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Le Jardin des rendez-vous à Victoriaville, un potager urbain collectif. Photo : Gracieuseté de la Ville de Victoriaville

Le Jardin des rendez-vous à Victoriaville, un potager urbain collectif. Photo : Gracieuseté de la Ville de Victoriaville

Pandémie, agriculture urbaine et résilience

L’agriculture urbaine est apparue comme une mauvaise herbe, prenant racine dans les terrains vagues, les saillies de trottoirs et les campus aux monocultures de béton et de gazon, comme un peu de poésie entre deux nuages de smog. Elle a d’abord été l’action directe d’activistes écologistes, de groupes communautaires et de loups solitaires.

Puis, comme une poésie qui se fait chanson, on s’est rendu compte que ça nous faisait drôlement du bien et qu’on n’était pas chacun seul dans notre coin. Les initiatives se sont multipliées et atteignent maintenant une masse critique de volontés, permettant d’inscrire l’agriculture urbaine non seulement dans les pratiques normales, mais désormais comme un service de plus en plus essentiel dans nos villes. 

Les humains peuvent bien momentanément tourner le dos à la nature, il n’en demeure pas moins que c’est cette même nature qui les élève. Le terme même d’humain ne renvoie-t-il pas après tout à l’humus, cette terre que l’on cultive et qui nous nourrit? 

Et donc lorsque l’on transforme collectivement des espaces sous-investis ou dévalorisés en autant de ruelles vertes, de potagers collectifs, de jardins communautaires, de forêts nourricières et d’autres espaces de culture voués à l’alimentation de proximité, on permet aux écosystèmes socioculturels de s’enraciner dans des pratiques aux bénéfices innombrables. Rompre l’esseulement, réduire l’empreinte carbone, combattre les îlots de chaleur et les déserts alimentaires ne sont que quelques exemples des bienfaits de mettre les mains à la terre pour cultiver l’avenir de nos espaces de vie. 

En quête d’autonomie alimentaire

Le contexte de pandémie actuel démontre les défis qu’une telle crise peut poser pour ces espaces de vie, ainsi que pour nos habitudes de consommation. Pour y répondre, plusieurs Québécois en quête d’une certaine autonomie alimentaire ont décidé de défricher des terres, de construire des bacs de culture hors sol ou de faire place à des plantes potagères dans leurs aménagements ornementaux de façade.

Cette crise sanitaire nous rappelle d’ailleurs d’autres bouleversements vécus dans le passé ou ailleurs dans le monde. Prenons l’exemple de l’embargo économique à Cuba qui a forcé le pays à développer une agriculture biologique soutenue par les ressources locales; celui de la chute de l’industrie automobile à Détroit qui a transformé un quartier du nord de la ville en modèle de ferme urbaine dédiée à la sécurité alimentaire; ou encore celui de la crise économique en Grèce qui a amené des centaines de citoyens à se réapproprier un terrain près de l’aéroport à Athènes ainsi qu’une ancienne base militaire à Thessalonique pour produire de la nourriture et nourrir la communauté. Les jardins de la victoire et de la liberté pendant les guerres mondiales ou les jardins ouvriers et économiques de la Grande Dépression constituent eux aussi des exemples ­d’événements qui ont ­propulsé le développement de l’agriculture de proximité.

Ces initiatives ont également apporté une reconnaissance des vastes retombées (sociales, environnementales et économiques) de l’agriculture urbaine chez les décideurs qui, dans plusieurs cas, ont développé des programmes pour soutenir la mise en place et la consolidation de projets et développer l’offre de formation.

L’agriculture urbaine peut donc être vue comme un service essentiel par ses multiples fonctions sociales, environnementales et économiques. En temps de crise, elle devient inévitablement une bonne stratégie de résilience alimentaire dans les communautés.

Athanasios Mihou
Geoffroy Renaud-Grignon
Enseignants en gestion et technologies d’entreprise agricole, profil Agriculture urbaine
Institut national d’agriculture biologique du Cégep de Victoriaville