Chèvres 28 octobre 2025

L’élevage de chèvre de boucherie a le vent dans les voiles

Les éleveurs caprins de boucherie du Québec peinent à répondre à la demande croissante occasionnée par la venue de nouveaux arrivants dans la province, ces dernières années. 

Dans sa ferme de Saint-Roch-de-Richelieu, en Montérégie, la présidente du Regroupement des éleveurs de chèvres de boucherie du Québec, Sonia Gagnon, a doublé sa production pour répondre à la demande depuis deux ans. Elle élèvera 200 chevreaux en 2025, alors que, jusqu’à tout récemment, sa centaine de chèvres donnaient naissance à 60 à 80 bébés par année. « Ça fait au moins deux ans qu’on ne fournit jamais à la demande. On est obligés d’essayer de trouver des animaux disponibles chez d’autres producteurs, dit-elle. Et je ne suis pas la seule. » Depuis février dernier, le nombre d’adhérents au regroupement de producteurs est passé de 22 à 37, notamment en raison de nouvelles exploitations de chèvres de boucherie en démarrage à travers la province. Le Québec compte actuellement une centaine d’éleveurs.

[En 2009], on partait de loin. Les gens nous regardaient dans les marchés fermiers et nous disaient : “Mais ça se mange?”. Et là, les gens m’appellent et ils me disent : “Mon Dieu, on vous a trouvé sur Internet parce que c’est tellement bon du chevreau de boucherie. On veut en manger, puis on a de la difficulté à en trouver.” Ça, ça veut dire quelque chose.

Sonia Gagnon

La demande pour la viande caprine est en hausse d’un océan à l’autre, indique Catherine Michaud, qui est à la fois présidente de la Table filière québécoise de chèvres de boucherie et directrice générale de l’Association canadienne de la chèvre de boucherie. « Il n’y a pas beaucoup de statistiques par rapport à la viande de chèvre. C’est mêlé avec les autres viandes rouges, mais on pourrait supposer que l’augmentation de la demande est liée aux réfugiés, aux communautés ethniques qui sont de plus en plus présentes, surtout dans les régions de Toronto [et de Montréal] », mentionne-t-elle. 

Ces nouveaux arrivants ne consomment pas seulement de la chèvre aux fêtes religieuses, mais sur une base régulière, mentionne le directeur de la division bœuf et agneaux chez Montpak International, André Forget, dont l’entreprise importe de la viande caprine d’Australie pour le marché de l’Ouest canadien. « On n’est pas le principal importateur », précise-t-il.

Des prix élevés

Les importations de viande caprine ont plus que doublé au pays entre 2023 et 2025, selon Statistique Canada. La rareté de la viande caprine sur le marché canadien a effectivement créé une pression à la hausse sur les prix, qui ont atteint des records à l’encan en 2024, explique Catherine Michaud. « Ça pose un problème. Les producteurs sont contents, mais les [transformateurs] ne sont pas contents parce qu’eux autres, il faut qu’ils valorisent une carcasse qui leur coûte déjà quatre ou cinq cents piastres, indique-t-elle. Il faut qu’ils rajoutent leurs coûts de transformation par-dessus, puis qu’ils la mettent dans le comptoir et qu’ils la vendent. C’est très cher à l’autre bout. » 

André Forget confirme la grande différence de prix pour la viande de chèvre importée.
« C’est moitié prix de la chèvre d’ici », affirme-t-il. 

De plus en plus, il y a des gens qui appellent des producteurs directement, qui sont capables de s’entendre sur certains prix aussi. Puis ça fait baisser un petit peu la pression aussi au niveau du prix au consommateur.

Catherine Michaud

En circuit court

Bien que les éleveurs commercialisent de plus en plus de viande caprine en circuit court plutôt qu’à l’encan, certains portent une attention particulière à ne pas répondre seulement aux besoins des nouveaux arrivants. « Il y en a qui ont une race de chèvre différente de la mienne, ils font la viande, ils fournissent des restaurants, des boutiques en ligne, des boutiques à la ferme et là, ils s’enlignent aussi pour faire de la location de chèvres pour les pâturages urbains, pour des parcs et tout. Les gens se diversifient », souligne Sonia Gagnon.

Huit projets pour développer le secteur

Bien que les éleveurs de chèvres de boucherie du Québec n’aient pas d’agence de vente, plusieurs projets portés par leur table filière ont été mis sur pied pour aider le secteur caprin de boucherie à se développer au Québec. Rappelons que la création de cette table de concertation en 2020 résulte de la scission, trois ans plus tôt, des trois secteurs (laitier, de boucherie et de fibre) représentés par le Syndicat des producteurs de chèvres du Québec. Depuis 2020, les différents maillons de la filière de boucherie ont lancé huit projets visant notamment à optimiser la régie d’élevage grâce à de la collecte de données à la ferme, à évaluer des coûts de production et à rapprocher les éleveurs, les encans et les transformateurs. L’Association canadienne de la chèvre de boucherie participe à l’élaboration d’un programme d’évaluation génétique pour la chèvre de boucherie qui serait unique en Amérique du Nord.