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Il importe d’être le plus critique possible et d’avoir des outils numériques personnalisés qui sont appropriés à sa réalité. Photo : Gracieuseté de Jean-Philippe Bessette

Il importe d’être le plus critique possible et d’avoir des outils numériques personnalisés qui sont appropriés à sa réalité. Photo : Gracieuseté de Jean-Philippe Bessette

Voir au-delà des chiffres

Dans un monde où tout bouge de plus en plus vite, comment l’agriculteur réussit-il à prendre de bonnes décisions, surtout s’il n’a pas le temps de tout calculer? Si la source d’information utilisée pour gérer son entreprise n’est pas précise, le gestionnaire risque de ne pas mettre de l’avant les stratégies qui lui permettront d’atteindre les objectifs escomptés. À l’ère du numérique, le traitement et l’analyse de données deviennent donc des éléments incontournables pour tous les producteurs agricoles.

En tant que professeur en gestion agricole et fils de producteur laitier, je crois fermement à l’importance d’une bonne intuition dans la prise de décision. Mais comment peut-on développer son propre esprit critique tout en s’appuyant sur l’intuition des agriculteurs plus ­expérimentés? En effet, sous certains angles, l’expérience peut parfois être trompeuse. Ce n’est pas parce qu’une chose a fonctionné pour un producteur qu’elle va marcher pour un autre, tout comme ce n’est pas parce qu’une chose était vraie hier qu’elle l’est encore aujourd’hui. Cela dit, tout le monde s’entend sur l’importance de discuter avec différents intervenants et de développer un bon réseau de contacts, car cela permet de tirer parti des connaissances et de l’expérience des autres et ainsi d’être mieux outillé dans sa prise de décision.

Comme l’illustre cette figure, qui porte sur le bénéfice par culture d’une ferme fictive, il est intéressant de connaître l’évolution de la rentabilité par culture. On observe chez plusieurs entreprises une baisse de rentabilité du foin. L’idée est de trouver des solutions techniques qui n’affecteront pas à la hausse la structure de coûts afin de générer un meilleur profit.

Comme l’illustre cette figure, qui porte sur le bénéfice par culture d’une ferme fictive, il est intéressant de connaître l’évolution de la rentabilité par culture. On observe chez plusieurs entreprises une baisse de rentabilité du foin. L’idée est de trouver des solutions techniques qui n’affecteront pas à la hausse la structure de coûts afin de générer un meilleur profit.

De bons outils

Le processus de prise de décision peut également profiter de la rigueur du traitement et de la collecte de l’information. La clé : avoir de bons outils. Par exemple, les rendements devraient être calculés non seulement en fonction des quantités mesurées au champ, mais également selon ce qui a été réellement payé une fois vendues ou consommées. Il est donc normal d’ajuster les stocks et de réévaluer le rendement antérieur lorsqu’une année est terminée. En ayant un portrait précis, il devient plus facile d’établir des priorités en relation avec les faiblesses observées.

À une époque où on cherche de plus en plus à automatiser et à standardiser les systèmes, il ne faut surtout pas diminuer l’importance de personnaliser les rapports techniques et économiques en fonction de la réalité de chaque producteur. Étant donné que c’est lui qui prend les décisions, il ne faut pas sous-estimer sa compréhension des résultats. Comme l’illustre la figure ci-contre, qui porte sur le bénéfice par culture d’une ferme fictive, il est intéressant de connaître l’évolution de la rentabilité par culture. Mais pour s’améliorer, le producteur doit surtout comprendre la méthode et les détails du calcul.

Par exemple, il est impératif de réviser la rotation des cultures et la stratégie d’implantation selon les conditions météorologiques. Une bonne connaissance des marges par hectare fait partie de la solution, d’autant que les meilleurs agriculteurs se remettent toujours en question et ne baissent jamais les bras devant les aléas de la météo.

Par ailleurs, une bonne prise de ­décision destinée à améliorer le coût de production devrait tenir compte non seulement des dépenses, mais aussi des revenus, d’où l’importance des relations entre les aspects technique et économique. Le fait d’augmenter la ­performance technique peut, certes, améliorer la situation financière d’une entreprise, mais pas nécessairement.

Bref, ce qui importe, c’est d’être le plus critique possible et d’avoir des outils numériques personnalisés qui sont appropriés à sa réalité et qui donnent la possibilité de s’ajuster rapidement. Un bout de papier (tableau des rations, budget, etc.) n’a malheureusement pas cette force, alors qu’une feuille de calcul Excel est un outil encore aujourd’hui grandement sous-estimé. Se fixer des objectifs devrait maintenant être facile; c’est la pertinence, le réalisme et le suivi régulier de ceux-ci qui permettent de faire toute la différence.

En guise de conclusion, je rappelle ce qu’un bon ami m’a souvent dit : « Une personne prend toujours la meilleure décision en fonction de l’information qu’elle a ». De là vient la nécessité d’avoir la bonne information sous la main.

Jean-Philippe Bessette, professeur en Gestion et technologies d’entreprise agricole à l’ITA, campus de Saint-Hyacinthe