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Parcelle de niébé (Vigna unguiculata) dans la 4e section communale de Saint-Marc, Haïti. Photo : Équipe du projet AKOSAA de l’Université Laval

Parcelle de niébé (Vigna unguiculata) dans la 4e section communale de Saint-Marc, Haïti. Photo : Équipe du projet AKOSAA de l’Université Laval

L’agriculture haïtienne, entre réalité et mirage : des leçons pour ici?

Banane, canne à sucre, manioc, mais aussi maïs, haricot et tomate… L’agriculture d’Haïti présente bien des différences avec la nôtre, mais également certaines ressemblances.

Comme c’est le cas chez nous, Haïti s’est construit par l’agriculture. Là-bas, toutefois, la transition vers une économie dominée par l’industrie et le secteur des services n’est pas encore complétée. Près de la moitié de la population vit en zone rurale et les superficies cultivées occupent plus de 20 % de la superficie totale du pays.  

Comment expliquer, dans ces conditions, que plus de 50 % de la population soit confrontée à l’insuffisance alimentaire? Les droits d’importation de nombre de produits agricoles ont été réduits à un niveau très faible et le gouvernement applique depuis les années 1990 une politique favorable aux importations. Non seulement cette stratégie fragilise-t-elle la capacité de production locale, mais elle rend aussi le pays vulnérable aux fluctuations des prix internationaux. On aurait tort, cependant, de rendre la libéralisation des marchés seule responsable de la faiblesse constatée de l’agriculture haïtienne.

Dans les faits, d’autres facteurs défavorables pèsent plus lourdement encore : insuffisance des infrastructures, en particulier routes et réseaux d’irrigation; cherté et rareté de l’énergie; dégradation des sols et impréparation face aux changements climatiques; inefficacité des réseaux de distribution et absence de valeur ajoutée pour les produits vendus à la ferme; parcellarisation extrême des terres et faiblesse des droits cadastraux; carences du système éducatif; absence presque totale de conseil et de recherche agronomiques; inégalité entre les femmes et les hommes.

Heureusement, une prise de conscience, manifeste à tous les niveaux du réseau agricole, laisse entrevoir que des solutions existent. Elles seront appliquées dans la mesure où les acteurs de ce réseau, depuis les producteurs et productrices jusqu’aux chercheurs universitaires et aux planificateurs des ministères, s’entendront sur des objectifs réalistes et des moyens d’action adaptés. Dans la mesure aussi où une solidarité s’établira entre eux et les amènera à ne compter que sur eux-mêmes. L’agriculture et ceux qui la pratiquent sont le ciment de l’identité haïtienne. N’est-ce pas la même chose chez nous?

Le Canada et Haïti, une longue histoire d’amitié

De nombreux liens, relatifs à l’histoire des pays comme à celle des personnes, unissent Haïti et le Canada. Présente en Haïti depuis plus de 40 ans, l’Université Laval contribue de nombreuses façons à entretenir cette longue et féconde amitié. Depuis mars 2013, elle a pignon sur rue dans la Commune de Saint-Marc, située à une centaine de kilomètres au nord de la capitale haïtienne. Elle y met en œuvre le projet AKOSAA, axé sur la production végétale, l’appui aux coopératives agricoles, la santé nutritionnelle et la formation universitaire en agriculture et en nutrition. Cette initiative multidisciplinaire mobilise cinq facultés de l’Université Laval et plusieurs partenaires haïtiens et canadiens. Bénéficiant de l’appui d’Affaires mondiales Canada, le projet AKOSAA associe agriculture et nutrition pour contribuer à l’accroissement de la sécurité alimentaire et de la santé nutritionnelle à Saint-Marc et dans tout Haïti.