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La luzerne est la légumineuse fourragère la plus cultivée au Québec, surtout pour l’ensilage. Photo : Shutterstock

La luzerne est la légumineuse fourragère la plus cultivée au Québec, surtout pour l’ensilage. Photo : Shutterstock

Une équation pour savoir quand récolter les fourrages

Alors que certains producteurs se fient à la date du calendrier pour décider du moment de la récolte de leur fourrage, d’autres se basent sur des indices visuels comme la floraison de la luzerne. Mais, à eux seuls, ces critères ne permettent pas nécessairement une juste évaluation de la qualité nutritive des plantes fourragères.

Une équation pourrait aider les agriculteurs québécois à prédire, avant la récolte, la valeur nutritive de leur mélange de luzerne et de graminées et, par conséquent, à optimiser la production laitière des troupeaux, entre autres.

À partir de mesures simples à évaluer en champ, comme la hauteur du plant de luzerne, son stade de maturité et le ratio luzerne-graminées du mélange, cet outil détermine notamment la concentration de fibres insolubles au détergent neutre (neutral detergent fiber ou NDF) du fourrage, explique Philippe Séguin, professeur agrégé au Département de sciences végétales de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de McGill. La valeur NDF ainsi que la concentration en protéines et la digestibilité sont quelques indices de la qualité nutritive du fourrage.

« Ça permet au producteur ou à son agronome de dire : “Aujourd’hui, le fourrage a une valeur X, donc ça pourrait être un bon moment pour récolter le champ.” Si on voit qu’on est trop loin de la valeur désirée, on va déterminer qu’on devrait attendre quelques jours », explique le chercheur.

Adaptation de l’équation au Québec

Des équations prédisant la qualité de la luzerne (predictive equation for alfalfa quality ou PEAQ) et de mélanges luzerne-graminées ont été développées pour les champs des États-Unis, mais les conditions climatiques et les espèces de graminées utilisées dans les fermes du Québec sont différentes. « On a ajusté ces équations pour qu’elles reflètent la réalité québécoise », précise le professeur Séguin.

Dans un premier temps, l’équipe a étudié le potentiel de cette méthode sur trois sites, soit à Sainte-Anne-de-Bellevue, à Lévis et à Normandin, où de la luzerne a été plantée avec de la fléole des prés et de la fétuque élevée.

Ensuite, « on a fait appel à différents conseillers et agronomes, relate M. Séguin. Ils prenaient des mesures et des échantillons dans différentes régions du Québec, et nous avons fait les analyses pour voir si la valeur estimée avec l’équation correspondait à la valeur déterminée par une analyse en laboratoire ». L’équation a été utilisée pour prédire la valeur nutritive de la première coupe. « Il nous reste encore à la valider pour les coupes subséquentes à travers le Québec », conclut-il. 

Un outil sur Internet

Le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) travaille présentement à rendre l’équation directement disponible aux producteurs, aux agronomes, etc. Ils pourront, en enregistrant certaines variables dans un outil en ligne, obtenir une estimation de la valeur nutritive de leur fourrage luzerne-graminées avant de le récolter.

Carine Touma, Agence Science-Presse