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Lorsque la vache porte des jumeaux de sexe opposé, les placentas communiqueront, permettant le passage des hormones du mâle vers la femelle. Photo : Gracieuseté de Marianne Moreau

Lorsque la vache porte des jumeaux de sexe opposé, les placentas communiqueront, permettant le passage des hormones du mâle vers la femelle. Photo : Gracieuseté de Marianne Moreau

L’infertilité des génisses free-martin

Le phénomène est bien connu des producteurs laitiers : lorsqu’une vache met bas des jumeaux de sexe opposé, la femelle est infertile dans 95 % des cas. Comment expliquer cette singularité? La réponse est… dans les hormones!

Initialement, les fœtus mâle et femelle sont identiques. Leurs gonades ont la capacité de se transformer soit en testicules, soit en ovaires, selon le chromosome sexuel hérité du spermatozoïde. Un chromosome Y provoquera la transformation des gonades en testicules; un chromosome X entraînera la transformation des gonades en ovaires.

De plus, chez tous les fœtus, qu’ils soient mâles ou femelles, deux paires de canaux apparaîtront : les canaux mâles, permettant de former l’épididyme, le canal déférent et les glandes annexes, et les canaux femelles, permettant de former les oviductes (trompes de Fallope chez la femme), l’utérus et une partie du vagin. Mais si les fœtus des deux sexes possèdent initialement les canaux mâles et femelles, pourquoi les mâles n’ont-ils pas d’utérus et pourquoi les femelles n’ont-elles pas d’épididyme?

Lorsque la gonade se transforme en testicule, deux hormones seront sécrétées : la testostérone, qui stimulera le développement des canaux mâles, et l’AMH – ou hormone antimüllerienne – qui dégradera les canaux femelles. Pour ce qui est de la femelle, l’ovaire ne sécrète ni testostérone ni AMH. L’absence de testostérone empêchera le développement des canaux mâles, qui se dégraderont, alors que l’absence d’AMH permettra aux canaux femelles de se développer pour former l’utérus.

Un développement fortement transformé

Mais que se passe-t-il lorsque la vache porte des jumeaux de sexe opposé? Les placentas des jumeaux communiqueront, permettant le passage des hormones du mâle vers la femelle. Rien n’entravera le développement du mâle; cependant, celui de la femelle sera fortement transformé par les hormones que sécrète son frère jumeau. La testostérone assurera le maintien de ses canaux mâles, tandis que l’AMH provoquera une dégradation importante de ses canaux femelles.

Lorsqu’on procède à un examen génital de la génisse free-martin, dans la grande majorité des cas, la vache présente un phénotype masculinisé. La vulve est petite et souvent poilue, alors que le clitoris est très gros – il se serait développé pour former le pénis chez le mâle. L’utérus, s’il est présent, est très peu développé. Les vésicules séminales, glandes qui assurent la production du sperme chez le mâle, peuvent être observées. L’ovaire est non fonctionnel et l’on remarque souvent un épididyme rudimentaire à sa surface. Ainsi, quand des jumeaux mâle et femelle naissent, la génisse sera généralement réformée, puisqu’elle sera presque assurément infertile.

Chez la femme

Maintenant, pourquoi est-ce qu’on ne trouve pas de jeunes filles infertiles à la suite d’une grossesse gémellaire de sexe opposé chez la femme? Heureusement, le placenta des femmes est très différent et la communication entre les placentas de jumeaux non identiques ne sera pas établie. La testostérone et l’AMH produites par le garçon ne traverseront donc pas jusqu’à sa sœur, empêchant la manifestation des effets négatifs observés chez les génisses.

En somme, ce sont les hormones qui nous façonnent! Elles agissent non seulement sur notre développement pour déterminer notre sexe, mais aussi de manière quotidienne sur notre corps et notre cerveau pour modeler ce que nous sommes.

Des capsules de l’auteure traitant de reproduction, d’embryologie, d’anatomie et d’histologie (humaines et animales) sont également accessibles au https://www.facebook.com/sara.scantland.9

Sara Scantland, professeure en gestion et technologies d’entreprise agricole, Institut de technologie agroalimentaire, campus de Saint-Hyacinthe