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« Le fait de ne pas se faire appeler [par des employés locaux] pour se faire dire : “J’ai mal aux cheveux”, ça vaut de l’or! » – Claire Desaulniers, productrice de lait de Saint-Tite. Crédit photo : Archives TCN

« Le fait de ne pas se faire appeler [par des employés locaux] pour se faire dire : “J’ai mal aux cheveux”, ça vaut de l’or! » – Claire Desaulniers, productrice de lait de Saint-Tite. Crédit photo : Archives TCN

Les travailleurs étrangers de plus en plus sollicités

SHAWINIGAN — Le nombre de producteurs qui embauchent des travailleurs étrangers temporaires (TET) a pratiquement doublé en un an, surtout dans les secteurs laitier et porcin. Ce constat, mis en lumière dans une nouvelle étude, témoigne de la pénurie de main-d’œuvre, certes, mais aussi d’un grave problème de fiabilité des candidats locaux recrutés.

L’étude sur les conditions de travail des employés en agriculture, réalisée par le Groupe Agéco pour le compte d’AGRIcarrières, a été dévoilée lors du colloque de l’organisme, le 6 février, à Shawinigan. L’enquête menée auprès de 741 exploitations en 2017 fait ressortir une tendance qui s’impose sans surprise dans le monde agricole : le recours accru aux TET.

S’il n’y avait que 12 % des producteurs laitiers qui employaient des TET en 2017, c’est plus d’une entreprise sur cinq (21 %) qui prévoyaient en engager en 2018 au moment de l’enquête. C’est la preuve « d’un recours croissant à ce bassin de main-d’œuvre dans un autre secteur que l’habituelle production maraîchère », peut-on lire dans le rapport. D’ailleurs, la proportion des exploitations serricoles qui prévoyaient recourir à ces travailleurs l’an dernier a légèrement augmenté (40 %), alors qu’elles étaient autour de 32 % en 2017.

Dans le secteur porcin, près du tiers des employeurs (32 %) déclaraient vouloir embaucher des TET en 2018, alors qu’ils n’étaient que 14 % à le faire en 2017. « Le besoin de main-d’œuvre est réel et il semble que de plus en plus d’éleveurs de porcs s’intéressent aux avantages que peuvent apporter [ces travailleurs] », souligne l’étude.

Chez AGRIcarrières, on voit le phénomène d’un bon œil. « Ça nous amène des bras qu’on n’aurait pas sinon, surtout dans les secteurs du lait et du porc », commente la directrice générale Geneviève Lemonde. Cette dernière évoque le témoignage des producteurs confrontés à des problèmes « de fiabilité et de cadence de travail » avec les travailleurs locaux, contrairement à ceux en provenance du Mexique ou encore du Guatemala.

Recrutement local ardu

Malgré les démarches pour embaucher des TET, les centres d’emploi agricole (CEA) ne délaissent pas le recrutement local. « Il y a quelques années, je recevais tellement de CV! Aujourd’hui, on n’est plus là du tout. Si je reçois une candidature intéressante aux deux jours, c’est beau », témoigne Stéphanie Vaugeois, conseillère en ressources humaines au CEA de la Mauricie. Cette dernière s’est même résignée à appeler tous les candidats, même si leur CV n’indique pas d’intérêt pour l’agriculture. « Je laisse la chance au coureur », affirme-t-elle.

La copropriétaire de la Ferme Pittet à Saint-Tite, Claire Desaulniers, ne compte plus le nombre de fois où des travailleurs locaux ne se sont jamais présentés pour leur première journée de travail. La vie de la productrice de lait a complètement changé depuis qu’elle accueille des travailleurs étrangers, malgré le fardeau administratif que cela peut générer.

Benoit Magny, de la Ferme Benjoporc, va même jusqu’à qualifier les employés locaux de « jetables ». « Ça rentrait, ça ne rentrait pas. J’étais à bout! Je trouvais ça extrêmement frustrant. Je leur offrais un travail à l’année, toujours de jour, à l’abri [des intempéries]. J’étais même prêt à les loger », soutient l’agriculteur de Sainte-Geneviève-de-Batiscan. Un scénario qui ne se reproduit plus depuis qu’il emploie des travailleurs guatémaltèques. « Ils sont présents tous les matins et sont motivés à faire un bon travail. Ce sont de vraies perles », témoigne-t-il.