Québec jardine aussi sur ses toits

Tel que publié dans La Terre de chez nous

Comme dans bien d’autres grandes villes du monde, l’agriculture urbaine fait des progrès remarquables à Québec.

L’agriculture urbaine connaît un essor particulier surtout depuis la création des Urbainculteurs en février 2009.

L’organisme à but non lucratif renseigne et guide les personnes et les groupes qui désirent jardiner en ville. Il leur fournit aussi, à des prix modiques, semences, compost, engrais et bacs. Ce savoir-faire et cette bonne volonté donnent des fruits appréciables. Les jardins bios se multiplient notamment dans les espaces libres du Vieux-Québec : parcs, cours, toits, terrasses, balcons, surfaces asphaltées, etc. Grâce à ces potagers adaptés aux besoins et à la nature de son milieu, le citadin n’a qu’à faire quelques pas et à tendre le bras pour cueillir les fruits, légumes, herbes fines et fleurs qu’il désire.

L’utile et l’agréable

« Le jardinier urbain fait pousser et mûrir ces produits dans son cadre de vie tout en l’embellissant. On ne peut mieux joindre l’utile à l’agréable », souligne Marie Eisenmann, cofondatrice des Urbainculteurs et communicatrice très active au service de l’agriculture urbaine.

Mme Eisenmann constate que les Urbainculteurs créent ou resserrent des liens sociaux. Leur action, d’ailleurs, se veut souvent bienfaisante. Par exemple, c’est pour alimenter sainement des sans-abri qu’ils ont aménagé un magnifique jardin sur l’un des toits de la maison d’accueil Lauberivière. Ils ont aussi créé un jardin de ce genre à La Butineuse, dans le quartier Vanier, en vue d’améliorer l’alimentation de familles défavorisées. Et c’est au profit des déshérités qu’ils restaurent les jardins de l’historique domaine Cataraqui. Dans le même esprit, à la Résidence Saint-Paul-Apôtre, les Urbainculteurs aident des personnes âgées à redécouvrir, même en fauteuil roulant, les joies du jardinage.

Cette activité écologique et socialement vivifiante intéresse aussi des entreprises. Elle verdit et fleurit les toits de plusieurs auberges et hôtels et apporte à leurs cuisines quantité de fruits et légumes frais. Elle enjolive le sommet de l’immeuble d’une grande société d’experts-conseils : Raymond Chabot Grant Thornton. Les employés de cette entreprise ajoutent ainsi à leurs collations quelques tranches de tomates ou de concombres fraîchement cueillis, ou encore quelques feuilles de laitue bien tendres. De plus, ils sucrent leur café ou leur chocolat chaud avec le nectar des fleurs environnantes. De leur fenêtre, ils voient s’affairer les abeilles. C’est à croire que ces butineuses rivalisent d’ardeur avec les Urbainculteurs eux-mêmes.

Le miel ruisselle donc dans plusieurs de ces jardins urbains. Il sert notamment à fabriquer les bières artisanales de la brasserie La Korrigane. De son côté, l’hôtel Château Laurier mettra en valeur son propre miel à l’occasion du symposium mondial Apimondia, qu’il accueillera en novembre.

La réglementation

L’apiculture est permise sur tout le territoire de Québec, pourvu que la présence des ruches ne gêne pas les habitants des environs. Tout autre élevage (volailles, lapins, etc.) ne peut cependant se pratiquer que dans les secteurs de la banlieue qui se trouvent encore en zone agricole. Quant à la culture des fruits et légumes, en pleine terre ou en bacs, elle est autorisée partout, sauf devant les maisons. Jacques Perron, du service des communications, affirme que la Ville reconnaît la valeur du jardinage urbain et qu’elle le favorise dans la mesure du possible.

Un patrimoine à conserver

N’empêche que l’administration municipale n’envisage pas, pour l’instant, de maintenir une zone potagère dans l’ancienne ferme de l’hôpital psychiatrique du secteur d’Estimauville. Des citoyens du quartier, regroupés au sein de l’organisme Valorisons SMA, ont pris sur eux de faire du jardinage en ces lieux, cet été, à titre d’essai. La Ville ne veut tolérer cette initiative au-delà des prochaines récoltes, car elle entreprend de convertir en un parc technologique cette terre de l’ancienne municipalité de Saint-Michel-Archange.

Les citoyens lui demandent d’intégrer à son projet le maintien du jardin communautaire, la création d’un centre d’interprétation de l’agriculture urbaine et l’aménagement de promenades bordées d’arbres fruitiers. Selon une porte-parole des intervenants, Mélissa Poirier, il importe de conserver un équilibre entre verdure et béton dans cet ancien secteur agricole promis à une urbanisation de qualité.