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Ces parcelles de semis de maïs-grain sont soumises à différents traitements fertilisants sur le site expérimental du Emile A. Lods Agronomic Research Centre, à Sainte-Anne-de-Bellevue. Photo : Chih-Yu Hung

Ces parcelles de semis de maïs-grain sont soumises à différents traitements fertilisants sur le site expérimental du Emile A. Lods Agronomic Research Centre, à Sainte-Anne-de-Bellevue. Photo : Chih-Yu Hung

La fertilisation des grandes cultures avec des déchets

« Les restes de table, les rebus de jardinage et les boues d’épuration des eaux usées sont des déchets de valeur qui peuvent enrichir le sol des champs agricoles et remplacer une partie des engrais synthétiques », soutient Joann Whalen, du département des sciences des ressources naturelles de l’Université McGill.

Joann Whalen

Joann Whalen

La chercheuse collabore avec l’Université de Waterloo, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et des partenaires industriels pour démontrer le potentiel fertilisant et écologique de ces matières résiduelles et les détourner des sites d’enfouissement. Son projet est d’autant plus important que, dès cette année, en vertu de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, les municipalités n’auront plus le droit d’enfouir de la matière organique.

Une deuxième vie pour la matière organique

C’est ainsi qu’à Montréal, il y a un programme de compostage obligatoire. La Ville récupère la matière organique de la population pour la convertir en compost prêt à utiliser dans les jardins ou les champs. Une partie des résidus alimentaires et des boues d’épuration est également envoyée dans une usine de biométhanisation. Un réacteur digère alors la matière en l’absence d’oxygène pour produire du méthane qui est ensuite utilisé comme source d’énergie. Le sous-produit de cette fermentation, appelé digestat, est riche en potassium, en azote et en carbone, des éléments nutritifs essentiels aux plantes.

Sur des sites expérimentaux près de Waterloo et sur les terres du campus Macdonald de l’Université McGill, Joann Whalen et son équipe comparent le pouvoir fertilisant du compost, du digestat issu de la biométhanisation et des boues d’épuration traitées avec celui des engrais actuellement utilisés dans les champs agricoles. « Nous avons fait des analyses sur des cultures de maïs-grain et de soya, révèle l’agronome. Nous allons poursuivre avec le blé d’hiver cette année », indique-t-elle.

Selon les résultats préliminaires, toutes les cultures, peu importe la matière fertilisante utilisée, ont très bien poussé. « Les rendements du compost, du digestat et des boues d’épuration se comparent à ceux des engrais synthétiques, indique la chercheuse. Le digestat a toutefois une valeur ajoutée, soit de restocker du carbone dans le sol et d’émettre moins d’oxydes nitreux qui participent à l’augmentation des gaz à effet de serre ». Elle signale d’ailleurs que les producteurs qui séquestrent du carbone dans le sol sont éligibles à recevoir des crédits compensatoires en vertu du Système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre du Québec.

Les chercheurs sont présentement en discussion avec le MAPAQ pour produire un guide sur les matières fertilisantes disponibles et les quantités à appliquer pour accroître la séquestration du carbone et ainsi réduire les émissions des gaz à effet de serre.

Recycler la matière organique

L’enfouissement de la matière organique, comme les boues d’épuration ou les résidus alimentaires, génère du méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO2. L’incinération n’est pas une meilleure option puisqu’elle dégage des oxydes nitreux (N2O), un gaz à effet de serre 298 fois plus puissant que le CO2.

Nathalie Kinnard, Agence Science-Presse