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Pince de repiquage du robot repiqueur AutoStix® de Visser HortiSystems. Photo : Gracieuseté de Claude Vallée

Pince de repiquage du robot repiqueur AutoStix® de Visser HortiSystems. Photo : Gracieuseté de Claude Vallée

Une nouvelle ère en multiplication des végétaux

Il y a de ces innovations qui fixent un avant et un après. En matière de multiplication par bouturage, l’arrivée récente sur le marché des bandes de boutures AutoStix, qui permettent un repiquage mécanisé des boutures en un temps record, est assurément l’une d’entre elles. Il y a fort à parier que le principe de cette récente technologie trouvera de multiples applications futures dans le domaine agricole.

Une technologie étonnante

L’entreprise hollandaise Visser Horti Systems a développé cette technologie avec la collaboration des producteurs hollandais de jeunes plants P. Van der Haak et Florensis, ainsi que de la division américaine de la multinationale Ball Floraplant. Ce système de languettes fabriquées en plastique biodégradable à base d’acide polylactique et d’amidon de pomme de terre permet la plantation mécanique de jeunes boutures non enracinées à un taux allant jusqu’à 10 000 boutures à l’heure. Seules trois personnes manipulant un robot d’empotage AutoStix®, également mis au point par Visser, sont requises pour atteindre un tel résultat. Une efficacité jamais vue jusqu’à présent!

Comment ça fonctionne?

Les boutures sont insérées dans les languettes directement chez les multiplicateurs, souvent situés en zones équatoriales. Elles sont par la suite ensachées et emballées pour expédition rapide vers des entreprises situées plus près des acheteurs de produits finis qui procéderont à la phase d’enracinement. Arrivées à la serre, les bandes sont insérées à cadence régulière dans le transplanteur robot, qui détache chaque unité (ou cartouche) des languettes, afin de les repiquer dans les plateaux d’enracinement. Le format des plateaux peut varier selon l’ajustement de la machine.

À l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA), nous avons reçu il y a deux ans nos premières boutures enracinées utilisant ce type de technologie pour le repiquage. Les petites cartouches biodégradables, de plus en plus présentes sur nos boutures achetées en 2020, démontrent bien que cette la technologie est utilisée par un nombre croissant de producteurs.

Ce système est particulièrement avantageux pour les producteurs possédant de grandes surfaces de production ou pour ceux qui se spécialisent dans la commercialisation de boutures enracinées auprès d’autres producteurs. L’avantage premier du système est la réduction du coût de main-d’œuvre lié à l’empotage et l’uniformité d’exécution. De plus, entreposées au frais, les boutures en languettes se dégradent également moins vite que les boutures non enracinées et ensachées. Il s’agit d’un avantage important pour le producteur en cas d’imprévus ou d’erreur de planification. Toutefois, l’empotage des boutures, dès leur réception ou le plus tôt possible, est préconisé.

Une technologie en plein essor

Cette innovation semble faire boule de neige, car des produits disponibles sur le marché depuis peu découlent de ces languettes de bouture (des languettes de boutures à racines nues et des languettes de boutures avec substrat). En effet, la compagnie Dümmen Orange a réussi à développer un nouveau procédé permettant l’enracinement des boutures dans les languettes AutoStix® sans l’utilisation de substrat, communément appelé « terreau ». Une fois de plus, du jamais vu!

Leurs boutures Basewell® peuvent être directement empotées à la main ou mécaniquement dans leur contenant de finition. Afin d’éviter l’assèchement des racines lors du transport, la technologie Basewell® utilise un gel breveté qui enrobe la base de la bouture. Ce gel fait de plus en plus l’objet de recherches pour l’amélioration continue de ce produit dans les prochaines années.

Sinon, une nouvelle languette développée par l’entreprise Visser permet maintenant l’intégration d’une petite motte de substrat à chaque cartouche.

Bref, le développement de cette technologie est en plein essor. Pour l’instant, au Québec, ces technologies sont principalement destinées et utilisées par les producteurs en horticulture ornementale, environnementale et nourricière (HOEN), nouvelle appellation de l’horticulture ornementale. Gageons que nous les verrons apparaître prochainement dans les autres secteurs du domaine agricole. 

Claude Vallée, agr., M. Sc., professeur en horticulture ornementale, environnementale et nourricière, ITA – Campus de Saint-Hyacinthe

Ce texte a été publié dans notre chronique De l’école à la terre.