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Les capteurs de spores installés dans les champs par l’équipe d’Hervé Van Der Heyden permettent de déterminer le déplacement des pathogènes dans l’air pour prévenir les infections. Photo : Hervé Van Der Heyden

Les capteurs de spores installés dans les champs par l’équipe d’Hervé Van Der Heyden permettent de déterminer le déplacement des pathogènes dans l’air pour prévenir les infections. Photo : Hervé Van Der Heyden

Stopper la propagation des maladies dans les cultures maraîchères

La MRC des Jardins-de-Napierville jouit d’un sol riche en terre noire, idéal pour la production maraîchère. Les agriculteurs de la région doivent toutefois composer chaque année avec les infections fongiques. Hervé Van Der Heyden, directeur scientifique pour la compagnie Phytodata et candidat au doctorat à l’Université McGill, cherche à mieux comprendre la propagation de ces ravageurs dans la région.

« Notre objectif est d’étudier l’épidémiologie des pathogènes à l’échelle du paysage, explique-t-il. Nous essayons de comprendre leur propagation dans l’espace et dans le temps. » Le chercheur s’intéresse tout particulièrement au champignon responsable du mildiou de l’oignon de même qu’à celui causant la brûlure des feuilles.

Dans le cadre de ses travaux qu’il réalise avec sa codirectrice Odile Carisse, d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, il utilise des données recueillies par des agronomes qui recensent les éclosions de certaines maladies ayant eu lieu au cours des 30 dernières années. Son équipe suit également le déplacement des pathogènes dans l’air grâce à des capteurs de spores dispersés dans les champs. Des données météo historiques permettent quant à elles de décrire les conditions environnementales au moment des éclosions.

« Nous avons identifié des facteurs favorisant le développement des ravageurs pendant la saison de culture, souligne Hervé Van Der Heyden. Il s’agit principalement de l’humidité, de la température et de la radiation solaire. » Des analyses statistiques permettent ensuite de prédire la survie du pathogène pendant l’hiver et donc le risque d’infection pour la saison suivante. « Dans certaines conditions, le pathogène produit des structures de survie à l’hiver et cause alors des infections le printemps suivant », mentionne-t-il.

Les changements climatiques influenceraient ce processus. En effet, les températures automnales sont maintenant plus douces et les hivers moins rigoureux. « Si le pathogène survit mieux et qu’il est présent en plus grande quantité à l’automne, les épidémies seront plus fréquentes et commenceront plus tôt en saison », explique le chercheur.

Vers une gestion régionale de la maladie

« Avec ces informations, nous aimerions développer une gestion régionale pour le traitement des maladies », ajoute M. Van Der Heyden. Par exemple, en sachant qu’un champ risque d’être infecté parce qu’un pathogène a été détecté à proximité, il serait possible de le traiter rapidement et d’éviter ainsi la propagation aux autres champs.

Ultimement, cette stratégie permettrait de réduire l’utilisation des fongicides. Cela est d’autant plus important dans un contexte où la résistance à ces traitements est un problème criant. La pression augmente d’ailleurs de la part des consommateurs et des distributeurs pour diminuer l’utilisation des pesticides en général. « Notre approche permettrait donc de réduire l’utilisation des fongicides à l’échelle de la région et pas seulement champ par champ », conclut le chercheur.

Capteurs de spores

Les capteurs de spores installés par l’équipe d’Hervé Van Der Heyden constituent un outil de surveillance précieux. Ils permettent de connaître la quantité de spores produites par le pathogène et d’anticiper les risques d’infection avant même l’apparition des symptômes. Leur utilisation a permis de réduire d’environ 25 % le recours à des fongicides dans la région.

Kathleen Couillard, Agence Science-Presse