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Cette culture d’herbacée est dédiée à la production de biocarburant, au centre de recherche en agronomie Emile A. Lods situé sur le campus Macdonald, à Sainte-Anne-de-Bellevue. Photo : Keomany Ker

Cette culture d’herbacée est dédiée à la production de biocarburant, au centre de recherche en agronomie Emile A. Lods situé sur le campus Macdonald, à Sainte-Anne-de-Bellevue. Photo : Keomany Ker

Des microbes au service du biocarburant

« Les cinq premiers centimètres du sol agricole sont précieux, car ils abritent 75 % des microbes associés aux plantes », explique Donald Smith, professeur au Département des sciences végétales de l’Université McGill. Et cette communauté microbienne accomplit bien des tâches : elle recycle les nutriments, contrôle les maladies, réduit le CO2 atmosphérique, bonifie la structure du sol, retient une partie de l’eau et, ce faisant, constitue l’une des clés pour produire écologiquement davantage de biocarburants.

Donald Smith

Donald Smith

Le professeur Smith, qui dirige également le réseau de recherche BioFuelNet Canada, scrute donc le microbiome végétal à la recherche de microbes ou de composés microbiens pouvant stimuler les cultures destinées à la production de biocarburants comme l’éthanol et le biodiésel.

Énergie verte

« Les biocarburants sont écologiques, car ils émettent beaucoup moins de gaz à effet de serre que l’essence et ils sont produits à partir de résidus agricoles ou forestiers », explique le chercheur.

Afin d’éviter de concurrencer la production alimentaire — comme ce fut le cas avec les biocarburants de première génération, les producteurs tentent de faire pousser sur des terres impropres à la culture commerciale des plantes (par exemple, des herbacées) qui serviront à la production de biocarburants.
« C’est tout un défi, mentionne Donald Smith. Il y a de gros problèmes de productivité, car les plants doivent croître dans des sols moins riches, plus secs ou, inversement, moins bien drainés. »

Le spécialiste de l’interaction plantes-microbes pense que le microbiome végétal peut propulser le rendement de ces cultures. « Ce serait également une façon de rendre la production de biocarburants plus rentable et de compétitionner le prix de l’essence. » En effet, parmi les obstacles qui barrent la route à l’essor des biocarburants, il y a la baisse du prix du pétrole ces dernières années.

Les microbes à la rescousse

En laboratoire et sur le terrain, le chercheur et son équipe étudient ainsi le microbiome de plantes dites robustes et caractérisent les souches qui ont le potentiel de lutter contre les pathogènes et de stimuler la croissance des cultures dédiées aux biocarburants. Ils ont aussi isolé des microbes candidats provenant de plants de maïs et de patates.
« Nous avons également regardé du côté des souches microbiennes déjà commercialisées et utilisées pour augmenter le rendement des cultures commerciales », ajoute-t-il.

Le scientifique teste actuellement sur des sols pauvres le pouvoir des différents microbes et composés microbiens identifiés par son équipe. « Les souches retenues pourront également être appliquées dans les champs agricoles alimentaires pour faire face, notamment, aux sécheresses liées aux changements climatiques », conclut-il.

Du biocarburant zéro émission?

Les biocarburants traditionnels, faits à base de végétaux alimentaires, émettent de 40 à 80 % moins de gaz à effet de serre (GES) que l’essence ou le diésel. Selon Ressources naturelles Canada, pour les biocarburants avancés, produits à partir de résidus agricoles, forestiers ou ménagers, on parle de 100 % moins de GES, en prenant en considération l’ensemble du cycle de vie.

Nathalie Kinnard, Agence Science Presse