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L’équipe de Susan Gaskin prélève des échantillons d’argile de rivière pour mieux comprendre comment ce sol réagit à l’augmentation du débit de l’eau. Photo : Susan Gaskin

L’équipe de Susan Gaskin prélève des échantillons d’argile de rivière pour mieux comprendre comment ce sol réagit à l’augmentation du débit de l’eau. Photo : Susan Gaskin

Pour comprendre l’érosion des cours d’eau

Mieux comprendre comment les terres argileuses réagissent à l’augmentation du débit de l’eau pourrait aider à prédire l’érosion des rivières qui sillonnent les champs québécois et éventuellement améliorer la stabilité des sols agricoles. « Les terres agricoles de la vallée du Saint-Laurent reposent pour la plupart sur des dépôts d’argile », rappelle en effet Susan Gaskin, ingénieure et chercheuse à l’Université McGill.

L’argile est un type de sol singulier. Ses particules sont très petites et attirées les unes par les autres par des forces électroniques. « En l’absence de perturbations, les argiles sont plutôt solides, mais elles peuvent rapidement perdre leur cohésion », explique Mme Gaskin.

On connaît peu comment l’argile des rivières se comporte lorsque le débit de l’eau augmente. « C’est une argile différente, peu étudiée jusqu’à présent », souligne Liliane Gonthier, étudiante dans le laboratoire de Susan Gaskin. Pour en apprendre davantage, elle a prélevé des échantillons d’argile dans différentes régions de la vallée du Saint-Laurent. « Nous essayons de les garder les plus intacts possible et nous les testons ensuite en laboratoire. »

Celui-ci comporte un canal artificiel imitant ce qui se passe naturellement dans un cours d’eau. « En laboratoire, nous pouvons contrôler les paramètres que nous voulons observer, explique l’étudiante. Notre but est de déterminer le débit d’eau nécessaire pour causer de l’érosion. »

Mieux aménager les rivières et les ruisseaux

Les résultats qu’obtiendront Susan Gaskin et son équipe pourraient avoir des implications sur l’aménagement des rivières et des ruisseaux qui traversent les champs québécois. « Au Québec, certains ruisseaux sont réaménagés tous les 20 ans pour les rendre plus droits et pour enlever la végétation, souligne l’ingénieure. Plusieurs champs ont également des systèmes de drainage. »

Ces modifications perturbent l’équilibre du réseau d’écoulement des eaux et ont souvent pour conséquence d’augmenter le débit des cours d’eau, favorisant ainsi l’érosion. « La hausse des précipitations causée par les changements climatiques affecte aussi le volume des rivières », ajoute Susan Gaskin.

Éventuellement, les recherches de Susan Gaskin et son équipe pourraient aider à prédire comment les différents types d’argile vont réagir à ces variations du débit d’eau. « Nous savons déjà qu’il y a de la variation selon les régions », souligne-t-elle. Par exemple, l’argile est plus molle autour de Candiac alors qu’elle est plus dure à Québec.

L’érosion est un phénomène normal d’un point de vue écologique, mais son augmentation a des conséquences négatives pour la flore et la faune aquatique et pour la qualité de l’eau. Elle a aussi des répercussions pour les agriculteurs puisqu’elle affecte la stabilité du sol et la sécurité des bâtiments et des infrastructures. Certains sols argileux de la vallée du Saint-Laurent sont en effet propices aux glissements de terrain, indique Susan Gaskin.

Les tills

Dorothy Yeats, également étudiante dans le laboratoire de Susan Gaskin, mène des travaux similaires sur un autre type de sol : les tills. « On trouve de grandes étendues de tills en Ontario, explique-t-elle. Comme ils se sont formés en raison de la pression des glaciers il y a 11 000 ans, les tills sont très difficiles à couper et compliquent un peu le prélèvement des échantillons. »

Kathleen Couillard, Agence Science-Presse