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Aux fermes de petite taille de prendre leur place

Tel que publié dans La Terre de chez nous

LACHUTE — La propriétaire de l’Érablière du sanglier, Nathalie Kerbrat, crie sur tous les toits qu’il faut aider les fermes de petite taille.

Elle exhorte les autres petites exploitations à se joindre à sa voix afin que le milieu agricole connaisse leurs besoins.

Mme Kerbrat ne tient pas en place. En déambulant sur sa propriété, qu’elle surnomme « son petit paradis », elle parle de son métier avec ferveur. Arrivée devant l’enclos qui abrite la moitié de son cheptel de gibiers, elle s’arrête brusquement. « Elle est extraordinaire, elle sort déjà avec ses bébés, s’exclame-t-elle visiblement éblouie par l’exploit de sa femelle qui a mis bas il y a quelques jours. Après être pénétré à l’intérieur des clôtures, elle s’accroupit, grains à la main, en attendant que les petits animaux viennent se nourrir.

« J’ai acheté la ferme en 2006 et je suis tombée dans cette production comme Obélix dans la marmite », s’esclaffe la productrice de 52 ans. C’est pour que d’autres puissent vivre, comme elle, de leur passion, que Mme Kerbrat a décidé de s’impliquer pour faire connaître la réalité des fermes comme la sienne.

Depuis 2013, les entreprises de petite taille jouissent d’un siège au sein des syndicats locaux dans sa région. C’est à ce poste que la productrice a été élue en 2013 avant d’occuper les mêmes fonctions à la Fédération de l’UPA d’Outaouais-Laurentides. « C’est très important que les producteurs remplissent ces nouveaux sièges », lance Mme Kerbrat.

En plus de s’impliquer à la fédération régionale, la propriétaire de L’Érablière du Sanglier siège entre autres à la Table de concertation agroalimentaire des Laurentides et occupe le poste de présidente de la Fédération des éleveurs de grands gibiers du Québec. Pour elle, toutes les tribunes sont bonnes pour faire valoir les intérêts des fermes de petite taille. « Quand j’assiste à une rencontre à l’UPA [Union des producteurs agricoles], tout le monde sait que je représente aussi les petites entreprises, rigole Mme Kerbrat. Je m’assure de faire passer nos messages. »

Producteur à part entière

Les fermes de petite taille représenteraient 40 % des entreprises agricoles du Québec, explique la productrice en citant des statistiques de la Fédération de l’UPA d’Outaouais-Laurentides. Sur ce territoire, les propriétaires de 70 % des fermes de petite taille travailleraient à temps partiel dans leur exploitation, toujours selon ses dires. « La situation de ces exploitations est très peu connue », mentionne celle qui a possédé trois autres fermes tout en étant secrétaire et agente immobilière.
Si Nathalie Kerbrat souhaite que sa réalité soit connue des gros producteurs, elle est d’avis que les fermes plus petites doivent également s’intéresser au sort des grosses entreprises. « On est tous des producteurs, déclare-t-elle. Les gros comme les petits ont un rôle important à jouer dans l’agriculture au Québec. » Selon l’entrepreneure, les petites fermes jouissent d’un contact direct avec les consommateurs dont ne disposent pas les plus grosses. Elles doivent se servir de ce lien pour sensibiliser la population à la réalité agricole.

Pour ce faire, cependant, les producteurs ont besoin d’accompagnement. Des formations devraient être dispensées aux exploitants des petites fermes. « Ce n’est pas tous les propriétaires qui savent comment recevoir des visiteurs, affirme Mme Kerbrat. Il faut les guider. »

Pour la productrice, les petites exploitations doivent être mieux encadrées. « Leurs propriétaires ne viennent souvent pas du milieu agricole, avance-t-elle. On doit leur fournir les outils pour qu’ils tirent leur épingle du jeu et que leur petite ferme prenne de l’expansion, si c’est ce qu’ils souhaitent. »

Le problème, aux dires de Mme Kerbrat, c’est que le désir et les besoins des productions de petite taille ne sont pas connus. Les propriétaires de ce type d’entreprise doivent se faire entendre. Dans le cadre de la tournée des fermes du Québec instaurée par l’UPA pour rencontrer tous ses membres, celle qui possède L’Érablière du Sanglier visitera tous les propriétaires des fermes de petite taille de sa région pour connaître leurs besoins. « Il est temps qu’on développe une stratégie pour ces entreprises qui se sentent souvent délaissées », soutient la représentante locale.

Le succès par la diversification

Après avoir nourri ses bêtes, la productrice se dirige vers le second enclos où loge l’autre partie de son troupeau. Au passage, elle s’arrête devant un petit bâtiment en bois. C’est à cet endroit qu’elle sert les repas de sa table champêtre. « Quand on possède une ferme de cette grandeur, il est important de diversifier ses sources de revenus », exprime-t-elle. Mme Kerbrat transforme elle-même à la ferme les 40 produits qu’elle fait déguster aux visiteurs, des cretons aux rôtis de sanglier. Elle reçoit aussi des visiteurs dans sa cabane à sucre au printemps.

Depuis peu, elle a également démarré une entreprise d’épices gourmandes avec sa sœur. Elle compte d’ailleurs beaucoup sur l’aide de sa famille et de ses voisins pour abattre tout le travail à la ferme. « Le manque de main-d’œuvre, ça, c’est un problème pour nous, observe-t-elle. On est toujours à la merci du bon vouloir des gens. »
Justine, la fille de la propriétaire, rend de fiers services à la ferme. Elle entreprend, cette année, une technique en gestion et technologies d’entreprise agricole au Cégep Lionel-Groulx. Bien qu’il soit trop tôt pour dire si elle prendra le relais à L’Érablière du Sanglier, sa mère croit que son parcours académique aiderait grandement la gestion de l’exploitation. « Une relève éduquée constitue l’une des clés pour la pérennité des fermes de petite taille », soutient-elle. Assoiffée de connaissances, Nathalie Kerbrat a d’ailleurs fait une requête spéciale à sa fille. « Elle m’a demandé de garder toutes mes notes de cours, indique Justine Simard. Elle veut tout lire. »