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Après avoir fait enquête, le MAPAQ n’a pas détecté de signe de mauvais traitement animal. Photo : Gracieuseté de la Ferme Ste-Sophie

Après avoir fait enquête, le MAPAQ n’a pas détecté de signe de mauvais traitement animal. Photo : Gracieuseté de la Ferme Ste-Sophie

Des images d’animaux blessés comme levier de chantage?

Des images de vaches et des veaux mal en point provenant d’une ferme laitière du Centre-du-Québec ont été mises en ligne par l’organisme de défense des droits des animaux PETA, le 23 juillet. L’un des propriétaires de la Ferme Ste-Sophie, Jean-Guy Beaudet, assure que les séquences sont présentées hors contexte et qu’elles proviennent d’une ancienne employée frustrée de ne pas avoir été réintégrée au travail, après avoir été mise à pied pendant la pandémie.

La Ferme Ste-Sophie confirme que les images de la vidéo diffusée par PETA ont été tournées chez elle. Photo : Tirée de la vidéo diffusée par PETA

La Ferme Ste-Sophie confirme que les images de la vidéo diffusée par PETA ont été tournées chez elle. Photo : Tirée de la vidéo diffusée par PETA

« Elle n’a pas vraiment apprécié et s’est mise à nous faire des menaces et du chantage pour qu’on la reprenne, en laissant entendre qu’elle allait envoyer la vidéo », indique M. Beaudet, appuyant ses dires sur un échange de messages textes que La Terre a pu consulter. Malgré tout, l’ancienne employée, qu’on ne peut identifier pour l’instant, nie avoir fait du chantage pour être réengagée. Elle assure avoir préparé la vidéo bien avant sa mise à pied, et avoir parlé plusieurs fois aux propriétaires de la ferme de ses inconforts quant au traitement des animaux, depuis un an.

La publication sur la page Facebook de PETA, partagée plus de 1 800 fois en date du 5 août, montre par exemple un veau tremblant ou encore une vache couchée par terre et prise dans ses excréments « depuis deux jours », lit-on dans le texte qui accompagne la vidéo. De gros plans de pattes qui semblent infectées et irritées sont également présentés.

« En fait, ce sont des images de cas isolés qui ont été captées sur un an et demi. Lorsque l’employée trayait les vaches, elle en profitait pour repérer les problèmes, prendre des photos et nous les envoyer, ce qui nous permettait de réagir rapidement. Aucun animal n’a été laissé comme ça pendant des jours. Mais elle a utilisé ces photos pour faire un montage trompeur », se défend M. Beaudet, assurant qu’un dossier a été ouvert à la police, mais qu’aucune plainte formelle contre l’ex-employée n’a été portée pour menaces ou chantage. La Sûreté du Québec confirme avoir ouvert un dossier relevant du droit civil et impliquant la Ferme Ste-Sophie, le 24 juillet.

Des problèmes de dermatite digitale

En entrevue avec La Terre, l’ex-employée de la ferme s’est dite mal à l’aise depuis longtemps par la rudesse d’un confrère pour mener les vaches vers le carrousel de traite et du fait que la majorité des animaux seraient atteints de dermatite digitale, une maladie de pieds bovine aussi appelée piétin d’Italie. Selon elle, les propriétaires mettraient beaucoup trop de temps avant de soigner les pattes des animaux. Le tailleur d’onglons à la ferme Claude Labarre nuance de tels propos, assurant que la dermatite digitale est un problème courant dans les fermes laitières. « Je suis là tous les jours. Je peux donc m’occuper des infections de routine », dit-il. 


Le MAPAQ disculpe la ferme

Dans un rapport d’enquête datant du 14 mai dont La Terre a obtenu copie, le ministère de l’Agriculture du Québec (MAPAQ) conclut ne pas avoir « pu observer de problème particulier quant à la santé des animaux » à la Ferme Ste-Sophie après qu’une plainte de mauvais traitement eut été déposée à l’endroit de l’entreprise.

Bien que des problèmes de piétin d’Italie soient survenus « dans le passé », l’inspecteur note que des systèmes de bain de pieds ont été installés depuis, dans tous les parcs et au carrousel de traite. Il relève par ailleurs qu’un tailleur d’onglons est présent à la ferme chaque jour et qu’un vétérinaire visite les lieux toutes les trois semaines pour faire un suivi de routine du troupeau de 1 300 têtes et pour l’écornage des veaux. « Lorsque des employés remarquent des problèmes de patte sur une vache, lors de la traite, le numéro de cette dernière est inscrit sur un tableau pour qu’elle soit prise en charge le lendemain », peut-on également lire dans le rapport du MAPAQ.

Par ailleurs, l’inspecteur signale quelques inconvénients dans le système de nettoyage derrière les logettes et remarque qu’un bloc a été installé sous l’onglon d’une vache, lors de son passage, pour limiter l’appui sur une partie infectée après la taille et diminuer la douleur. Il ne détecte toutefois pas de signes de mauvais traitement animal, de façon générale.

Joint par La Terre, le MAPAQ indique que « différentes interventions ont été effectuées » en collaboration avec la ferme concernée et que « d’autres sont en cours ». Les Producteurs de lait du Québec, après enquête, confirment de leur côté n’avoir décelé « aucun problème » à la ferme. Quant à l’organisation PETA, elle assure avoir fait signer une déclaration sous serment au « lanceur d’alerte » qui lui a partagé la vidéo, pour s’assurer de la véracité des événements desquels il dit avoir été témoin. Avant la diffusion, l’organisme aurait tenté de rejoindre sans succès les propriétaires de la Ferme Ste-Sophie.

Enfin, PETA met en doute la valeur du rapport du MAPAQ, estimant que le rôle d’un tel ministère est de protéger l’agriculture animale.