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L’étude des milieux humides pour comprendre les sols

Si les basses terres de la vallée du Saint-Laurent sont aussi fertiles, c’est notamment parce que les sols y sont riches en nutriments, car ils ont longtemps été recouverts de milieux humides.

Formés à la fin de la dernière période glaciaire, ces marécages et tourbières ont en effet eu des milliers d’années pour décomposer les matières organiques, rappelle Tim Moore, professeur au Département de géographie de l’Université McGill.

C’est pourquoi certaines des terres agricoles les plus productives du Québec se trouvent sur d’anciens marécages convertis en sols cultivables. Les tourbières encore humides sont quant à elles exploitées pour produire des substrats de culture, utilisés autant pour l’agriculture industrielle que pour le jardinage domestique.

Terres humides riches en carbone

Mais si cette richesse en nutriments se traduit par un grand potentiel agricole, elle vient aussi avec un prix, note le spécialiste de la science des sols, qui étudie les milieux humides d’ici et d’ailleurs depuis près d’un demi-siècle. « Quand on traite avec des terres humides, on traite avec des sols contenant beaucoup de carbone. »

Or, lorsqu’on assèche trop les terres humides, le carbone séquestré dans le sol tend à s’oxyder et à être relâché dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone. À l’inverse, des sols saturés d’eau entraînent la décomposition de matières organiques responsable d’émissions de méthane, un autre gaz à effet de serre.

Une ressource non renouvelable

Le défi est donc « de trouver le point d’équilibre idéal », indique le professeur. « C’est un peu un jeu de yin et de yang. » Si, par exemple, le drainage de milieux humides a permis l’expansion agricole des dernières décennies, l’irrigation des cultures nécessite aujourd’hui des infrastructures complexes de gestion des eaux. Par ailleurs, contrairement aux tourbières qui peuvent se rétablir en quelques décennies lorsqu’elles ont été exploitées correctement, les marais asséchés « ne sont pas une ressource renouvelable », souligne le chercheur. Il plaide donc, quand c’est possible, pour le maintien et la restauration de petits milieux humides en zone agricole.

En plus de stocker du carbone, ces « poches » naturelles peuvent servir à la rétention du phosphore, du nitrate et des autres nutriments contenus dans les engrais, et ainsi prévenir la pollution des eaux de surface. 

Milieux humides à risque

Au Canada, dans les zones habitées, 70 % des milieux humides ont été détruits ou dégradés. En zone rurale, le drainage agricole est l’un des principaux facteurs de leur dégradation.

Simon Van Vliet, Agence Science-Presse