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L’équipe de recherche de l’Université McGill et de l’Université nationale de Colombie. Photo : Laboratoire d’Hugo Melgar-Quinonez

L’équipe de recherche de l’Université McGill et de l’Université nationale de Colombie. Photo : Laboratoire d’Hugo Melgar-Quinonez

Des super patates découvertes en Colombie

Entre 12 et 14 millions de Colombiens consomment depuis peu trois super variétés de pommes de terre à chair jaune provenant des terres reculées de la cordillère des Andes. Pourtant, rien ne prédestinait ces patates à se retrouver dans autant d’assiettes.

Avant d’être reconnues pour leur haute valeur nutritive – forte teneur en fer, en zinc, en fibres, en protéines et en polyphénol –, leur productivité supérieure et leur grande résistance à la sécheresse et aux maladies, elles faisaient partie des 3 000 variétés de patates cultivées par les paysans autochtones pour les besoins alimentaires de leurs familles.

Ce sont des chercheurs de l’Université McGill et de l’Université nationale de Colombie, en collaboration avec des fermiers, qui ont identifié les trois tubercules.

« Nous voulions trouver des variétés nutritives qui s’adapteraient bien aux changements climatiques et qui pourraient permettre aux paysans de tirer plus de revenus de leurs cultures », explique Hugo Melgar-Quinonez, directeur de l’Institut pour la sécurité alimentaire mondiale à l’Université McGill.

Faire rayonner les patates

Devant la qualité de ces pommes de terre, les chercheurs ont pensé qu’il serait bien d’en faire profiter tout le pays. Mais comment? L’éloignement des communautés, la taille réduite de leurs terres cultivables et l’inexistence d’infrastructures de transport ne permettent pas de desservir les millions d’habitants de Bogota, la métropole la plus proche.

Pourquoi ne pas exporter les semences, dans ce cas? « Cette option nous paraissait faisable, mais pas sans défis », explique Hugo Melgar-Quinonez. Pour vendre des semences à de grands producteurs, il faut qu’elles soient certifiées. Les chercheurs ont donc accompagné les paysans dans ce long processus, d’autant plus difficile que leurs communautés n’ont pas les moyens de passer par un laboratoire, comme on le fait au Canada. Les fermiers ont dû apprendre comment manipuler leurs semences avec soin, contrôler leur taille et garder les pathogènes à distance. Les chercheurs et les paysans ont ensuite travaillé à convaincre tout le réseau agroalimentaire de la qualité de leurs semences et de leurs pommes de terre.

« Notre projet a été un grand succès, se réjouit aujourd’hui le chercheur. La sécurité alimentaire et les revenus des petites communautés ont augmenté, l’impact a été bénéfique sur la nutrition des enfants et beaucoup de femmes ont été impliquées dans le processus. »

Après deux ans de recherche, les trois super patates occupent déjà 16 % des terres consacrées à la culture de pommes de terre à chair jaune en Colombie.

Place aux femmes

Le projet de recherche a fait une grande place aux femmes, qui ont participé à toutes les étapes, de la sélection des tubercules à la commercialisation. Une centaine de femmes (sur 300 participants) ont aussi été formées dans l’une des écoles de gestion mises sur pied par le professeur Melgar-Quinonez et ses collègues.

Nathalie Kinnard, Agence Science Presse