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Depuis plus de 20 ans, l’Université Laval diplôme deux fois plus de femmes que d’hommes en agronomie. Crédit photo: FSAA

Depuis plus de 20 ans, l’Université Laval diplôme deux fois plus de femmes que d’hommes en agronomie. Crédit photo: FSAA

Qui a dit que l’agronomie n’était pas une affaire de filles?

Un producteur agricole que nous visitions récemment avec des étudiants en agronomie m’a déclaré, un peu surpris : « Il n’y a pas beaucoup de garçons dans votre groupe ! » 

En mars 2017, 40 % des 3 300 membres de l’Ordre des agronomes du Québec étaient des femmes. Quand on y regarde de plus près, on constate cependant que 58 % des agronomes de moins de 45 ans sont des femmes, mais que la représentation féminine est de seulement 27 % chez les plus âgés. On peut presque dire « un vieil agronome » et « une jeune agronome ». 

Un peu d’histoire

C’est en 1963 que la première femme agronome au Québec a terminé ses études à l’Université Laval. La Révolution tranquille et l’émancipation des femmes ont amené une présence féminine beaucoup plus importante dans les universités et sur le marché du travail, mais pas de façon uniforme.

Les statistiques de diplomation en agronomie à l’Université Laval confirment la féminisation progressive d’une profession essentiellement masculine au départ. 

Lorsque j’ai terminé mes études en agronomie au début des années 1980, les femmes étaient encore minoritaires. Un vent de changement était perceptible, mais on comptait parmi nos finissants une seule femme pour deux hommes. Vers le milieu des années 1990, cette petite brise s’est changée en vent qui décoiffe. Le ratio hommes/femmes s’était inversé et depuis plus de 20 ans, nous diplômons deux fois plus de femmes que d’hommes. 

Pourtant, le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI) indique qu’entre 2004 et 2011, les femmes constituaient seulement le tiers des diplômés des programmes universitaires québécois en sciences pures et appliquées. Les rares programmes de ce type qui montrent une prédominance féminine sont principalement ceux qui touchent au vivant, soit les sciences biologiques et agricoles.

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Une carte rose

Je ne suis pas futurologue, mais quand un phénomène se produit depuis plus de 20 ans et qu’il ne montre pas de signes d’essoufflement, l’avenir est facile à voir. C’est donc sans trop de risques qu’à l’image d’une soirée d’élections, je vous annonce que la carte du Québec est complètement rose et que si la tendance se maintient, les femmes agronomes prendront le pouvoir sous peu avec un gouvernement majoritaire.

On dirait que la langue française avait prévu le coup puisque le mot agronome s’utilise aussi bien au féminin qu’au masculin, mais avec nos finissantes qui s’en viennent, vous êtes aussi bien de vous habituer à dire « une » agronome. Il ne faudrait donc pas vous surprendre si, lorsque vous demanderez à votre fille ce qu’elle veut faire plus tard, elle vous répond « agronome » ! Après tout, en 2018, c’est un métier féminin au Québec.  

Jean F. Bernier, Ph. D., agronome, Directeur du programme de baccalauréat en agronomie