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Dans des endroits peu propices à l’agriculture, comme l’Arctique canadien, on pourrait cultiver ses propres laitues et choux grâce à un mur végétal en béton. Photo : Agence Science-Presse

Dans des endroits peu propices à l’agriculture, comme l’Arctique canadien, on pourrait cultiver ses propres laitues et choux grâce à un mur végétal en béton. Photo : Agence Science-Presse

Des légumes cultivés sur du béton

Faire pousser des végétaux sur du béton? C’est possible, pratique et même très esthétique. Mark Lefsrud et son équipe, les chercheurs Sadie Moland et Intisar Syed Mahood, du Département de génie en bioressources de l’Université McGill, ont développé un mur végétal vertical nouveau genre : tomates, chou frisé, laitues et épinards poussent, non pas dans la terre, mais dans du béton poreux biocompatible.

Ce substrat horticole original n’est pas encore commercialisé, mais il fait ses preuves depuis trois ans dans les serres de l’université. « Nos rendements équivalent à ceux de la culture en sol à hauteur de 80 à 100 % », confirme le chercheur.

Le concept : des tubes en polychlorure de vinyle, communément appelé PVC, sont remplis de béton poreux sur lesquels sont ensemencées des graines. Les tubes de PVC sont ensuite eux-mêmes entourés de béton pour créer une structure qui sert de support. Le tout est alimenté en eau par un système hydroponique.

Pour obtenir le substrat parfait, les chercheurs ont concocté une recette de béton à base de résidus industriels et de matières recyclables. Pour ce faire, ils ont testé une variété de matériaux liants (la « colle » qui sert à agglomérer les particules) et plusieurs tailles d’agrégats. Ils ont également abaissé le pH de la mixture à près de 8, le taux d’alcalinité qui a donné les meilleurs rendements horticoles.

Après quelques tests, les végétaux comme le radis, le trèfle ou l’herbe poussent comme s’ils étaient en terre. « On a remarqué que notre substrat de béton poreux devient même plus performant chaque fois qu’on l’ensemence », confie Mark Lefsrud.

Étonnamment, le chercheur n’a obtenu aucun succès avec les betteraves. « On travaille avec nos partenaires, Cemex, un manufacturier mondial de béton, et Innovertec, une jeune entreprise spécialisée dans les toits verts, les murs végétaux et les technologies horticoles, pour en comprendre la raison. »

Bientôt sur le marché

Le mur végétal est maintenant en phase de commercialisation auprès des architectes et des ingénieurs. Le chercheur pense que l’on pourra utiliser son modèle pour faire pousser des plantes dans les endroits peu propices à l’agriculture, comme le Grand Nord canadien. Et pourquoi pas pour reverdir les villes ! « On peut aussi l’employer pour faire de l’agriculture urbaine sur des façades de bâtiments, des routes, des murs intérieurs, bref, tout ce qui n’est pas une structure de support, comme un pont par exemple, car le béton poreux n’est pas tout à fait aussi solide que le béton structurel. »

Inspiré par le style élégant de sa réalisation, Mark Lefsrud a conçu une version miniature de type pot de fleurs dans lequel sont insérés des blocs de béton poreux. « Ce projet n’est pas terminé, mais il sera destiné à la décoration intérieure pour verdir un bureau, une table ou tout autre meuble. » 

Les défis de l’agriculture urbaine

Pour cultiver en ville, il faut trouver un substrat qui génère un bon rendement horticole couplé à un système hydroponique. Actuellement, c’est la laine minérale qui est largement utilisée, mais elle n’est pas biodégradable et perd son rendement après deux utilisations.

Nathalie Kinnard, Agence Science-Presse