production de poulet à griller standard dès la prochaine période de production, soit en février prochain.

Ceci a pris par surprise l’éleveur Steve Houley, copropriétaire de la Ferme John Houley et Fils, à Saint-Sylvestre, dans Chaudière-Appalaches, qui se spécialise dans cette production depuis 1989. Ce changement lui impose de revoir quelque peu ses techniques d’élevage et sa recette de moulée, « car les gros poulets doivent avoir une croissance plus lente au départ [que les poulets conventionnels] », explique-t-il. 

Mais ce qui l’inquiète davantage, ce sont les effets de ce changement sur le reste de la filière, plus spécialement sur les couvoiriers, « qui sont déjà assez serrés », souligne-t-il.

Parce que la journée qu’on arrête de faire des gros poulets, ça va créer une nouvelle demande au niveau des poussins, parce que j’en aurai besoin d’environ 40 % de plus qu’avant.

Steve Houley

Les Éleveurs de volailles du Québec (EVQ) ont d’ailleurs vivement dénoncé cette manière de faire d’Olymel, principalement en raison du délai qu’ils estiment beaucoup trop court pour un tel changement. « Même si vous ne produisez pas de gros poulets chez vous, vous êtes capables d’imaginer le casse-tête que ça représente de refaire une cédule annuelle prévue aux 70 jours pour produire du poulet de 36 jours. Les 1,1 million de poulets de 4 kg par période devront être remplacés par 2 millions de poulets de 2,3 kg », a déclaré le président des EVQ, Benoît Fontaine, dans une communication à ses membres, le 3 octobre.

En entrevue avec La Terre, M. Fontaine a indiqué que les EVQ respectaient la décision d’affaires de l’entreprise, mais déploraient qu’elle n’ait pas avisé le secteur, dont les couvoirs. Dans le plan conjoint, rien n’empêche toutefois le transformateur de mettre fin à l’achat de cette catégorie de poulets avec un tel délai, confirme-t-il lorsque questionné sur cet aspect. « Légalement, ils sont OK, mais éthiquement, ça ne se fait pas. Et comme on n’avait jamais eu à faire face à une telle situation avant, on ne l’avait pas prévu dans l’entente », dit le président.

Olymel est le principal acheteur pour ce type de produit au Québec.

Les Éleveurs de volailles du Québec estiment que l’ensemble de la filière, dont les couvoirs, aura du mal à ajuster le casse-tête de la production dans les délais souhaités par Olymel. Photo : Patricia Blackburn/TCN
Les Éleveurs de volailles du Québec estiment que l’ensemble de la filière, dont les couvoirs, aura du mal à ajuster le casse-tête de la production dans les délais souhaités par Olymel. Photo : Patricia Blackburn/TCN

Olymel fera preuve de flexibilité

De son côté, Olymel dit reconnaître que le délai est « plutôt court, mais en vertu des règlements des Éleveurs de volaille du Québec, si nous ne procédions pas maintenant, nous devions attendre plus d’un an supplémentaire », mentionne Stéphanie Couturier, vice-présidente aux communications pour l’entreprise. Elle rappelle que l’entreprise a pris le temps de contacter individuellement chaque producteur pour échanger sur la situation et que leurs équipes feront preuve « d’une certaine flexibilité, lorsque nécessaire », a-t-elle écrit dans une réponse fournie par courriel.  

Elle a de plus précisé que cette substitution a pour but de répondre à d’autres marchés en croissance, alors que la demande pour les poulets de
4 kg a « beaucoup baissé », rapporte Mme Couturier.