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Des stratégies alimentaires misant sur la combinaison calcium/phosphore de l’alimentation des volailles peuvent réduire les rejets de phosphore dans les déjections. Crédit photo: Archives TCN

Des stratégies alimentaires misant sur la combinaison calcium/phosphore de l’alimentation des volailles peuvent réduire les rejets de phosphore dans les déjections. Crédit photo: Archives TCN

Des stratégies efficaces pour diminuer l’impact du phosphore en élevage avicole

La maîtrise de l’impact environnemental de l’élevage est une préoccupation grandissante. Dans ce contexte, l’élevage de monogastriques comme les porcs et les volailles est souvent montré du doigt. En effet, l’épandage d’effluents riches en phosphore peut entraîner la propagation des algues bleu-vert dans les cours d’eau.

Il faut noter que le phosphore apporté par les céréales est à 75 % sous forme de phytate, que le poulet ne peut assimiler. Bien que l’enzyme phytase soit couramment ajoutée dans l’alimentation et qu’elle augmente l’assimilation du phosphore, on estime à près de 50 % la proportion de phosphore alimentaire excrété dans les déjections. Aussi, pour répondre aux besoins nutritionnels, on ajoute souvent du phosphate minéral, une ressource non renouvelable et soumise à une forte volatilité de prix. La durabilité passe donc par la réduction de l’apport alimentaire de phosphore.

Comment?

Il est possible de diminuer de 20 % à 30 % les apports de phosphore sur l’ensemble de l’élevage sans affecter les performances de croissance. Cependant, cette diminution doit s’accompagner d’une baisse conjointe des apports de calcium. En effet, si celui-ci est essentiel à la rétention du phosphore dans l’os, il peut malgré tout nuire à son absorption.

Une interaction complexe

Cette diminution des apports en calcium entraîne une fragilité du squelette pouvant affecter le bien-être de l’animal et augmenter les pertes à l’abattoir. Pour pallier ce manque de minéralisation à la suite de niveaux trop faibles, il existe des stratégies d’alimentation prometteuses. Le calcium et, dans une moindre mesure, le phosphore sont parmi les nutriments les mieux régulés par l’entremise de l’utilisation quasi instantanée des réserves osseuses suivie d’une augmentation de l’absorption intestinale, du dépôt dans l’os et de la réabsorption rénale. La stratégie consiste donc à réduire les apports en calcium et en phosphore pour stimuler une meilleure utilisation du phosphore, puis d’alimenter l’animal selon ses besoins nutritionnels et parfois même de retourner par la suite à des niveaux plus faibles. C’est la stratégie de « déplétion-réplétion ».

Résultat?

Au cours de la phase de réduction de l’apport en calcium et en phosphore (déplétion), la qualité osseuse diminue, mais l’animal va s’adapter en augmentant son efficacité d’utilisation du phosphore. Selon les études, cette adaptation peut se maintenir dans le temps et permettre à l’animal de rattraper son retard de minéralisation lorsqu’il reçoit un aliment selon ses besoins dans la deuxième phase (réplétion).

Nos travaux ont montré que l’on pouvait à nouveau diminuer les apports de phosphore dans une troisième phase, au cours de laquelle l’animal reçoit les deux tiers de sa nourriture et rejette beaucoup de phosphore, sans que la qualité de l’os en soit affectée. Ces stratégies de déplétion-réplétion sont des pratiques d’élevage viables et prometteuses. 

Marie-Pierre Létourneau Montminy, Ph. D., Professeure au Département des sciences animales