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Les locations par l’intermédiaire de la plateforme Airbnb créent une pression sur le parc locatif en milieu rural ainsi que sur certaines terres agricoles. Photo : Archives TCN

Les locations par l’intermédiaire de la plateforme Airbnb créent une pression sur le parc locatif en milieu rural ainsi que sur certaines terres agricoles. Photo : Archives TCN

Airbnb, une menace pour le monde rural?

Le nombre de logements inscrits sur la plateforme Airbnb ainsi que les revenus générés par les locations augmentent beaucoup plus rapidement en milieu rural qu’en milieu urbain, souligne la dernière étude de David Wachsmuth, professeur d’urbanisme à l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gouvernance urbaine. À titre d’exemple, alors que le nombre d’inscriptions a augmenté de 25 % en 2018 dans les grandes villes canadiennes, il s’est accru de 44 % dans les communautés rurales.

David Wachsmuth, professeur d’urbanisme

David Wachsmuth, professeur d’urbanisme

Airbnb permet à des propriétaires de louer une chambre ou encore une résidence afin de profiter d’un revenu d’appoint. Dans les faits, le marché est dominé par une poignée d’exploitants commerciaux qui ne suivent pas les règles de l’hôtellerie et qui convoitent les terres agricoles pour construire de nouveaux logements à louer, soutient le chercheur.

Selon son étude, presque la moitié des revenus générés l’an dernier sur Airbnb au Canada l’ont été par quelques exploitants commerciaux qui gèrent plusieurs logements.

Cette situation inquiète le chercheur, qui craint une crise du logis dans les régions rurales. En effet, les logements loués aux touristes sont souvent retirés du parc locatif résidentiel. De surcroît, la location temporaire fait augmenter le prix des loyers dans certaines régions.

« Les gens qui travaillent et vivent à Mont-Tremblant, par exemple, ont de la difficulté à se trouver un logement à bon prix, à cause de la location Airbnb », témoigne M. Wachsmuth.

Pas facile à gérer

Pour les petites municipalités rurales, Airbnb peut représenter un réel casse-tête. D’une part, l’activité hôtelière locale souffre de la popularité de cette plateforme, dont les prix sont attirants. D’autre part, l’activité économique générale de la région y trouve son compte quand une petite localité attire beaucoup de touristes grâce à une bonne offre de locations privées à court terme. « C’est bien d’augmenter le tourisme, sauf si cela met de la pression sur l’accès au logement et sur le territoire agricole », prévient le professeur.

Fin 2019, le Québec a imposé quelques règles aux locateurs, comme le prélèvement de la taxe sur l’hébergement de 3,5 %. Les propriétaires qui veulent louer leur résidence ou leur logement doivent aussi obtenir un numéro d’enregistrement et le mentionner dans leur annonce en ligne. Pour louer une résidence secondaire, ils doivent par ailleurs obtenir une classification touristique et l’afficher devant l’immeuble, car cette activité est maintenant perçue comme commerciale.

David Wachsmuth voit d’un bon œil cette nouvelle réglementation. Il déplore cependant qu’on laisse aux petites municipalités le fardeau d’imposer ou non d’autres règlements, comme celui de limiter le nombre de jours de location par année. Il souhaite que le gouvernement aide davantage les régions rurales à bien analyser la pression économique de ce marché d’hébergement à court terme sur les terres agricoles. 

Des maisons à vocation touristique

L’étude de David Wachsmuth a permis de mieux cerner le phénomène de la location temporaire de résidences au Canada. Il en ressort notamment que 31 000 maisons entières ont été louées assez souvent l’année dernière sur Airbnb pour ne plus permettre à des résidents permanents d’y habiter.

Nathalie Kinnard, Agence Science-Presse