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Eyad Atallah, chargé d’enseignement au Département des sciences atmosphériques et océaniques de l’Université McGill et passionné de météorologie extrême, lors d’une expédition sur un glacier en Nouvelle-Zélande. Photo : Eyad Atallah

Eyad Atallah, chargé d’enseignement au Département des sciences atmosphériques et océaniques de l’Université McGill et passionné de météorologie extrême, lors d’une expédition sur un glacier en Nouvelle-Zélande. Photo : Eyad Atallah

Un « maniaque » de météo braque son radar sur l’agriculture

Assistant de recherche et chargé d’enseignement au Département des sciences atmosphériques et océaniques de l’Université McGill, Eyad Atallah est aussi chasseur de tornades amateur. Il n’hésite pas, lors de tempêtes, à déployer de l’équipement de mesure sur le terrain pour comprendre certains phénomènes météorologiques. Le reste du temps, il traque les « signaux » qui permettent de mieux saisir l’accélération des changements climatiques et la multiplication de ces événements météo extrêmes.

Cet assistant de recherche se décrit comme « un maniaque de météo » depuis son enfance. « Avant, je ne réalisais pas que ça pouvait devenir une carrière », s’amuse celui dont les travaux sur ce que l’on appelle les événements extrêmes conduisent aujourd’hui à s’interroger sur les impacts qu’auront ces événements sur l’agriculture.

À la recherche d’anomalies

Eyad Atallah passe donc ses journées à suivre la météo en analysant des cartes radar et des images satellites à la recherche d’anomalies. « Quand on voit des choses qui semblent inhabituelles, on creuse un peu », explique le météorologue. Pour réaliser ses analyses, il dispose de plus d’un demi-siècle de données historiques, sur les serveurs de son labo, permettant de faire des comparaisons et d’étudier des tendances.

Il observe que les bouleversements du climat se traduisent au Québec comme ailleurs par des conditions météorologiques « sans précédent ». Qu’il s’agisse de froids extrêmes en hiver, de canicules en été, ou d’épisodes de « précipitations extrêmes », de nouveaux records semblent être enregistrés chaque année.

Des pluies de plus en plus abondantes

Certains des impacts seront pourtant positifs, prédit Eyad Atallah. Avec des printemps hâtifs et des automnes tardifs, « la saison de production va probablement s’allonger », anticipe le chercheur. Par contre, les « transitions brusques » entre les saisons représentent une « recette pour des inondations », comme celles qui ont frappé le Québec en 2017 et en 2019.

« C’est l’une des choses qui nous inquiètent », explique le météorologue. Avec des chutes de neige massives en hiver suivies d’un dégel rapide et de pluies abondantes, les décideurs autant que les agriculteurs devront repenser la gestion de l’eau. Il s’agit de « la grande question pour l’agriculture » au Québec, où les précipitations, anticipe-t-il, prendront de plus en plus la forme de pluies diluviennes. Il faudra également trouver des moyens d’augmenter la résistance des cultures et du bétail aux vagues de chaleurs estivales qui continueront de se multiplier et de s’amplifier, prévient-il. 

Quand on se compare, on se console

Contrairement au sud-ouest des États-Unis qui est en proie à la sécheresse et qui risque de se désertifier davantage, le nord-est du continent connait un plus grand nombre d’épisodes de précipitations intenses et ne risque donc pas de manquer d’eau. En effet, le nombre moyen de jours avec de fortes pluies ou de fortes chutes de neige au Québec dépasse les normales historiques déjà depuis 2008.

À l’avenir, l’est du continent nord-américain sera sujet à une augmentation des fortes pluies. Or, ce territoire s’en sortira mieux que celui de l’ouest qui fera face à un climat de plus en plus aride. 

Simon Van Vliet, Agence Science-Presse