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L’utilité principale de semer des intercalaires est d’augmenter la quantité de racines dans le sol.

L’utilité principale de semer des intercalaires est d’augmenter la quantité de racines dans le sol.

Végétal : comment introduire des intercalaires en grandes cultures

Jadis assez marginales, les cultures intercalaires gagnent du terrain à mesure que l’on comprend mieux les interactions entre les végétaux et les bienfaits que celles-ci apportent à la santé du sol. Pas encore familier en la matière? Une agronome qui en a fait sa spécialité suggère quelques idées pour introduire des intercalaires dans les grandes cultures.

L’utilité principale de semer des intercalaires est d’augmenter la quantité de racines dans le sol, rappelle Sylvie Thibaudeau, agronome au Club agroenvironnemental du bassin La Guerre. « Les racines des végétaux rejettent dans le sol environ 30 % du carbone qu’elles captent grâce à la photosynthèse, sous forme de sucs, d’enzymes et de protéines qui nourrissent les microorganismes. Cette intense activité près des racines augmente la fertilité du sol, mais en améliore aussi la structure et sa capacité à absorber l’eau. »

Des cultures intercalaires comme le trèfle incarnat donnent des résultats intéressants dans le maïs.

Des cultures intercalaires comme le trèfle incarnat donnent des résultats intéressants dans le maïs.

Intercalaires dans le maïs

Le ray-grass est un intercalaire qui offre une bonne compatibilité avec le maïs en raison de sa capacité à bien supporter l’ombre. De plus, sa croissance est ralentie lorsque la température atteint de 22 à 25 °C, soit les mêmes températures qui profitent au maïs. « On veut que le ray-grass s’implante bien et fasse deux ou trois feuilles avant que le maïs couvre ses rangs; après cela, il se tiendra tranquille jusqu’en fin de saison, où il gagnera en espace », observe Sylvie Thibaudeau.

Plusieurs méthodes de semis existent pour le ray-grass, notamment avec un semoir à trémie muni de petits déflecteurs pour une distribution à la volée sous le couvert du maïs, idéalement en post-levée du maïs au stade 4 à 6 feuilles. « Si on n’est pas en semis direct, on peut songer à l’utilisation de peignes ou de dents pour recouvrir un peu les semences de terre. »

Le ray-grass est un intercalaire très compatible avec le maïs.

Le ray-grass est un intercalaire très compatible avec le maïs.

Le taux de semis à adopter avec le ray-grass varie de 15 à 25 kg/ha selon la variété. « Il faut bâtir son expérience avec les différentes variétés pour trouver une population intéressante. » De plus, on privilégie le type italien au ray-grass anglais qui est lent à implanter.

Quant aux herbicides à employer, l’agronome mentionne que les produits Armazon, Banvel, Converge, Engarde et Integrity sont peu susceptibles d’endommager le ray-grass. Pour le contrôle de cet intercalaire au printemps suivant, le glyphosate constitue la meilleure option.

D’autres intercalaires sont à considérer dans le maïs, parmi lesquels le trèfle incarnat, la vesce velue et le sarrasin, qu’on sèmera idéalement dans les sillons, recommande l’agronome. « Cette technique offre plusieurs avantages puisqu’elle permet notamment d’augmenter la fenêtre pour les semis et de réduire la dépendance aux précipitations, tout en donnant la possibilité de diminuer le taux de semis et, par conséquent, d’avoir des espèces plus coûteuses », fait-elle valoir.

Malgré ses longues tiges, le lotier reste relativement petit durant la saison et ne devrait pas nuire au battage du soya.

Malgré ses longues tiges, le lotier reste relativement petit durant la saison et ne devrait pas nuire au battage du soya.

Intercalaires dans le soya

À la lumière de plusieurs essais en champ, Sylvie Thibaudeau constate que les légumineuses vivaces telles que le trèfle Huia, le lotier et le mélilot fonctionnent bien avec le soya. « On va les semer à la volée au stade 2 ou 3 trifoliées du soya en rangs espacés de 30 pouces, puisque des rangs plus étroits ne laissent pas suffisamment de lumière pour les intercalaires », explique-t-elle.

Des champs en semis direct sont également nécessaires pour l’implantation d’intercalaires étant donné que ces légumineuses vivaces s’établissent peu durant l’année du soya. Ce n’est qu’après la saison et l’année suivante qu’elles vont se développer, générant ainsi un beau système racinaire.

Intercalaires dans les céréales

Dans les cultures céréalières, on privilégiera un intercalaire comme le trèfle rouge qui donne des résultats constants à un taux de semis de 4 à 15 kg/ha. Toutefois, on doit veiller à ce qu’il ne prenne pas le dessus sur les cultures lors d’une année pluvieuse. Une ou deux coupes durant la saison peuvent s’avérer nécessaires.

Le trèfle Huia est encore une fois une option à considérer, mentionne l’agronome. « Il a l’utilité de remplir les trous et il est intéressant à utiliser en mélange avec le trèfle rouge. Toutefois, il éprouve de la difficulté à s’établir par temps sec. » Ce trèfle nécessite un taux de semis de 4 à 12 kg/ha.

L’implantation d’intercalaires comme le trèfle rouge dans les céréales fournit un apport d’azote intéressant pour l’année suivante.

L’implantation d’intercalaires comme le trèfle rouge dans les céréales fournit un apport d’azote intéressant pour l’année suivante.

Différents modes de semis sont à la portée des producteurs, à commencer par les mélanger avec les céréales dans le semoir, réglé à une profondeur d’un pouce. « La céréale fera le chemin et le trèfle va lever. » Il est aussi possible de semer à la volée avec une herse étrille pour légèrement incorporer les semences en prélevée ou encore de procéder par vasage. En ce qui a trait à la régie, on fauche la paille et le trèfle après la récolte de la céréale. « Cela permet de favoriser la reprise du trèfle et d’accélérer la décomposition de la paille. » L’implantation d’intercalaires dans les céréales amène un apport en azote de 50 à 60 kg/ha pour le maïs l’année suivante. Certains producteurs bio vont même jusqu’à faire un semis direct de pois fourrager dans le couvert de trèfle après la récolte pour augmenter cet apport.

L’agronome recommande d’attendre aussi longtemps que possible avant de travailler le sol pour détruire le trèfle, puisqu’on veut le laisser pousser au maximum. La destruction au printemps peut d’ailleurs nécessiter plusieurs passages, prévient-elle. Le dicamba est le moyen chimique le plus efficace pour en venir à bout.

Le système racinaire structurant du trèfle constitue un avantage indéniable pour les cultures de céréales. Cependant, la réussite de l’opération dépend des précipitations et le producteur se limite dans les herbicides qu’il peut utiliser. « Dans certains cas, une culture de couverture annuelle après la récolte peut être aussi envisagée », rappelle l’agronome. 

Sylvie Thibaudeau était conférencière à la série de webinaires Grandes cultures du MAPAQ