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Pourquoi un haricot d’une maturité de 58 jours prend-il 71 jours pour atteindre sa maturité? L’auteure s’est penchée sur la question avec un groupe d’étudiants du Collège Lionel-Groulx. Photo : Archives/TCN

Pourquoi un haricot d’une maturité de 58 jours prend-il 71 jours pour atteindre sa maturité? L’auteure s’est penchée sur la question avec un groupe d’étudiants du Collège Lionel-Groulx. Photo : Archives/TCN

Et si la maturité était comptabilisée en degrés-jours?

Plusieurs producteurs passent par le stade « apprentissage » en production maraîchère. Même avec une planification soignée des besoins en légumes pour une saison donnée, la plupart, à un moment ou à un autre, sont confrontés à cette réalité : la théorie versus la pratique.

Prenons par exemple la planification d’un semis de haricot d’une maturité de 58 jours (donnée du catalogue de semenciers). Notre « nouveau » producteur prend la décision d’effectuer son semis le 17 mai; il a donc prévu en faire la récolte le 14 juillet, soit 58 jours après la date de semis. Surprise! La récolte ne débute que le 27 juillet.

Pourquoi un haricot d’une maturité de 58 jours prend-il 71 jours pour atteindre sa maturité? C’est justement sur cette question que je me suis penchée avec un groupe d’étudiants en technologie de la production horticole et de l’environnement (TPHE) du Collège Lionel-Groulx. En analysant l’historique des données agrométéorologiques des dernières décennies, notre attention s’est portée sur la Somme des degrés-jours en fonction des températures seuils de 5 °C, 10 °C et 13 °C; cela a piqué notre curiosité.

Mais qu’est-ce que la somme des degrés-jours? C’est la somme qui représente l’accumulation journalière des températures résiduelles au-dessus du seuil choisi; le seuil choisi étant la valeur en dessous de laquelle aucune croissance n’est possible. Ainsi, certains seuils ont été établis pour les légumes.

En reprenant l’exemple de notre haricot 58 jours, nous avons procédé à plusieurs semis consécutifs. Notre protocole expérimental consistait à noter les dates de semis et les dates du début des récoltes. Ensuite, pour chacun des semis effectués et à l’aide d’une station météo, nous avons consigné toutes les températures minimales et maximales se situant entre ces dates (semis et début récolte).

En calculant la température moyenne journalière et en soustrayant la température seuil, c’est-à-dire 10 °C, nous avions donc les degrés-jours journaliers. Et quelle n’a pas été notre surprise lors de la sommation de tous ces degrés-jours! La somme se situait toujours entre 529 et 532 degrés-jours, peu importe que la maturité réelle soit de 55, 65 ou de 71 jours.

En bref, ce projet nous a révélé :

  • que les degrés-jours reflètent davantage la maturité;
  • qu’il ne sert à rien d’implanter trop rapidement les légumes de climat chaud en début de saison, car à moins qu’on ait installé des bâches de protection, ils n’arriveront pas à maturité plus rapidement. Il serait même plus judicieux de prendre ce temps pour effectuer des faux semis supplémentaires afin de favoriser la répression des mauvaises herbes;
  • que les données historiques ont encore leur place dans le processus d’amélioration des connaissances. 

Christine Lavoie, enseignante en technologie de la production horticole et de l’environnement