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Protégeons la terre de chez nous…

« Je me demande d’où viendront nos aliments si les meilleures terres agricoles de la province disparaissent », lance d’emblée le diététiste Paul-Guy Duhamel, chargé de cours et responsable des laboratoires de diététique et de nutrition humaine à l’Université McGill.

« La raréfaction des terres cultivables au Québec nous pousse à faire la sous-traitance de notre production alimentaire à des endroits dans le monde où les standards peuvent différer des nôtres, notamment en matière de législation des pesticides et des médicaments administrés aux animaux d’élevage », explique M. Duhamel, qui confirme que cette réalité affecte inévitablement la qualité des denrées offertes sur le marché.

Depuis 2015, Paul-Guy Duhamel est chargé de cours et responsable des laboratoires de diététique et de nutrition humaine à l’Université McGill. Photo : Éric Constantineau

Du plus loin qu’il se souvienne, le diététiste s’est toujours passionné pour la santé et l’alimentation. Il se dit aujourd’hui préoccupé par la disponibilité des aliments locaux et biologiques et l’approvisionnement alimentaire des institutions telles que les centres de la petite enfance (CPE), les hôpitaux, etc., mais également par les impacts de l’accaparement des terres cultivables par les promoteurs immobiliers et l’industrie des fonds d’investissement qui achète à prix d’or des terres agricoles pour les louer aux producteurs.

Des enjeux toujours actuels

Selon lui, il est grand temps que les municipalités et le gouvernement provincial protègent la vocation agricole des terres. « En 2006, le gouvernement du Québec avait lancé la Commission sur l’avenir de l’agriculture et l’agroalimentaire québécois, mais 10 ans après la publication du rapport Pronovost, force est de constater que les choses ont peu évolué », déplore-t-il.

Dans le cadre de l’un de ses cours, M. Duhamel propose à ses étudiants l’activité Repas 100 milles à la ronde. Leur mission : élaborer un repas en s’approvisionnant dans un rayon de 100  milles autour du Campus Macdonald. Durant cet exercice, les jeunes se familiarisent aussi avec le système de certification Aliments du Québec et Aliments préparés au Québec. « Plusieurs étudiants ont un choc en réalisant à quel point c’est difficile de s’approvisionner en aliments locaux », témoigne le chargé de cours.

Il leur demande également de déterminer si des institutions peuvent être en mesure d’ajouter des aliments locaux et biologiques à leur menu. Conclusion : c’est possible pour les organisations petites et riches, mais très ardu pour les grandes institutions. « Dans ce cas, il faut que les administrateurs acceptent de débourser plus d’argent pour la nourriture. Ainsi, le Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine sert des aliments locaux et biologiques grâce à une subvention du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec [MAPAQ] », explique-t-il.   

Se disant modérément optimiste pour l’avenir, M. Duhamel salue les initiatives favorisant une alimentation saine, locale, solidaire et durable, notamment les exploitations pratiquant la permaculture, les marchés de solidarité régionale et le réseau des fermiers de famille d’Équiterre. 

Rapport Pronovost

Publié en 2008 et comportant plus de 250 pages, le rapport Pronovost a fait plusieurs recommandations concernant l’amélioration de l’approvisionnement alimentaire. Deux d’entre elles ont été ignorées, soit la priorité à donner aux questions touchant la santé et le respect de l’environnement dans la recherche en agriculture ainsi que l’assouplissement du système de mise en marché collective.

Marie-Claude Ouellet, Agence Science-Presse