fbpx
L’été, les Bouchard appliquent de la ripe de bois sur le sol des logettes. Plus absorbante que la paille, elle diminue le nombre de mouches sur les vaches, estime Lucien Bouchard. Photo : Martin Ménard/TCN

L’été, les Bouchard appliquent de la ripe de bois sur le sol des logettes. Plus absorbante que la paille, elle diminue le nombre de mouches sur les vaches, estime Lucien Bouchard. Photo : Martin Ménard/TCN

Une petite ferme laitière bio parmi les meilleures au Canada

HEMMINGFORD – Il faut s’avancer dans un long chemin pour apercevoir une magnifique maison de briques qui date de l’époque des loyalistes ainsi que la Ferme Lériger, qui réussit l’exploit, année après année, depuis 2016, de se maintenir parmi les cinq meilleures dans tout le Canada pour la performance de son troupeau sous régie biologique.

Lucien Bouchard

Lucien Bouchard

La Terre a souhaité visiter les propriétaires de cette ferme, Lucien Bouchard et son fils Daniel, afin de connaître leurs secrets permettant d’avoir notamment terminé au 1er rang au pays en 2020 et 2018, puis au 2e rang en 2021 et 2019, selon l’Indice de performance du troupeau (IPT). « Tu seras peut-être déçu, car on ne fait rien de vraiment particulier, dit humblement Lucien, en serrant la main du journaliste. Et on n’a rien d’extraordinaire; on n’a pas un gros troupeau ni de bâtiments neufs », ajoute l’éleveur d’Hemmingford, en Montérégie.

Une fois dans la laiterie, un tableau laisse toutefois comprendre une partie du succès des Bouchard : différentes distinctions y sont épinglées, comme des certificats citant des vaches ayant produit 109 422 kg de lait et 45 014 kg de gras en 10 lactations pour l’une, et plus de 121 604 kg de lait en 11 lactations pour une autre. « Ce sont les vaches les plus rentables », confirme l’agriculteur, avec le sourire.

La santé des animaux et leur capacité reproductrice sont au coeur des choix génétiques des Bouchard. « Quand j’ai pris la ferme, mon oncle orientait sa sélection vers la production, mais depuis 15 ans, on a délaissé un peu la production laitière pour essayer de sélectionner plutôt des vaches qui ont une bonne santé, moins de problèmes de mammite et une plus grande longévité. Et une bonne fertilité, donc des vaches qui collent bien et qui vêlent chaque année. On n’aime pas avoir des pensionnaires », précise l’éleveur.

Ce genre de détails fait justement la différence, indique Richard Cantin, directeur national du développement des affaires chez Lactanet Canada, l’organisme derrière l’IPT. « Se classer dans le top 5 comme [les Bouchard] le font, c’est faisable, mais s’y maintenir au fil des années, c’est une autre chose! C’est un accomplissement qui n’est pas facile à faire. Celles qui y arrivent sont les fermes très, très performantes », assure-t-il, précisant qu’en règle générale, ce genre de succès ne s’obtient pas par la maîtrise d’une pratique, mais plutôt par tous les petits détails qui amènent à plus d’efficacité.

Toute l’attention aux vaches

Il existe encore des employées comme Bonnie Seale, qui effectue la traite chaque samedi et dimanche à la ferme des Bouchard depuis plus de 10 ans. Parfois, elle vient dépanner aussi la semaine, même tôt le matin, avant d’aller… travailler à l’école comme intervenante spécialisée. « Mes propres enfants sont élevés, aussi bien m’occuper », dit celle qui a du cœur au ventre. Crédit : Martin Ménard/TCN

Il existe encore des employées comme Bonnie Seale, qui effectue la traite chaque samedi et dimanche à la ferme des Bouchard depuis plus de 10 ans. Parfois, elle vient dépanner aussi la semaine, même tôt le matin, avant d’aller… travailler à l’école comme intervenante spécialisée. « Mes propres enfants sont élevés, aussi bien m’occuper », dit celle qui a du cœur au ventre. Crédit : Martin Ménard/TCN

L’accès au pâturage pour les animaux laitiers est une priorité chez les Bouchard. Les vaches en lactation ont un parc de six hectares, lequel inclut une clôture amovible qui est déplacée quotidiennement afin d’offrir de l’herbe fraîche chaque jour. « Au pâturage, la production de lait diminue, et c’est plus difficile de balancer les rations, car le pâturage varie beaucoup au fil de la saison. Mais c’est bon pour l’exercice des vaches, et on le regagne l’hiver. Ça paraît qu’elles sont en forme. Un vieil inséminateur me le disait : “J’aime ça venir chez vous, les vaches sont drettes” », raconte Lucien Bouchard, faisant référence à la bonne posture de ses animaux.

Les génisses de moins de six mois sont toutefois gardées à l’intérieur. Jusqu’au mois d’août, du moins, une stratégie qui vise à les protéger de la chaleur et des mouches. L’hiver, les vaches en lait sont attachées. Elles disposent d’une bonne couche de paille pour le confort et sont détachées chaque jour, le temps d’une séance d’exercice dans l’étable froide où se trouvent les génisses en stabulation libre avec les vaches taries.

L’ensilage de maïs a été mis de côté chez les Bouchard. « Il fallait rajouter trop de tourteau et c’était trop cher », dit Lucien. Il préfère miser sur une alimentation de fourrage, avec de l’ensilage de luzerne entre 19 et 22 % de protéine, complétée par du maïs-grain. Leur conseillère en nutrition, Ariane France, fait remarquer que le père et le fils sont des producteurs passionnés par leur ferme. « Ils prêtent beaucoup d’attention aux vaches individuelles et à la qualité des aliments qui viennent de leurs champs. Les fourrages sont d’excellente qualité, leur permettant de maintenir des coûts d’alimentation assez bas pour leur troupeau productif. Les concentrés sont soignés individuellement à chaque vache, selon leur production, stade de lactation et statut reproductif », énumère-t-elle.

Envoyer les animaux au pâturage est l’une des clés pour les garder en santé, assure l’éleveur. Photo : Martin Ménard/TCN

Envoyer les animaux au pâturage est l’une des clés pour les garder en santé, assure l’éleveur. Photo : Martin Ménard/TCN

Être bien conseillé

Les Bouchard n’hésitent pas à prêter oreille aux recommandations des professionnels qui les entourent, tout en gardant en tête leur réalité. « On est bien entourés. Et j’aime jaser avec mon agroéconomiste; on regarde les vrais chiffres, les miens, pas ceux du voisin. Si quelque chose n’est pas payant, on laisse tomber, car chaque ferme est différente. Quelque chose peut être rentable avec le troupeau du voisin, mais pas avec le tien », indique Lucien Bouchard. Au-delà des conseillers, l’une des plus grandes sources d’inspiration demeure les réalisations des autres producteurs. Les propriétaires de la Ferme Lériger se déplacent volontiers chez des collègues qui ont trouvé de bonnes solutions.

La ferme est maintenant entre les mains de Daniel, la quatrième génération. Ce dernier veut prendre les bonnes décisions pour le futur. Ces décisions seront influencées par la norme bio, qui interdira dans quelques années les vaches attachées. La relève devra donc trancher, à savoir si la ferme sera réaménagée en stabulation libre, ou carrément démolie pour faire place à un nouveau complexe. Parce que l’objectif restera le même : celui d’avoir une ferme performante et rentable. L’option de quitter la production laitière, en raison du changement de régie obligé ou des coûts de construction trop élevés, sera également évaluée.

« C’est l’un de mes clients les plus performants »

Le conseiller en gestion Sylvain Dufour, qui suit la Ferme Lériger depuis 1996, indique sans détour que les Bouchard figurent parmi ses clients d’élite. « C’est l’un de mes clients les plus performants. Ce qui fait la grosse différence chez Lucien, c’est le recul qu’il prend pour prendre une décision. Il n’hésite pas à consulter, il prend le temps de s’asseoir et de calculer. Il est balancé dans ses décisions. Il est aussi méticuleux. Certains producteurs se cassent moins la tête, mais Lucien est pointilleux sur sa régie, sur la traite, la nutrition, etc. », décrit M. Dufour. Il ajoute du même souffle : « C’est aussi une tête. Il a été à l’université, il a toujours été dans les colloques pour se tenir à jour, et étant bilingue, il lit les informations d’ailleurs. »