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Premier site de la forêt nourricière de l’Institut national d’agriculture biologique implanté en 2017. Photo : Archives/TCN

Premier site de la forêt nourricière de l’Institut national d’agriculture biologique implanté en 2017. Photo : Archives/TCN

La forêt nourricière : un concept inspiré et inspirant

Au Québec, notre lien avec la forêt est fort. Le mot lui-même évoque plusieurs sentiments. À leur arrivée sur le territoire qui allait devenir notre pays, les premiers colons y ont découvert de la forêt à perte de vue. Pas de prairie ni de plaine ou de désert, que de la forêt. C’est grâce à cette forêt que l’on a pu construire nos premières habitations, nous alimenter, nous abreuver d’une eau propre et fraîche, nous chauffer et même nous soigner.

Cependant, la forêt engendre aussi d’autres sentiments, comme la peur. À une époque pas si lointaine, mon grand-père, comme de nombreux hommes, partait bûcher tout l’hiver dans un camp pour ne revenir qu’au printemps. Ils n’avaient pas le choix. Les chemins n’étaient pas déneigés jusqu’au camp. Pour nos ancêtres, la forêt a déjà été symbole de labeur et de misère. Ma grand-mère (celle qui a épousé le bûcheron) se souvient d’être arrivée avec sa famille et tous leurs bagages au bout d’un chemin et avoir dû couper les arbres et défricher la terre pour finalement construire ce qui allait devenir la maison familiale. La forêt et les Québécois sont liés; c’est codé dans leur ADN.

Un modèle à répliquer

Encore aujourd’hui, cette forêt nous interpelle et nous inspire. Dernièrement, un concept innovateur et pourtant millénaire, celui de la forêt nourricière, gagne en popularité. Ce mode de culture est décrit par plusieurs auteurs partout dans le monde, dont Martin Crawford, Dave Jacke et Geoff Lawton pour ne nommer que ceux-ci. Selon Wen Roland, « la forêt nourricière est une méthode de jardinage s’inspirant de la forêt naturelle ». Que l’on parle de forêt-jardin, de forêt comestible (food forest, edible forest ­garden) ou de forêt nourricière, le concept est le même : la forêt devient le modèle à étudier, à répliquer. C’est une approche écosystémique de gestion d’une parcelle cultivée et entretenue. Afin d’optimiser l’utilisation de chaque espèce, on ­maximise la diversité dans la parcelle : arbres, arbustes, vivaces, plantes grimpantes, couvre-sol, etc. On génère ainsi un écosystème complexe et résilient. On pourrait dire que c’est de l’agroforesterie, de l’agroécologie ou que c’est inspiré de la permaculture. C’est tout ça, en fait ! Faire de l’agriculture en s’inspirant de la forêt est un concept intéressant, non? Pas étonnant que cette façon de faire interpelle la relève agricole.

En regardant les nouvelles, on comprend vite qu’il y a beaucoup à faire en matière de préservation de l’environnement et de régénération des ­écosystèmes. L’agriculture peut y contribuer positivement, et ça, nos élèves l’ont compris. Plusieurs avouent même avoir choisi ce domaine davantage pour des raisons idéologiques.

Ces manières de cultiver la terre nous inspirent puisqu’elles redéfinissent notre rapport à la nature, elles nous ramènent à la forêt. Les Autochtones ont transmis aux premiers colons tous ces savoirs et cette relation avec la forêt. Celle-ci est nourricière; c’est en nous, codé quelque part. C’est en fait notre précieux patrimoine qui nous sert aujourd’hui de modèle.

PHILIPPE FRANCK-IMBEAULT, enseignant en Gestion et technologies d’entreprise agricole à l’Institut national d’agriculture biologique et chercheur au Centre d’innovation sociale en agriculture
Avec la collaboration de Sylvie Courchesne, assistante chargée de projet au Centre ­d’innovation sociale en agriculture